janvier 2009
L Ma Me J V S D
    fév »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Catégories

Archives quotidiennes : 27 janvier 2009

Définie comment étant l’un des hauts lieux de l’énergie solaire et de l’environnement, la ville allemande de Fribourg en Brisgau cumule les avantages. Culture, charme, passé historique… autant d’atouts qui en font une destination de villégiature agréable et originale.

En Allemagne, tous les guides de Fribourg en Brisgau, vous racontent la même anecdote: « Si vous mettez le pied par mégarde dans une des rigoles qui traversent la ville, vous devrez épouser un ou une habitante dans l’année! »
Surnommées « Bächle », ces rigoles sont l’un des charmes de cette bourgade de 210’000 habitants située au pied de la Forêt Noire. Le réseau s’étend sur dix kilomètres et date du 13e siècle. Sa présence était alors justifiée par la nécessité de disposer d’un réseau d’eau pour éteindre les incendies, couvrir les besoins quotidiens des habitants et pour abreuver les animaux.
Huit siècles plus tard, les lieux ont bien changé, mais ces mini canaux sont toujours là, pour embellir la ville. L’eau, qui provient du fleuve Dreisam coule d’est en ouest, sur une pente naturelle de 3%, mais le niveau a été surélevé sur près de trois mètres pour permettre un débit plus rapide. Deux employés, les « bächle putzer » les nettoient quotidiennement. Pour le plus grand plaisir des touristes et des habitants qui adorent flâner le long de ces rigoles dont le débit est contrôlé par une écluse pour éviter les débordements.

Priorité: l’écologie

Le réseau de rigoles n’est pas, et de loin, la seule particularité de la ville. En Allemagne, elle fait figure de leader en matière de développement régional durable. Le maire écologiste, Dieter Salomon, n’est pas peu fier de confier que Fribourg s’est fixé plusieurs objectifs dans le cadre de sa politique énergétique, parmi lesquels « la sortie de l’énergie nucléaire, l’exploitation raisonnable des ressources énergétiques et la protection du climat ».
Ici, l’énergie solaire fait partie d’un véritable projet de société très soutenu par la population locale, bien avant que le maire écologiste ne soit en place. Environ 60% du territoire de Fribourg sont composés de forêts et de verdure. La région est belle, et les habitants comptent bien la préserver. Ainsi, depuis des années, ils sont précurseurs en matière de tri des ordures ménagères. Détail significatif: depuis plus de dix ans, lorsqu’une fête a lieu dans la bourgade, il est interdit d’utiliser des verres en plastique. Chacun préfère louer deux euros un verre consigné. Petit geste, mais grands effets « antigaspi ». Car l’une des préoccupations locales est bien la lutte contre l’augmentation croissante des déchets. Eviter d’en produire davantage, les recycler ou les éliminer de manière écologique sont les trois options choisies et soutenues par une population motivée.

L’allié Soleil

Environ dix mille personnes travaillent dans les secteurs de la recherche et de l’énergie solaire de la ville. Un chiffre impressionnant qui s’explique par l’engagement local vis-à-vis de l’énergie dans tous les secteurs d’activité. Ainsi, toutes les nouvelles constructions de la ville doivent obligatoirement être conçues selon le standard « maison basse énergie. Surnommée « Solar-City », Fribourg est dotée de centaines de projets solaires qui vont de l’architecture solaire aux installations sportives du même type, en passant par la production et aux projets scolaires. Tous les secteurs d’activités participent à cet effort. Là encore, le maire est satisfait de la situation: « Nulle part ailleurs la concentration d’entreprises et de centres de recherche, institutions, associations, artisans, experts et citoyens engagés en faveur de l’énergie solaire n’est aussi forte. La ville soutient activement de nouvelles techniques d’application de cette énergie, qui sont sans cesse développées et mises à profit pour le développement durable de la région. »

Tourisme soleil

Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Non seulement la ville profite de ces options, mais elle attire des « touristes solaires » venus des quatre coins du monde. Experts ou simples amateurs, ils peuvent y découvrir des exemples concrets ouvrant des perspectives d’avenir. Comme, par exemple, la maison solaire de l’Institut Fraunhofer, première maison autonome en énergie au monde, ou les maisons « énergie plus » du lotissement solaire Schlierberg, qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment.

Martine Bernier

La cathédrale miraculée

La vieille ville de Fribourg a été détruite à 80% durant la dernière guerre mondiale. Seule survivante: la cathédrale gothique Notre-Dame, véritable survivante. Aujourd’hui, chaque jour à l’exception des jours fériés, le marché des paysans continue à s’installer sur la place qui l’entoure. Une tradition ancestrale, si l’on en croit la mémoire des murs. Les règles du marché ont en effet été gravées en 1270 sur les murs extérieurs de l’édifice religieux, avec les mesures pour la taille des marchandises.
Depuis sa destruction, la ville a été reconstruite avec goût. Tous ses atouts sont exploités… y compris la recette qui fait sa réputation, celle du fameux gâteau « Forêt-Noire », que l’on peut déguster un peu partout dans la ville.

La lande de la Pointe du Raz refleurit, grâce à une opération d’ampleur nationale. Reste à l’Etat de faire accepter son projet de parc marin, impopulaire auprès des capistes.

Il existe des lieux magiques qui donnent l’impression d’avoir atteint le bout du monde. La Pointe du Raz, en Bretagne, en fait partie. Cet amas de rochers s’avançant dans la mer, inspire les poètes depuis des siècles, et fait dire à l’historien Jules Michelet qu’il est « le sanctuaire du monde celtique ».
Avant 10 heures du matin, pas une âme ne fréquente le site, livré aux goélands et autres oiseaux de mer. Pas un bruit, en dehors du bouillonnement des vagues se fracassant contre les rochers.
Si la pointe se présente aujourd’hui dans son écrin de landes, ce n’est pas par hasard. Il y a dix encore, foulé par quelque 800’000 à un million de visiteurs par année, son sol était devenu désertique, lui donnant des allures de paysage lunaire. Victime de son succès et d’une fréquentation touristique non contrôlée, le site s’était gravement dégradé. Tout était alors conçu pour le confort des visiteurs, au détriment de l’environnement.
Le parking et les commerces étaient installés à quelques pas du sémaphore de la Marine Nationale marquant le début de la pointe. Des mesures urgentes et vigoureuses s’imposaient pour réhabiliter le site.
En novembre 1989, la Pointe du Raz est inscrite dans la liste des projets éligibles au programme de réhabilitation des grands sites nationaux français dégradés. Il s’agit de réorganiser le mode de fréquentation en reculant commerces et parking et en restaurant la végétation. L’opération, jusqu’ici unique en son genre, débute en 1991. Elle concerne 200 hectares englobant le Cap Sizun dont font partie les Pointes du Raz et du Van et la Baie des Trépassés.
À la Pointe du Raz, l’ancienne cité commerciale et le parking sont détruits et reconstruits huit cents mètres plus loin, invisibles depuis la pointe, et intégrés au site. Une navette gratuite emmène sur place les visiteurs qui ne souhaitent pas effectuer la promenade à pied. La lande et la pelouse littorale sont reconstituées par transplantation de mottes, projections hydrauliques de graines de graminées et épandage de produits de fauche. La fréquentation est canalisée, et des points de vue sont aménagés pour éviter le piétinement anarchique. Aujourd’hui, la Pointe du Raz a retrouvé sa lande. La démarche a demandé un important travail de la part des équipes techniques. Il a fallu informer et sensibiliser les visiteurs. La plupart respectent les nouvelles règles. Mais les responsables le déplorent: il y a toujours des personnes qui ne peuvent accepter de suivre les sentiers balisés. Malgré eux, la lande revit.


La réserve de Goulien

Espace protégé, la réserve de Goulien, au Cap Sizun, reçoit beaucoup moins de visiteurs que la Pointe du Raz. Quinze mille amoureux de la nature par an viennent ici se promener le long de la Côte Sauvage. Si l’entrée est payante, elle mérite le détour. La flore, préservée des foules, est riche. L’orseille, les lichens, le silène maritime, l’orpin d’Angleterre, le perce-pierre, les ajoncs, l’orchis bouffon, la carotte à gomme et différentes sortes de bruyères ne sont que quelques-unes des plantes à découvrir. Côté faune, le lieu regorge d’oiseaux de terre et de mer. Du site, il est possible d’observer, à la jumelle, les oiseaux nichant sur les falaises et les îlots, à l’abri des prédateurs. Le fulmar, cousin de l’albatros, y cohabite avec le pingouin torda et le guillemot de Troïl, les goélands, les cormorans huppés et de nombreuses autres espèces. Pour entretenir naturellement la lande, les responsables de la réserve y ont introduit quelques spécimens d’ovins rares, en voie de disparition: les moutons de Ouessant.
Dans ce paradis naturel, l’atmosphère n’est pourtant pas dénuée de remous. Partout, sur les murs et même sur la route, des inscriptions clament « Non au parc marin! ». Cette population de capistes au caractère bien trempé, qui a, en 1982, empêché la construction d’une centrale nucléaire dans la région, marque cette fois son opposition à un projet de parc marin en mer d’Iroise, cette partie de l’Atlantique baignant les côtes du Finistère entre les îles d’Ouessant et de Sein. Pour la population, il s’agit de contrer « les empêcheurs de pêcher en rond ». Pas question de voir sa liberté entravée.
Vérification faite, le projet de parc veut apporter un label de qualité d’envergure internationale à la mer d’Iroise qui serait reconnue comme zone pilote pour une gestion durable des ressources halieutiques. De nouvelles pratiques de pêches y seraient testées, Parallèlement, l’accent serait mis sur la préservation du littoral contre des risques de pollution des eaux côtières et sur la protection des milieux marins les plus sensibles. L’accès du public serait étudié pour empêcher la dégradation du patrimoine. Pour ce qui est des activités régionales, le projet prévoit d’accompagner les orientations d’aménagement retenues par les collectivités locales. Reste à convaincre la population que la mise en place du parc marin peut être aussi importante pour sa région que la réhabilitation de la Pointe du Raz. Réhabilitation qui, en son temps, a suscité de nombreux grincements de dents, mais dont tout le monde, aujourd’hui, semble satisfait.

Martine Bernier

images110.jpeg images20.jpeg

La culture au paroxysme

2007: voyage de presse en Espagne, au Pays Basque et sur la côte asturienne.
C’est beau, agréable.
Mais les moments qui me marquent, je les dois à nouveau à l’art.

La richesse culturelle et architecturale du Pays Basque espagnol représente l’un de ses atouts majeurs. Outre le magnifique Gugenheim, musée d’art moderne situé à Bilbao, la région a été le berceau de l’œuvre d’un sculpteur humaniste hors du commun: Eduardo Chillida (1924 – 2002), enfant de le ville de San Sébastien.
À travers le monde, ses sculptures se trouvent en bord de mer, comme au Japon, à Paris, à Washington ou à Madrid.
En 1977, à l’extrémité de la baie de Donostia, l’artiste a installé son oeuvre préférée, le Peigne du Vent, composée de trois pièces d’acier spectaculaires, arrimées aux rochers et cernées par la mer.
Comme la plupart des sculptures de cette série, celle-ci « chante » lorsque la mer la rudoie…
A 10 kilomètres de San Sebastian, le musée Chillida-Leku accueille l’œuvre du sculpteur dans une ferme basque datant de 1594, la ferme de Zabalaga, à Hernani. Quarante grandes sculptures embellissent le parc de 12 hectares, tandis qu’une centaine de gravures et d’œuvres plus petites ont été installées dans le bâtiment restauré. L’ensemble, expliqué par des guides visiblement épris de l’œuvre présentée, permet de pénétrer dans l’univers poétique et respectueux d’un artiste hors du temps.

Les oeuvres de Chillida « chantent ». Elles ont été conçues et placées pour que le vent qui s’y engouffre les fasse gémir.
Difficile d’expliquer ce que l’on ressent face au travail de ce sculpteur, à sa démarche quasi philosophique.
Son musée est une bulle d’harmonie, de beauté. On y respire, tout y est apaisant.

Je suis rentrée sous le charme.
Un charme qui ne m’a pas quittée.
Lorsque je retrouve une oeuvre de Chillida, je ne peux m’empêcher de l’approcher, de la toucher, d’essayer d’entendre son cri.
Il y en a une à la Fondation Gianadda, à Martigny.
Lorsque je la vois, je repense au Chillida Leku.

Martine Bernier