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Il existe des hommes que l’on admire plus que d’autres.
Dans mon panthéon à moi, il y a Léonard Gianadda.
C’est grâce à lui que le Valais et la ville de Martigny (CH) en particulier disposent d’une rayonnance culturelle particulière.
Depuis qu’il a ouvert la Fondation Gianadda, les expositions des peintres les plus prestigieux s’y sont succédées.
Où que l’on aille dans le monde, les proches de l’Art connaissent la Fondation et saluent unanimement sa valeur.
Il a fallu un courage et une ténacité prodigieux à Léonard Gianadda pour arriver à ce résultat.
Il en a la dimension: sa forte personnalité lumineuse et explosive, et la passion qui l’anime sont deux de ses atouts majeurs.
Le parc qui entoure les lieux possède trois forces. Ses arbres, ses sculptures et la passion protectrice de l’homme qui l’a conçu.
Visite au cœur d’un univers hors du temps.

« Ce jardin, c’est ma danseuse, mon dada! »
Léonard Gianadda, prestigieux créateur de la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny n’aime pas donner d’interviews, disait-il lorsque je l’ai rencontré. Sauf pour parler du jardin de sculptures qui entoure le musée. Au milieu de ses arbres et de ses œuvres d’art, il est heureux. Tout simplement.

Pour les fidèles des lieux, la visite du parc est un rituel immuable. Après avoir découvert, à l’intérieur de la Fondation, les œuvres accrochées lors des expositions temporaires, ils terminent la visite par une promenade dans le parc, où des sculptures de Rodin, César, Segal, Dubuffet et bien d’autres se partagent la vedette avec les arbres du jardin.
Celui-ci est né en 1982, du désir de son propriétaire. « La plupart des musées suisse se trouvent au cœur des villes, et ne disposent pas de parc, observe Léonard Gianadda. Comme la Fondation ne possède pas de collections de peinture permanente, j’ai pensé que je pouvais apporter un atout supplémentaire en créant ce jardin de sculptures. »
Chose dite, chose faite. N’étant pas homme à confier à d’autres le soin de réaliser ses projets, il en dessine les plans, fait tracer à la chaux les limites des parterres, des chemins et des plans d’eau. Puis il grimpe sur la route du col des Planches surplombant les lieux et fait corriger, par téléphone, les traits indiqués, afin d’en peaufiner l’harmonie. Il fait amener de la terre pour modeler le terrain comme il le souhaite. Ses efforts aboutissent à la création d’un univers épousant parfaitement le relief de la région. Et dégageant une sensation de douceur et de bien-être à laquelle aucun visiteur n’est insensible.

Mariage entre art et nature 
Pour le maître des lieux, le défi est simple. Il est impossible de monter une exposition avec dix tableaux. Mais il peut concevoir un parc séduisant avec le même nombre de sculptures.
Dès que sa décision est prise, il arrête d’acheter des toiles pour sa collection personnelle, leur préférant la sculpture dont il souhaite faire profiter le plus grand nombre. Ce qui lui permet de reconnaître avec satisfaction que « notre parc est aujourd’hui représentatif de la sculpture mondiale du 20 XXe. Il acquiert des œuvres de sculpteurs du monde entier. Et je prétends qu’il est le plus beau de Suisse tout en figurant parmi les principaux d’Europe. » Léonard Gianadda ne s’encombre pas de fausse modestie. Il aurait d’ailleurs tort de le faire. Le parc est réellement un endroit particulier, serein et porteur d’émotions dues au mariage des arbres et des œuvres exposées.

Les 7000 m2, construction comprise, dont il disposait au départ, ont augmenté au fil des années. Aujourd’hui, est quatre fois plus importante, et comprend le parking. Tout n’a pourtant pas été facile. Léonard Gianadda reconnaît que « les arbres mettent trois ou quatre ans à ne pas crever! Puis ils réfléchissent encore quelques années pour savoir s’ils vont pousser. C’est très long. Ils hésitent… »

Poésie sous un saule
Découvrir ou redécouvrir le parc au côté de son créateur est un régal. Du verger de départ qui habitait ici autrefois, il ne reste deux poiriers, trois cerisiers et une douzaine d’abricotiers. Les autres arbres, trop anciens, ont péri de leur belle mort. Mais les abricotiers restants donnent des fruits au goût de miel, gorgés de soleil. En passant, le maître des lieux secoue un arbre, en fait tomber des abricots qu’il fait goûter et déguste lui-même avec un visible contentement. Plus loin, il montre le saule pleureur qui caresse le « Sein » de César, offrant un tableau vivant, troublant de poésie. Cèdres, magnolias, épicéas, érable du Japon, pin parasol, figuiers, tilleuls… les arbres sont ici tellement beaux que l’on ne sait plus qui des œuvres ou des végétaux servent d’écrin aux autres.
Trois points d’eau apportent une note de fraîcheur très appréciée des visiteurs comme des canards. Même si le renard et la fouine les guettent d’un œil gourmand. Les colverts, mandarins et autres plongeurs restent fidèles à ce havre de paix sur lequel veille la blanche « Femme avec des lunettes de soleil, sur un banc public » de George Segal. Les sculptures sont fondues dans le paysage, rendant parfaitement naturelle la présence des « Moutons transhumants » de François Lalanne ou des « Baigneurs » de Niki de Saint-Phalle.
Dans cet endroit magique, l’Art fusionne avec la nature, apportant une vague de bien-être à ceux qui en profitent. Et ils sont nombreux. Tous les soirs durant l’été, le parc est ouvert gratuitement par beau temps. Car le mécène a beau avoir la réputation de posséder un caractère bouillonnant, c’est aussi et surtout un homme généreux, qui aime faire partager ses passions. Son humour et son indépendance d’esprit se révèlent d’ailleurs à travers des détails insolites. Ici, les pancartes indiquent qu’il est permis de marcher sur les pelouses. Contrairement à partout ailleurs.

Martine Bernier

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