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Archives quotidiennes : 1 février 2009

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Spectaculaire et extravagante, l’ancienne demeure de l’écrivain Alexandre Dumas Père mérite le détour. Visite dans l’univers du génial créateur.

Dans les Yvelines, à Port-Marly, à une cinquantaine de kilomètres de Paris, se trouve l’un des châteaux les plus insolites qui soient, tout entier construit selon la démesure et à la gloire de son premier propriétaire: Alexandre Dumas Père.
Dumas était un personnage généreux, très expansif . Il l’a fait construire pour pouvoir recevoir les très nombreuses personnes qui venaient le voir. Et son univers était assez extravagant pour attirer du monde…
C’est en 1844, alors qu’il vient de faire fortune avec son livre « Les Trois Mousquetaires », que l’écrivain acquiert la propriété de trois hectares. A l’époque moins boisée, on peut y voir la Seine en contrebas. Il décide l’an suivant d’y faire construire un château de style Renaissance qu’il baptise aussitôt « le Château de Monte-Cristo ». Celui-ci est inauguré en 1847… et revendu un an plus tard, tandis que son propriétaire est ruiné.
Aujourd’hui, la demeure est nichée au bas d’un parc où ont été reconstituées les petites grottes et les cascades voulues par l’auteur. On y accède par un théâtre de verdure, où rocailles et bassins voisinent avec le jardin d’Haydée, petit labyrinthe de verdure.
En arrivant devant le château, le premier choc provient des façades. Entièrement sculptées, elles sont couvertes de motifs floraux, d’anges, d’instruments de musiques, et de portraits en médaillons de grands écrivains. Y figure également la devise de Dumas: « J’aime qui m’aime »… et un portrait de lui, à la place d’honneur, juste au-dessus de l’entrée. C’était un homme assez mégalomane. Il a d’ailleurs été très caricaturé, comme en témoigne la collection de dessins d’époque que nous avons réunie.

Lorsque trop d’invités fréquentaient sa somptueuse maison, Dumas partait se réfugier dans son cabinet de travail pour y écrire. Celui-ci, bâti un peu plus haut, dans le jardin, est aussi étonnant que le logis principal. Petit pavillon néogothique répondant au nom de « Château d’If », il est entouré de douves et se veut une réduction du paradis terrestre. D’autres styles architecturaux s’y confondent. On y retrouve ainsi des accointances avec les chalets suisses et les maisons normandes…
Ici encore, des bas-reliefs ornent les façades, évoquant des personnages et 88 titres de romans de Dumas. À l’entrée, un chien de pierre endormi dans sa niche semblent toujours veiller sur la tranquillité de son maître. Car Dumas adorait les animaux. Il en possédait beaucoup. Parmi eux, il y avait des chiens, des chats, une grande volière, des singes et un vautour, « Jugurtha », aussitôt rebaptisé « Diogène » parce qu’il vivait dans un tonneau! Il a pendu la crémaillère en 1847. Il avait invité cinquante personnes… et six cents sont venues.

CHAMBRE ORIENTALE

Si vous visitez le Château de Monte-Cristo, n’espérez pas y retrouver intact le décor d’origine. Le cabinet de travail comme le château ont été vidés de leurs meubles luxueux et de leurs œuvres d’art au fil du temps et des changements de propriétaires. Mais la perle du château, elle, est toujours là. Celle-ci se trouve à l’étage où Dumas a fait construire « le salon mauresque ».
À l’époque, il a fait venir en France deux artisans tunisiens, un père et son fils, attachés au Bey de Tunis.. Il leur a demandé de réaliser cette chambre qui est un véritable chef-d’oeuvre. Elle a été restaurée en 1985, grâce au roi Hassan II du Maroc.
La pièce, raffinée et parfaitement insolite, semble sortie d’un conte des Mille et une Nuits. Les murs sont en dentelle finement sculptées d’arabesques et de motifs floraux, misent en valeur par la lumière colorée des vitraux.
Partout dans le château aujourd’hui transformé en musée, des expositions retracent la vie de Dumas, son caractère et son œuvre. Homme à femmes, il a eu deux enfants. Un fils, Alexandre Dumas fils, auteur de « La Dame aux Camélias », et une fille, Marie.

En 1969, l’impensable se produit. Le château, terni et abîmé par le manque d’entretien, est promis à la démolition. Aussitôt se crée, en 1971, l’Association des Amis d’Alexandre Dumas, sur l’impulsion de l’historien Alain Decaux. C’est grâce à eux que l’opinion publique sera alertée et que la propriété sera sauvée. Aujourd’hui classé monument historique et racheté par un Syndicat intercommunal composé de quatre communes, le château de Monte Cristo ne craint plus l’avenir. Il a d’ailleurs bénéficié de travaux de restauration d’envergure, menés avec respect et précaution.

SEJOUR POST-MORTEM

Si Dumas n’a vécu que peu de temps dans sa demeure, il y est revenu bien après sa mort. Le 30 novembre 2002, les cendres de l’écrivain doivent entrer au Panthéon. Exhumé du cimetière de Villers Cotterêts, sa ville natale, dans lequel il repose depuis 1872, Alexandre Dumas est remis en bière et part pour un ultime voyage. Le 29 novembre, il revient dans son château, pour y passer les dernières heures précédant son entrée au Panthéon. Reçu par les autorités locales, il est veillé tandis que sa vie et son œuvre revivent à travers la lecture de ses textes, lus par des artistes. Le lendemain, c’est entouré des quatre mousquetaires qu’il quittera sa maison, passant devant une haie d’honneur formée de gardes républicains. Définitivement cette fois.

Martine Bernier

Monte-Cristo pratique

Horaires d’ouverture: Du 1er avril au 1er novembre inclus: ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10 à 12h30 et de 14 à 18 heures.
Du 2 novembre au 31 mars: ouvert uniquement le dimanche, de 14 à 17 heures.
Renseignements: 0041 1 39 16 49 49
Adresse: Château de Monte-Cristo, Pavillon d’accueil, accès commun à la Clinique de l’Europe, Port-Marly.

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La fleur de sel est un produit apprécié des tables les plus raffinées. Au bord de l’Atlantique, les paludiers la cultivent et la récoltent depuis des siècles. Un métier ancestral, de nos jours en pleine expansion.

« Il n’y a pas si longtemps, beaucoup disaient de notre profession qu’elle était vouée à disparaître. Aujourd’hui, non seulement c’est un métier très actif, mais également promis à un bel avenir. La preuve? La moyenne d’âge des paludiers est de 38 ans! Ici, on dit que le sel est si bon que l’on en met dans la conversation…. »
Yvon Morandeau, paludier à Guérande (Loire-Atlantique), partage son temps entre son travail et son activité de guide à la Maison des Paludiers de Saillé. Situé au cœur des marais salants de la Presqu’île Guérandaise, ce village a été longtemps la capitale française du sel. Il était donc normal qu’il abrite ce lieu touristique, de rencontre et d’information, entièrement voué à l’or blanc local.
Les salines sont partout dans la région, découpant le paysage en parcelles recouvertes d’eau, brillant comme des miroirs au soleil. Les producteurs répètent inlassablement les gestes inventés du temps des Romains. « Certaines de nos salines sont antérieures aux cathédrales, et elles fonctionnent toujours, souligne Yvon Morandeau.. Nous disposons d’environ 1700 hectares de marais salants de Guérande pour à peu près 300 paludiers. Il ne faut pas confondre le saunier, qui transporte le sel, et le paludier qui le produit.  »

SOLEIL AMI DU SEL

Les méthodes de récolte n’ont pas changé au cours des siècles. Le sel naît de l’alchimie entre la mer, le vent, le soleil et la terre d’argile, auxquels vient s’ajouter le savoir-faire de l’homme. Les salines se présentent comme un dédale complexe de réseaux de canalisations. La mer pénètre dans les marais par des canaux, les étiers. Un dispositif de trappes permet à l’eau de s’infiltrer dans un premier bassin, la vasière, lors des grandes marées. Lorsqu’il fait sec, le vent agit comme une gigantesque éponge absorbant les vapeurs d’eau en surface. L’eau circule de bassin en bassin, sur une pente très légère, sans jamais rester immobile. Deux bassins centraux, les adernes, distillent l’eau dans les œillets, réservoirs plus petits où se cristallise le sel. Chaque paludier possède entre 50 et 70 œillets, qui, au total, fournissent 10’000 tonnes de sel par année
« Le sel se récolte de mi- juin à mi-septembre, explique le guide. Le reste de l’année, nous nous consacrons au nettoyage des bassins et des tuyaux dans lesquels on peut trouver entre 15 à 20 kilos d’anguilles. Notre système est archaïque, mais il ne tombe jamais en panne! »

CAVIAR DE LA MER

Les paludiers récoltent deux sortes de sel. La majeure partie de la récolte est composée de gros sel gris, teinté par l’argile. Quand l’été est bien sec, il fait apparaître un sel blanc et fin qui flotte à la surface: la fleur de sel, traditionnellement ramassée par les femmes. Plus rare et donc plus recherché, un kilo de ce « caviar de la mer » nécessite 25 litres d’eau.
Constitué en coopérative agricole, le groupement des producteurs de sel travaille sans subvention. En revanche, les paludiers ont mis au point un système d’entraide étonnant. Chaque producteur dégage du temps libre pour venir prêter main-forte aux autres, à tour de rôle. Un engagement conséquent, reconnaît Yvon Morandeau qui a lui-même donné 45 jours de travail gratuit l’an dernier. « Nous sommes environ 300 paludiers, locataires ou propriétaire, ajoute-t-il. Nous formons des équipes, et personne ne compte le temps qu’il va passer pour vous aider. »
La méthode fonctionne ainsi depuis des siècles et ne risque pas de s’arrêter. Tandis que les paludiers s’activent, Guérande La Médiévale veille sur la région dont elle est la capitale. Et pour cause: Gwen Rann, signifie en breton, le Pays Blanc.

Martine Bernier

Infos pratiques

Vous souhaitez vous former au métier de paludier? Ceux-ci utilisent des saisonniers pour la récolte et pour le portage du sel. Des stages sont ouverts à tous, mais il faut y consacrer toute la saison (2 à 3 mois en été).
Renseignements:
- Maison des Paludiers, 18 rue des Prés Garnier — Saillé — 44350 Guérande — France .
Tél. : 0033 2 40 62 21 96
Fax: 0033 2 40 15 03 46

http://www.paysblanc.com/maisondespaludiers

Email: maison.paludiers@free.fr

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À Aubagne où il exerce son métier, le maître santonnier Daniel Scaturro perpétue la tradition des santons provençaux. Et l’adapte à son époque en y introduisant des visages d’aujourd’hui.

« Un jour, un marseillais a eu l’idée d’introduire le santon dans les maisons provençales. Depuis… Dieu nous le rend!  »
On dit de lui qu’il est artisan. Ne vous y trompez pas. Dans son atelier d’Aubagne, dans le sud de la France, Daniel Scaturro est un faiseur de rêve. Partout, sortant de boîtes en cartons, des bras, des mains, des visages attendent qu’il leur insuffle la vie. Consacré « Meilleur ouvrier de France » en 1997, ce santonnier est considéré comme l’un des plus doués. Avant lui, son père, sa mère et ses grands-parents créaient les personnages de la Nativité, pour le plaisir. Baigné dès sa plus tendre enfance dans l’odeur du liège, de l’argile et de la colle d’os, le petit garçon hésitera, à l’adolescence, entre deux vocations: la musique et l’art du santon. « J’ai opté pour le métier de santonnier, pour lequel il n’existe pas d’école. C’est un métier magique… »
Depuis, chaque jour, il fait naître de l’argile des visages et des corps, ensuite habillés de vêtements en tissu réalisés sur mesure par Marie di Rosa, sa couturière.

Naissance d’un « santoun »
Des outils de façonnage aux animaux de la crèche, tout est réalisé dans l’atelier. Son contenu est digne d’un inventaire à la Prévert. On y trouve des rois mages, le buste d’une femme, des boulangers, des porteuses d’eau, quelques ânes, une dizaine de moutons…. « Pour les santons, je commence par le modèle. Il faut saisir l’expression et sculpter la tête qui servira de base. Ensuite, j’en tire un moule mère, et des moules de travail, que je coule en plâtre. Je les réutilise pour reproduire les santons. Chaque personnage demande plusieurs heures de travail. Il faut les mouler, les retravailler pour ôter les bavures, puis les cuire et les peindre. Ensuite, ils sont habillés. »

Santons de cinéma
Comme ses collègues, Daniel Scaturro perpétue la tradition en créant les personnages de la crèche provençale. Mais il a également innové lorsque, en 1986, est sorti le film « Jean de Florette ». Le « Papet », personnage joué par Yves Montand, l’inspire à tel point qu’il crée un santon à son effigie. Convaincu que ce santon ne suffira pas à attirer durablement l’attention du public sur lui, il réalise dans la foulée un buste du « Papet ». À force de persévérance, il réussit à convaincre le journaliste Yves Mourousi à le laisser installer sa sculpture sur son plateau de télévision lorsque, en direct de Cannes, il reçoit l’acteur, alors président du Festival de Cannes. La réaction est immédiate: celui-ci est séduit par le talent de l’artiste dont la carrière prend un nouvel essor.

D’Huster à Ugolin
Si l’atelier du santonnier a des allures de Musée Grevin miniature, ce n’est pas un hasard. Le comédien Francis Huster, qui possède plusieurs santons de Daniel Scaturro le représentant dans ses principaux rôles, est un admirateur inconditionnel. Son double d’argile rejoint d’autres personnalités connues du public, comme Fernandel, Louis de Funès, Jean Gabin, Coluche, Raimu ou Pagnol. « Parfois, ces santons m’apportent des surprises. J’ai représenté Daniel Auteuil dans son personnage d’Ugolin. Quand je l’ai donné à sa maman, elle m’a avoué qu’elle ne reconnaissait pas son fils. Puis elle m’a téléphoné pour me dire que, en effet, ce n’était pas son fils… c’était tout à fait Ugolin. J’ai également offert un santon au président Chirac, à son image. Il est exposé au musée Chirac, à Sarran, en Corrèze. »

Santons personnalisés
Portraitiste de talent, le santonnier accepte également de réaliser des santons sur commande. Sur demande, il façonne des personnages représentant Monsieur et Madame Tout le Monde, dans les costumes et les situations qu’ils souhaitent. « Je travaille d’après photo. Il m’en faut plusieurs pour bien pouvoir saisir les personnages. J’ai par exemple reçu un couple, qui fêtait son anniversaire de mariage. Ces personnes souhaitaient que je crée des santons à leur image, mais ils voulaient figurer dans la fameuse scène de la partie de cartes, tirées du film « Marius », de Pagnol. Je les ai fait figurer sur la terrasse du café où se déroule la partie… »
Parmi ses santons, Daniel Scaturro adresse des clins d’œil à ses proches. Son père et son beau-père lui ont tous deux servis de modèles. Et les personnages qui les représentent figurent parmi les plus attachants de sa collection.
Aujourd’hui, les santons habillés se vendent moins bien. Les professionnels doivent redoubler d’efforts pour vivre de leur profession. Le maître santonnier d’Aubagne qui rêve de monter une école de santonniers, ne changerait pourtant de métier pour rien au monde. On dit de lui qu’il est artisan. Réflexion faite, Daniel Scaturro est un artiste.

Martine Bernier

L’origine des santons

En provençal, « santoun » veut dire « petit saint ». Si ces personnages existent dans divers endroits du monde, ils sont nés en Provence où ils célèbrent la beauté de la Nativité. Eux-mêmes sont nés après la Révolution française, lorsque les églises ont été fermées et la célébration de la messe de minuit interdite. En réaction, quelques artisans ont créé ces statuettes, d’abord en mie de pain, puis en argile rouge, pour « faire entrer Jésus dans les maisons ». Leur manière à eux de faire de la résistance, tout en douceur et en poésie… Les santonniers d’aujourd’hui le disent d’ailleurs encore: « Vous ne pouvez pas être santonnier si vous ne croyez pas en Dieu. C’est une affaire entre lui et nous. »

En savoir plus: 
Daniel Scaturro, 20A avenue de Verdun, 13400 Aubagne, France. Tél. 0033 4 42 84 33 29

http://www.santonsdanielscaturro.com/

Président de la Corporation des santonniers européens, Daniel Scaturro et ses collègues proposent des expositions de santons dans toute l’Europe. Il suffit pour cela de le contacter.

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