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À Aubagne où il exerce son métier, le maître santonnier Daniel Scaturro perpétue la tradition des santons provençaux. Et l’adapte à son époque en y introduisant des visages d’aujourd’hui.

« Un jour, un marseillais a eu l’idée d’introduire le santon dans les maisons provençales. Depuis… Dieu nous le rend!  »
On dit de lui qu’il est artisan. Ne vous y trompez pas. Dans son atelier d’Aubagne, dans le sud de la France, Daniel Scaturro est un faiseur de rêve. Partout, sortant de boîtes en cartons, des bras, des mains, des visages attendent qu’il leur insuffle la vie. Consacré « Meilleur ouvrier de France » en 1997, ce santonnier est considéré comme l’un des plus doués. Avant lui, son père, sa mère et ses grands-parents créaient les personnages de la Nativité, pour le plaisir. Baigné dès sa plus tendre enfance dans l’odeur du liège, de l’argile et de la colle d’os, le petit garçon hésitera, à l’adolescence, entre deux vocations: la musique et l’art du santon. « J’ai opté pour le métier de santonnier, pour lequel il n’existe pas d’école. C’est un métier magique… »
Depuis, chaque jour, il fait naître de l’argile des visages et des corps, ensuite habillés de vêtements en tissu réalisés sur mesure par Marie di Rosa, sa couturière.

Naissance d’un « santoun »
Des outils de façonnage aux animaux de la crèche, tout est réalisé dans l’atelier. Son contenu est digne d’un inventaire à la Prévert. On y trouve des rois mages, le buste d’une femme, des boulangers, des porteuses d’eau, quelques ânes, une dizaine de moutons…. « Pour les santons, je commence par le modèle. Il faut saisir l’expression et sculpter la tête qui servira de base. Ensuite, j’en tire un moule mère, et des moules de travail, que je coule en plâtre. Je les réutilise pour reproduire les santons. Chaque personnage demande plusieurs heures de travail. Il faut les mouler, les retravailler pour ôter les bavures, puis les cuire et les peindre. Ensuite, ils sont habillés. »

Santons de cinéma
Comme ses collègues, Daniel Scaturro perpétue la tradition en créant les personnages de la crèche provençale. Mais il a également innové lorsque, en 1986, est sorti le film « Jean de Florette ». Le « Papet », personnage joué par Yves Montand, l’inspire à tel point qu’il crée un santon à son effigie. Convaincu que ce santon ne suffira pas à attirer durablement l’attention du public sur lui, il réalise dans la foulée un buste du « Papet ». À force de persévérance, il réussit à convaincre le journaliste Yves Mourousi à le laisser installer sa sculpture sur son plateau de télévision lorsque, en direct de Cannes, il reçoit l’acteur, alors président du Festival de Cannes. La réaction est immédiate: celui-ci est séduit par le talent de l’artiste dont la carrière prend un nouvel essor.

D’Huster à Ugolin
Si l’atelier du santonnier a des allures de Musée Grevin miniature, ce n’est pas un hasard. Le comédien Francis Huster, qui possède plusieurs santons de Daniel Scaturro le représentant dans ses principaux rôles, est un admirateur inconditionnel. Son double d’argile rejoint d’autres personnalités connues du public, comme Fernandel, Louis de Funès, Jean Gabin, Coluche, Raimu ou Pagnol. « Parfois, ces santons m’apportent des surprises. J’ai représenté Daniel Auteuil dans son personnage d’Ugolin. Quand je l’ai donné à sa maman, elle m’a avoué qu’elle ne reconnaissait pas son fils. Puis elle m’a téléphoné pour me dire que, en effet, ce n’était pas son fils… c’était tout à fait Ugolin. J’ai également offert un santon au président Chirac, à son image. Il est exposé au musée Chirac, à Sarran, en Corrèze. »

Santons personnalisés
Portraitiste de talent, le santonnier accepte également de réaliser des santons sur commande. Sur demande, il façonne des personnages représentant Monsieur et Madame Tout le Monde, dans les costumes et les situations qu’ils souhaitent. « Je travaille d’après photo. Il m’en faut plusieurs pour bien pouvoir saisir les personnages. J’ai par exemple reçu un couple, qui fêtait son anniversaire de mariage. Ces personnes souhaitaient que je crée des santons à leur image, mais ils voulaient figurer dans la fameuse scène de la partie de cartes, tirées du film « Marius », de Pagnol. Je les ai fait figurer sur la terrasse du café où se déroule la partie… »
Parmi ses santons, Daniel Scaturro adresse des clins d’œil à ses proches. Son père et son beau-père lui ont tous deux servis de modèles. Et les personnages qui les représentent figurent parmi les plus attachants de sa collection.
Aujourd’hui, les santons habillés se vendent moins bien. Les professionnels doivent redoubler d’efforts pour vivre de leur profession. Le maître santonnier d’Aubagne qui rêve de monter une école de santonniers, ne changerait pourtant de métier pour rien au monde. On dit de lui qu’il est artisan. Réflexion faite, Daniel Scaturro est un artiste.

Martine Bernier

L’origine des santons

En provençal, « santoun » veut dire « petit saint ». Si ces personnages existent dans divers endroits du monde, ils sont nés en Provence où ils célèbrent la beauté de la Nativité. Eux-mêmes sont nés après la Révolution française, lorsque les églises ont été fermées et la célébration de la messe de minuit interdite. En réaction, quelques artisans ont créé ces statuettes, d’abord en mie de pain, puis en argile rouge, pour « faire entrer Jésus dans les maisons ». Leur manière à eux de faire de la résistance, tout en douceur et en poésie… Les santonniers d’aujourd’hui le disent d’ailleurs encore: « Vous ne pouvez pas être santonnier si vous ne croyez pas en Dieu. C’est une affaire entre lui et nous. »

En savoir plus: 
Daniel Scaturro, 20A avenue de Verdun, 13400 Aubagne, France. Tél. 0033 4 42 84 33 29
http://www.santonsdanielscaturro.com/
Président de la Corporation des santonniers européens, Daniel Scaturro et ses collègues proposent des expositions de santons dans toute l’Europe. Il suffit pour cela de le contacter.

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