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Etre journaliste pose un problème majeur: il arrive de devoir traiter des sujets avec lesquels nous ne sommes pas du tout en accord.
Je pars donc du fait que, sauf si la façon de le présenter est un billet d’humeur, notre avis importe peu.
Il faudrait ne jamais perdre de vue que notre première mission est d’informer de la manière la plus complète et la plus impartiale possible.

Hier, je me suis trouvée confrontée à ce problème, heureusement pour un sujet qui n’est pas essentiel à la survie du monde.
Quoique.

Je suis allée rencontrer une dame, charmante au demeurant, qui, pour se remettre d’une séparation douloureuse, s’est lancée dans une nouvelle activité: la pâtisserie pour chiens, 100% naturelle.
Jusque là, pas de problème. Ses biscuits sont dépourvus de sucre, de sel, d’édulcorants, d’agents conservateurs, mais confectionné à base de farine et de poulet, viande, carottes etc.
De l’avis des vétérinaires interrogés: ce n’est pas utile, mais au moins, ce n’est pas mauvais pour les chiens.

Ma propre chienne, Scotty Bernier, ma testeuse préférée, après avoir goûté (ou plutôt voracement dévoré) l’un des biscuits offerts à son intention par mon interlocutrice, m’a avoué qu’ils n’étaient pas mauvais du tout.
Quoi qu’un peu durs.

Là où les choses ont commencé à me mettre mal à l’aise, c’est lorsque j’ai appris que les clients de la dame en question lui commandaient des gâteaux d’anniversaire pour chiens.
Gâteaux accompagnés, comme il se doit, d’une bougie… et d’un chapeau pointu en carton « pour faire la fête ».

J’ai souri. Il ne fallait pas: c’était parfaitement sérieux.

L’entretien s’est poursuivi. Et la suite ne m’a pas franchement rassurée.
Me présentant sa boutique, très cosy, la maîtresse des lieux m’a montré un autre créneau d’articles qu’elle y propose: les vêtements pour chiens.

J’ai un vrai talon d’Achille, une tare insupportable. Quand quelque chose me semble ridicule, j’ai tendance à attraper le fou rire et à me brancher illico en fréquence dérision. Ce qui peut prendre des proportions dantesques.

Les manteaux molletonnés… hum, mais passe encore.
Mais les chapeaux, la robe haute-couture bordée de dentelles, les combis rose bonbon ou les casquettes, et la simple évocation des baskets, bikinis et autre robe de mariée…
C’est comme essayer de me faire avaler du fenouil: cela ne passe pas. Ceux qui n’aiment pas le fenouil me comprendront: c’est pathologique.

J’ai aussitôt embrayé dans l’un de mes délires, faisant cependant attention de ne pas blesser mon interlocutrice qui, elle, s’adonne à son activité en toute bonne foi, tout à fait attendrie par ces petits vêtements « a-do-ra-bleuuuus ».

Aujourd’hui, devant mon écran, arrivée à l’épisode « écriture » de la chose, mon esprit meurt d’envie de partir dans un pamphlet que ma raison m’interdit.

Jetant un oeil à Scott, qui, toujours très digne, me couve d’un regard interrogateur sous ses sourcils broussailleux, je lui ai dit (par télépathie: en règle général, je ne fais pas de sermon à mon chien):
– Estime-toi heureuse… tu vois à quoi tu échappes ?

De toute façon, si l’envie me prenait de l’affubler de l’un ou l’autre de ces accoutrements ridicules, elle aurait vite fait de me rappeler à l’ordre en réduisant le précieux chiffon haute-couture en charpie. Et elle aurait raison.
Comme pour m’approuver, tout en remuant son énorme moustache de colonel à la retraite, elle est allée se coucher dans son panier, fort confortablement, les quatre pattes en l’air. Un vrai bien-être de chien, à la Snoopy, et pas à la Claudia Schiffer.

Quelle drôle de société où l’on oublie qu’un chien est un chien…

Martine Bernier

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