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Mon ami Stéphane est arrivé,  avant-hier, avec deux objets précieux dans les mains.

Le premier était un vieux carnet à spirale. Le carnet à spirale… c’était le titre d’une chanson de William Sheller. Un objet qui doit être plein de charme et de mystère. C’était le cas pour celui-ci.

Stéphane m’a expliqué qu’il a appartenu à sa tante. Et toute une histoire se greffe autour de ces pages…

Elle s’appelait Arlette Breton. Dans ce cahier, la jeune fille qu’elle était a retracé ses cours, je pense. D’une écriture élégante et souple, elle y parle tissus, textiles, matières, décrivant leurs origines, leur fabrication, leur utilisation. Cela pourrait être banal. C’est loin de l’être.

Arlette était une jeune femme créative et débordante d’imagination. Elle a illustré ses textes de dessins, de collages, de peintures, qu’elle a réalisés d’une main très sûre, avec un talent inné. Chaque page est un bijou de fantaisie, de poésie. Le cahier d’une personnalité en pleine éclosion, manifestement joyeuse, et gourmande de vivre.

Seulement voilà…

Arlette s’est envolée alors qu’elle avait une vingtaine d’années, croquée par une maladie sans pitié. Elle devait rentrer aux Beaux-Arts, elle n’en a pas eu le temps. C’est un formidable gâchis…

La lecture de son cahier me fait penser à celui d’Anne Frank, cette adolescente  brillante et vive, morte en déportation, broyée par la folie meurtrière des hommes. Arlette aussi pétillait, semblait curieuse de tout.

Et ce talent… ce talent… Sans avoir pris de cours, elle peignait avec une technique et une maturité surprenantes.

Stéphane avait un deuxième objet entre les mains. Une peinture encadrée, représentant un paysage d’automne. L’une des deux toiles qu’il possède, réalisée par sa tante. Il a décidé de me l’offrir. Son geste m’a profondément touchée. Stéphane est très attaché à ce qui lui vient de sa famille. Ce cadeau, je le mesure à sa juste valeur… Comment dire… ce n’est pas qu’une peinture. C’est un clin d’oeil chaud et paisible d’une jeune femme revenue du passé. Je l’imagine, à l’aube de sa vie, pleine d’espoirs et d’envies, aérienne dans ses robes en corolles, concentrée sur sa peinture, découvrant peu à peu l’étendue de son talent.

Elle est partie il y a longtemps, mais j’ai le sentiment que le geste de Stéphane lui redonne une seconde vie.

Elle s’appelait Arlette Breton. Par-delà les ans, je lui envoie ce soir une pensée affectueuse. Elle a laissé une trace lumineuse dans sa famille. Y compris dans le coeur de son neveu qui ne l’a pas connue, mais qui regarde ses tableaux avec émotion, bien des années après.

Martine Bernier

 

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