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Il aurait eu  101 ans à la fin du mois. Il s’est éteint dans la nuit de samedi à dimanche, lui, l’Immortel qui était entré à l’Académie française en  1973 pour remplacer Henri de Montherlant.

Tout le monde rend hommage au scientifique, au penseur, à l’ethnologue humaniste, au brillant anthropologue qu’il a été.

J’ai un souvenir assez précis de l’anecdote qui m’a attirée à lui. J’étais adolescente, je ne devais pas avoir plus de 14 ans lorsque, en me baladant parmi les rayons de la Bibliothèque communale, j’ai entendu quelqu’un rendre un livre à la responsable des lieux en lui disant qu’il avait été profondément marqué par sa lecture. Je me suis approchée après son départ. Le livre était sur le comptoir. Et je suis tombée en arrêt devant cet exemplaire de « Tristes Tropiques ». Comme la plupart des ados, j’adorais les livres qui me tiraient vers le haut, qui m’obligeaient à produire un effort de compréhension.

Ce livre, je voulais le lire. Mais la bibliothécaire n’était pas du même avis. Elle estimait que j’étais trop jeune pour cela. J’ai insisté. Elle a fini par accepter lorsque je lui ai dit que je le voulais pour un cours bien précis. Ce qui était parfaitement faux. Je suis rentrée avec mon précieux trésor et je l’ai lu durant des nuits entières, un dictionnaire à l’appui. C’est la première fois que je découvrais quelque chose sur le Brésil, écrit dans langue aussi belle, avec une pensée aussi fouillée.

Ce livre, je l’ai pris en plein visage. Je ne me souviens plus de tout, et je pense ne pas avoir tout compris à l’époque. Il était écrit par un intellectuel, et je n’étais qu’une enfant. Mais j’ai réalisé à travers lui les différences entre les peuples, le manque de respect que les pays industrialisés témoignaient face à ceux qui vivaient encore de manière « primitive », la complexité de l’identité. L’auteur n’a pas écrit un livre d’aventure, d’exploration. D’ailleurs il n’aimait pas cela et le disait à travers ses pages.  La plupart du temps, il se lisait facilement, car il s’impliquait dans son écriture à la première personne du singulier, avec une finesse pleine d’humanité. Son écriture, sa pensée étaient d’une puissance et d’une acuité qui m’ont marquée. Adulte, j’ai acheté trois de ses ouvrages, et j’ai à chaque fois été touchée par la force et l’intelligence de cet homme.

Claude Levi-Strauss, en raison de son âge, a toujours fait partie de l’environnement de la plupart d’entre nous. Sa rigueur et sa clairvoyance ont permis de faire avancer des générations de scientifiques dans la voie du respect et de la connaissance, des gens comme vous et moi dans la réflexion.
Je pense que le plus bel hommage que nous pouvons lui rendre aujourd’hui est de relire ses livres…

M.B.

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