Catégories

Catégories

A quelques heures de retrouver le musée d’Orsay et de me replonger dans cette atmosphère qui m’est vitale, je repense à une anecdote que la plupart d’entre nous connaissons, et qui remet bien en place les avis d’experts en matière de peinture.

En 1910, au Salon des Indépendants, qui était déjà une exposition d’art créée en 1884, une toile a été exposée: « Coucher de soleil sur l’Adriatique ».
En consultant le catalogue, les visiteurs pouvaient découvrir qu’elle avait été peinte par JR Boronali, peintre Italien né à Gênes.
Le caractère abstrait du tableau a enthousiasmé les critiques, qui l’ont aussitôt encensé.
Tout Paris s’extasiait devant le talent de l’artiste jusqu’au jour où le journal « Le Matin » a reçu la visite de l’écrivain Roland Dorgelès.
Présentant un constat d’huissier pour confirmer ses dires, il a expliqué que l’auteur de la toile en question s’appelait en réalité « Lolo » et qu’il était… l’âne du patron du cabaret de la Butte Montmartre « Le Lapin Agile ».
Le nom de Boronali était en fait l’anagramme d’Aliboron, nom qu’avait donné Jean de La Fontaine à l’animal dans ses ouvrages.

L’écrivain et deux de ses amis peintre avaient attaché un pinceau à la queue de Lolo…
Ce qui lui a valu de devenir la star du Salon de cette année-là.
Sa toile, vendue à l’époque 400 francs (environ 1250 euros reversés par Dorgelès à l’orphelinat des Arts) existe toujours, et fait partie de la collection permanente exposée à l’espace Paul Bedu à Milly-la-Forêt.
Ajoutons que ce tableau a été également l’une des pièces remarquées de l’exposition « Le faux dans l’Art et dans l’histoire», qui eut lieu au Grand Palais en 1955.
Il a connu une deuxième heure de gloire en 1955 en étant exposé lors de l’exposition des Faux dans l’Histoire de l’Art, à Paris.

Ce canular a fait couler beaucoup d’encre, a sans doute vexé beaucoup de critiques et d’artistes, et a dû en amuser pas mal d’autres.

Mais Dorgelès n’a pas réalisé sa farce sans raison. Il en avait assez de voir exposé tout et n’importe quoi, de voir des critiques et des visiteurs s’extasier devant le travail d’artistes dénués de talent. Son but était de montrer que n’importe qui pouvait exposer au Salon pourvu qu’il place dans un cadre doré une toile recouverte de plusieurs couleurs…. qui trouvera toujours un public pour vanter ses mérites.

Cette anecdote me fait réfléchir depuis très longtemps.
En Art comme en tout, les goûts et les couleurs ne se discutent pas.
Ce qui, clairement, veut dire que, face à une toile abstraite, personne n’est à l’abri de tomber un jour amoureux d’un alliage de couleurs réalisé par un âne…

Je pose ma plume jusqu’à jeudi… A Paris m’attendent Lui, mon travail, des rencontres passionnantes sans doute, et… l’Art.

Martine Bernier

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *