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Lorsque j’étais jeune adolescente, aux cours, circulaient parmi nous, sous le manteau: « Les Textes du Lézard ». A ne pas confondre avec « Le Livre du Lézard », ouvrage connu des adeptes de Baden Powell.

Non. Ces textes-ci étaient mystérieux.
Ils étaient quasi philosophiques, d’une profondeur extrême, et parlaient de la vie, la mort, l’amour, la souffrance, l’amitié et tous ces sentiments qui composent l’être humain.
Ce qui était mystérieux, c’est que personne ne savait qui était « Le Lézard ».
Tout ce que nous savions, c’est qu’il s’agissait probablement d’une jeune femme, et qu’elle parlait beaucoup de scoutisme.
Nous, filles de 13 ans absorbées par nos amitiés et nos premiers émois, nous recopions dans des cahiers quadrillés ces textes qui nous touchaient, les lisions, relisions, soulignions les passages plus intenses. Comme nous le faisions avec nos exemplaires usés à force d’avoir été lus du « Petit Prince » et du « Prophète ». Et, pour moi qui aimais déjà beaucoup les livres de ce genre, de « Ainsi parlait Zarathoustra ».

Pendant longtemps, ces textes nous ont accompagnées, ont été au coeur de nos conversations, de nos réflexions adolescentes.
Nous les sortions lorsque nous nous retrouvions, le mercredi après-midi, ou le dimanche, à la « Compagnie ».
Nous étions les « initiées!
Bien sûr, avec le recul, ces mots étaient naïfs, parfois pompeux, maladroits, pleins de bons sentiments.
Mais ils correspondaient à ce que nous ressentions, ce que nous vivions.

Et puis un jour, dans la revue des guides, (scoutes féminines), j’ai lu un encadré.
Il expliquait que, depuis des mois, la rédaction avait décidé de publier des textes qui avaient connu un grand succès auprès des lecteurs.
Et qu’aujourd’hui, elle avait le triste devoir de faire part du décès de son auteure.
Suivait un totem que j’ai oublié, et une courte explication.

Notre Lézard avait 16 ans quand elle a été emportée par une maladie sans pitié.
Elle savait qu’elle allait partir, mais cela n’a pas entamé son envie de transmettre ce qu’elle avait en elle.
Avant de s’en aller, elle nous avait adressé un dernier texte, plus beau encore que tous les autres, publié pour la dernière fois.

Le dimanche suivant, je suis allée à notre rendez-vous.
J’ai dit aux autres que j’avais quelque chose à leur lire.
J’ai sorti le texte et l’entrefilet, et j’en ai fait la lecture.
Quand j’ai eu terminé, il y a eu un long silence.
Certaines pleuraient. Les autres se regardaient, un peu hébétées.
Nous venions de perdre une amie que nous n’avions jamais rencontrée.
Comme j’avais déjà été beaucoup confrontée à la mort, ce qui n’était pas le cas de mes compagnes, elles ont serré les rangs autour de moi.

Je crois que ce dimanche-là, sous le regard de nos aînées qui ne comprenaient pas nos mines graves, nous avons grandi en une fois.

Ce matin, j’ai reçu un mail.
Il était accompagné d’un dessin représentant un Lézard.
Des années plus tard, j’ai repensé à elle.

Martine Bernier

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