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Si vous faites partie de ceux que la poésie rebute sans jamais en avoir lu une ligne en dehors de la scolarité obligatoire, ou si vous pensez que les poètes sont des gens ennuyeux et fades… vous faites erreur!
Beaucoup d’entre eux étaient et sont encore des êtres de passion.
Parfois même des personnages ambigus, comme ce fut le cas pour François Villon, poète et fripouille du Moyen Age.

Né en 1431, il a été l’un des premiers à avoir marqué mon imaginaire avec sa fameuse « Ballade des pendus ».
Est-ce en raison de ce texte que beaucoup pensent qu’il est mort lui-même sur le gibet?
Sa fin est en fait plus mystérieuse que cela…

Orphelin très jeune, lui qui est né sous le nom de François de Montcorbier a été recueilli et adopté par Guillaume de Villon, dont il a pris le patronyme plus tard.
Grâce à celui qui fut son « plus que père », et qui estimait que rien n’était plus important que l’instruction, le jeune homme a intégré la faculté des Arts de Paris, et a décroché haut la main son diplôme de bachelier.
Il a poursuivi ses études jusqu’à atteindre le grade de licencié et maître ès arts, devenant par la même occasion l’un de ces clercs si enviés à l’époque.

Mais l’époque n’est pas paisible. Des heurts opposent les étudiants aux représentants de l’ordre.
A tel point que Charles VII va décider de suspendre les cours.
Funeste décision pour François qui va devenir ce que nous appellerions aujourd’hui un petit délinquant.
Pris par l’oisiveté et, sans doute, des fréquentations douteuses, il va tremper dans tout ce qui pouvait le distraire du quotidien.
Jusqu’au jour où, le 5 juin 1455, il blesse mortellement un prêtre au cours d’une rixe, et se retrouve contraint de quitter Paris.
En janvier suivant, le roi l’autorise à regagner la capitale, mais il est trop tard pour le jeune homme, définitivement encanaillé.
Dans la nuit de Noël 1456, il se joint à un groupe de « vilains » avec lesquels il commet un vol par effraction au Collège de Navarre.

Il ne lui reste que la fuite…
Sa cavale durera quatre ans durant lesquels il se rendra à Angers où il recommencera ses frasques, puis à Blois.
A Meung-sur-Loire, l’évêque d’Orléans le fait jeter en prison d’où Louis XI, de passage dans la ville, le fera délivrer.
Cela ne calme pas Villon pour autant.
De retour à Paris, il recommence la valse des délits, est incarcéré au Châtelet, subit le courroux de la faculté de théologie, rancunière depuis l’affaire du collège de Navarre.
Pourtant, une fois encore, il est relâché contre la promesse de restituer le butin.

La leçon ne lui suffit pas. Une nouvelle rixe éclate, au cours de laquelle il blesse un notaire pontifical.
Cette fois, le tribunal en a assez: il est condamné à être « pendu et étranglé ».

Et c’est là que court la légende: François Villon serait donc mort pendu sur le gibet de Montfaucon.

Hé non…
Le poète maudit a fait appel au Parlement qui a commué sa peine à dix ans de bannissement de Paris.
Il demandera un sursit de quelques jours, en profitera pour écrire une ballade et…. disparaîtra à jamais, sans laisser la moindre trace.
Les historiens pensent qu’il serait mort au cours d’une bagarre et que son corps aurait été jeté dans la Seine.

Cette graine de canaille n’était vraiment pas fréquentable, apparemment.
Et pourtant…
Il fut aussi un poète tragique, un homme brillant, doué.

Certains pensent que sa Ballade des Pendus aurait été écrite alors qu’il pensait qu’il passerait par la potence, à Paris…
Ce n’a pas été prouvé… mais il a laissé là l’un des textes les plus puissants qui nous sont venus du Moyen Age.
Toute son oeuvre est marquée par la peur qu’il ressentait face à la mort.
Ce qui ne l’a pas empêché de mener une vie qui l’y exposait plus que d’autres.
Il parlait de lui dans ses poèmes, chose qui ne se rencontrait pas ou peu dans les textes de l’époque.
Il se gaussait de l’amour courtois, mais s’est fendu pourtant d’une ‘Ballade à belle amie » qui s’inscrit dans cette pure tradition.

Poète ambigu, souvent sombre, homme de paradoxe, complexe et ne répugnant pas à jouer des poings, Villon est un mystère que je me représente noircissant des pages au coin d’une table de taverne avant de disparaître vers son destin…

Martine Bernier

 

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