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Scotty adorait les moutons.
Pomme a trouvé mieux. Et il semblerait que plus l’animal est grand, plus il  provoque un amour fou chez mes chiens.

Depuis environ une semaine, de nouvelles locataires squattent le pré situé derrière chez moi.
Des génisses de plusieurs couleurs, aux yeux tendres, et quelques vaches que Pomme a aussitôt désiré compter parmi ses relations.
Elle qui ne consentait à sortir qu’en traînant les pattes réclame désormais tous les quarts d’heure pour aller jouer avec ses nouvelles amies, qu’elle surveille, le reste du temps, depuis ses observatoires: sur le balcon ou debout derrière la porte-fenêtre.
Elle a déjà lié des contacts joyeux et turbulents avec plusieurs chiens du voisinage, adore regarder les chats… mais les vaches, ah, les vaches…
Elles sont l’objet d’une passion grandissante.

Une quinzaine de fois par jour, donc, Pomme fonce vers le pré, dans les parfums de ciboulette et d’ail sauvages, escalade le talus à toute vitesse, guidée par le tintement des cloches et des clochettes (ce chien, vu de l’arrière, ressemble de plus en plus à un lapin!) et scrute l’horizon.
Dès qu’elles la voient, les génisses s’approchent pour mieux contempler cette boule de poils noirs qui a visiblement très envie de jouer avec elle.
Lorsqu’elle a réussi à attirer leur attention, Pomme, en bon bichon havanais joueur mais prudent, recule d’un mètre, juste derrière la clôture.
Puis commence un ballet digne de l’Opéra de Paris.
Sans tutus.
Elle avance en bondissant, se couche sur ses pattes de devant, postérieur dressé.
Aussitôt, les vachettes font un pas en avant, ce qui fait détaler leur visiteuse.
Les Demoiselles du Pré tendent le cou pour ne pas la perdre des yeux, ce qui semble la stimuler à relancer une tentative d’approche.
Elle fonce vers elles comme un boulet de canon et freine à deux mètres de leurs mufles, ce qui a pour effet de les faire reculer en se bousculant.
Voir ces énormes animaux reculer devant un chien de 4 kg est tellement drôle que plusieurs de mes voisins aiment profiter du spectacle depuis leurs balcon.
Cela peut durer un temps fou.

Au bout d’un moment, je m’oblige à interrompre le jeu pour revenir à une réalité plus prosaïque… le travail m’appelle.
A contre-coeur, Pomme finit par me suivre, non sans s’être fait longuement priée et avoir arraché un pissenlit au passage.
De retour dans ses quartiers, elle court à la fenêtre qu’elle me demande d’ouvrir pour continuer son observation.
Cinq minutes plus tard, elle vient me prier de resortir.
Et quand Pomme a quelque chose dans la tête, elle peut devenir très, mais alors vraiment très convaincante.
Je dois donc user de subterfuges pour lui faire comprendre que j’ai autre chose à faire que d’aller saluer des vaches à longueur de journée.

Depuis que son carnet d’adresses s’est étoffé, elle ne sait plus où donner de la tête.
Et moi, je prie silencieusement pour que personne n’ait l’idée de mettre un éléphant dans le jardin…

Martine Bernier

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