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Lorsque vous vous baladez en France, vous croisez souvent des bâtiments militaires construits par Sébastien Le Prestre de Vauban (1633 — 1707).
C’est à cet architecte que l’on doit des places fortes et la fameuse « ceinture de fer » de ce qui était à l’époque le Royaume de France.

Je n’aime pas beaucoup ce patrimoine militaire, mais il fait partie de l’Histoire, et celui qui l’a érigé n’était pas n’importe qui…
Aujourd’hui, beaucoup pensent que, pour bâtir ces constructions, Vauban s’est inspiré des témoignages des chefs de guerre qu’il a interrogés sans aller lui même sur le terrain.
Une sorte de militaire d’opérette, avec perruque poudrée et habit de dentelles.

Et bien non… Vauban fut bel et bien un soldat combattant.
Un sacré soldat, même…
La carrière militaire était celle qui lui était destinée depuis son enfance, lui qui est né dans une famille de la petite noblesse du Morvan, consacrée à l’armée depuis des générations.

Le jeune Sébastien entre comme cadet dans un régiment de cavalerie en 1651, arme la plus prestigieuse de l’époque.
Très vite, il se fera remarquer pour sa bravoure, lors de son engagement dans l’armée engagée contre Condé, alors frondeur.
Plus tard, il sera fait prisonnier, puis Mazarin arrivera à le convaincre de rejoindre le service du Roi. Il sert alors avec panache sous les ordres du maréchal de la Ferté, puis sous ceux du Chevalier de Clerville mais poursuivra parallèlement son apprentissage d’ingénieur.
Vauban sera plusieurs fois blessé au combat, vivra dans des conditions périlleuses sa tâche d’ingénieur. Les hommes qui remplissaient cette fonction ne survivaient, pour la plupart, que quatre ou cinq sièges tant leur tâche était dangereuse.

En 1667, il reçoit un coup de mousquet en plein visage.
Estimé par Louis XIV et Louvois, il est tancé par ceux-ci dès qu’il met sa vie en péril.
Et c’est souvent le cas…
A la fois architecte et soldat, il est astreint à un service permanent qui ne favorise pas l’avancement de sa carrière militaire.
Celle-ci le mène à avoir un premier commandement militaire à Brest en 1694 où il se trouve sous les ordres de deux supérieurs hiérarchiques… dont il ne sait auquel obéir.
Il deviendra maréchal de France en 1703… trop tard pour se voir confier une armée, ce qui le rendra amer.

Vauban souhaitait faire de la France un « pré carré », comme il le disait lui même, protégé par une ceinture de citadelles. Il a construit ou réaménagé une bonne centaine de places fortes.
Franc et lucide, il a pris à bras de le corps de multiples problèmes, sortant largement du cadre de l’architecture militaire.
Il observait les faiblesses du royaume et y apportait des solutions, des réformes, se préoccupant particulièrement du sort des plus démunis. Humaniste, il était passionné par la justice sociale. L’anecdote expliquant qu’il partageait ses primes et ses soldes avec ses officiers les moins nantis est révélatrice en ce sens…
Ne supportant pas l’injustice, il protégeait et aidait les plus faibles, mais restait un homme au caractère fort, exigeant et pointilleux dans son travail.

Vauban est mort de ce qu’il pensait être un rhume, qui a dégénéré en bronchite chronique.
Un rhume… pour un homme qui a failli perdre la vie si souvent sur les champs de bataille…
Les dépositions de son valet de chambre, Jean Colas, sont arrivées jusqu’à nous, nous permettant de connaître le récit des derniers jours de son maître, emporté par une embolie pulmonaire.
Jusqu’au bout, le marquis de Vauban a conservé sa vivacité d’esprit.
Saint-Simon a fait courir la rumeur qu’il serait mort de chagrin, étouffé par trop d’amertume.
Les historiens s’accordent à estimer que c’est faux.
Vauban n’a connu ni disgrâce ni tracasseries venues de la Cour.
L’homme a laissé beaucoup d’écrits et de nombreux livres lui ont été consacrés.
Une très belle statue de Pierre Duc le représente en plein travail à l’entrée de la citadelle de Besançon, l’une des plus belles de l’architecte, aujourd’hui lieu touristique et culturel.

Pourquoi me suis-je penchée sur ce personnage?
Parce que j’ai si souvent entendu « C’est une tour Vauban ou une citadelle Vauban » que j’ai fini par réaliser que le nom est presque devenu un label machinal prononcé par des générations oubliant que, derrière ce nom, existait un homme étonnant…

Martine Bernier

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