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Archives quotidiennes : 16 septembre 2010

J’ai toujours eu la violence en horreur, sous toutes ses formes.
Dans l’Histoire, les faits d’armes me glacent ou m’indiffèrent.
Je n’aime pas les conquérants.
Les défilés militaires ne m’émeuvent pas.
La musique de ce type encore moins.
Les armes me répugnent.

C’est dire si je m’attendais à voir un jour un soldat débarquer dans ma vie et bivouaquer au bord de mon coeur.
Un officier, en prime…
Un grand chambardement, pour moi.

Depuis qu’Il a accordé son pas sur le mien, j’ai l’impression que, à travers Lui, la vie me contraint à revoir ma position, à réfléchir différemment, plus en profondeur, en prenant en compte des facteurs que je ne connaissais pas.
Je le regarde vivre, je l’interroge, je l’écoute beaucoup…
J’apprends…
Pour la première fois, j’ai devant moi un homme qui s’est trouvé sur les sites de conflits internationaux, qui a été exposé.
Il n’en parle que s’il est questionné, et toujours de manière posée.
Il me raconte, m’explique, ne cherche à me convaincre de rien, minimise, me dit que c’est une période oubliée de son existence.
Et pourtant si proche…
Quand il n’est pas là, je regarde les photos qu’il a conservées de sa vie en kaki.
Et j’essaie de comprendre…
Comment vit-on des situations aussi extrêmes, aussi anormales?
Comment gère-t-on la peur, la sienne et celle des autres, celle des civils sur lesquels des ombres tirent dès qu’ils sortent chercher le pain?
Comment supporte-t-on la violence, l’agression, les routes minées, les tirs, les explosions?
Pourquoi choisit-on la voie d’une carrière militaire?
Pourquoi s’engage-t-on, accepte-t-on de se mettre en danger pour protéger la vie des autres?

Il me parle avec ses mots d’homme.

Nos univers sont très différents, mais nos valeurs sont les mêmes.
Entre nous, le dialogue est essentiel, vital, même…

En l’écoutant, je découvre le quotidien des Casques Bleus.
Le ressenti de ces soldats de la Paix, à travers l’un des leurs.
Il ne tombe jamais ni dans le pathos, ni dans l’exagération.
Il utilise des mots ancrés dans une réalité dénuée de romanesque.
Ses médailles, il ne me les a montrées que parce que je le lui ai demandé.
Il n’y attache aucune importance.
Il me dépeint les situations dans leur contexte, s’attarde sur l’aspect politique, primordial, m’explique le fonctionnement de l’Armée, l’importance de la formation, de la maîtrise de soi.
Son regard est lucide, toujours.

Oui, j’apprends…

En le regardant m’entourer comme il le fait, je réalise que ces hommes en treillis ne se limitent heureusement pas à leur profession.
Nous sommes loin des Rambos déchaînés, caricaturés, que l’on voit sous les traits d’un Stallone.
Nous sommes dans l’humain, simplement.

Celui qui m’accompagne est, à mon égard, d’une douceur extrême.
Mais je sais qu’il est doté d’une personnalité forte et volontaire.
Avec lui, le courage n’est pas une notion abstraite.
Je m’en aperçois chaque jour.
Cela me change de ce que j’ai vécu…

Il a posé les armes pour réintégrer la vie civile.
Mais à sa façon de s’engager dans l’existence, de prendre chaque jour à bras le corps, je sais qu’il restera toujours un combattant.
Réfléchi, calme, fiable et paisible, mais combattant quand même dans sa manière de ne jamais laisser la vie lui imposer sa loi.

Martine Bernier