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Archives quotidiennes : 8 octobre 2010

 

Des jardins de Monet, ceux qui les visitent connaissent la beauté luxuriante ou discrète selon l’endroit où ils se trouvent.
L’envers du décor est nettement moins connu.
Pour le découvrir, une seule solution: s’adresser à ceux qui y travaillent toute l’année, dans l’ombre.
Parmi eux, le maître d’oeuvre des jardins s’appelle Gilbert Vahé, chef jardinier.
Depuis 35 ans, avec son équipe, il consacre son temps, son énergie et sa créativité à rendre ses lettres de noblesse aux jardins de l’artiste.
08-10-2010-1-225x300Lorsque les fils de ce dernier, Michel Monet, est décédé en 1966, sans descendance, la maison et les biens qu’il tenait de son père ont été légués à L’Académie des Beaux-Arts.
La maison et les jardins étaient à l’abandon, en piteux état.
Il a fallu l’intervention d’un homme, Gérald Van der Kemp, Conservateur en Chef du Château de Versailles et Membre de l’Académie des Beaux-Arts, pour que le site reprenne vie.
Lorsque lui a été confiée la mission de restaurer les lieux, cet homme énergique, fin et cultivé a fait appel à Gilbert Vahé, en 1976.

« Claude Monet était mort depuis à peine 50 ans lorsque nous avons débuté la restauration du jardin, explique-t-il. Nous avons obtenu des informations par ses enfants et par la famille Hoschedé-Monet sur la composition du jardin, sa structure etc. Et nous avons recherché les plantes qui y poussaient alors. Monet adorait la lumière. Dans son Clos Normand, qui est le nom du jardin en face de la maison, il a voulu un environnement très naturel. Nous avons retrouvé la « Belle Vichisoise », une rose d’autrefois qu’il aimait beaucoup et qui grimpait jusque dans les arbres. Je l’ai retrouvée complètement par hasard, chez un ami. Depuis, elle est replantée et fleurit à nouveau dans le jardin. Nous avons respecté la structure initiale du jardin comme Monet l’avait souhaité, avec une multitude de massifs séparés par de petites allées, et trois pelouses plantées de milliers de bulbes, de vivaces, d’arbres à fleurs. »

véritable palette de peinture qui change de couleurs et d’ambiance au fil des saisons est la première partie du domaine de Monet.
Plus loin, lorsque l’on franchit le passage souterrain, le jardin d’eau réserve une atmosphère toute différente, et a demandé un énorme travail de rénovation.08-10-2010-2-225x300
En 1976, il a fallu relever la glycine, reconstruire l’étang et redessiner les berges que les rat avaient beaucoup abîmées.
Les promeneurs qui découvrent le pont japonais, star de plusieurs tableaux phares du peintre, ignorent souvent qu’il ne s’agit pas de l’original, effondré depuis longtemps, mais bien de la troisième version du pont.

Les nymphéas qui ont été rendus mythiques à travers les tableaux ont eux aussi une histoire que raconte Gilbert Vahé:

« A l’époque, le nymphéa rustique n’existait qu’en blanc. Et puis un jour, en Suède, est arrivé un spore de nymphéa rouge. Ca a été un événement international.
Un Français de la région a crée un hybride de cette fleur et l’a présenté à l’Exposition Universelle.
Ca a été un scoop repris dans tous les médias. Et Monet se l’est procuré…
Depuis, nous l’avons racheté chez le même fournisseur, chez Latour Marliac, et les nymphéas roses fleurissent à nouveau sur l’étang. »

Le jardinier a eu moins de chance avec l’Etoile de Digoin, qui existait dans le Clos Normand à l’époque de Monet.
08-10-2010-3Il recherche ce dahlia depuis 35 ans sans succès et craint que cette variété soit éteinte…

La fin de l’automne signe la fermeture de Giverny au public.
Celui-ci l’ignore, mais commence alors une période de travail intense au cours de laquelle le Clos Normand est entièrement refait pour l’hiver, puis replanté pour que le printemps le redécouvre dans son exubérante floraison.
Et c’est ainsi, grâce à ces artistes jardiniers, que durant les trois quarts de l’année, Giverny reste un enchantement.
Monet aurait aimé…

Martine Bernier