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Six semaines après notre dernière rencontre, je retrouvais aujourd’hui mon chirurgien, à quelques jours de mon départ pour Florence.
Parce qu’il connait l’enjeu de ces contrôles, Celui qui m’accompagne a pris un jour de congé pour se rendre à l’hôpital avec moi.
Sa présence me réconforte, me rassure…
Comme à chaque fois, il y a un moment de tension, de crainte, lorsqu’il s’agit de refaire les examens permettant de voir si la situation ne s’est pas dégradée depuis la dernière opération.
Mais il semblerait que suivre presque à la lettre les instructions de mon médecin porte ses fruits.
Pour le moment, la situation se maintient et c’est un soulagement immense.
Prise de sang, échographie.. la routine.
La relation que cet homme passionnant et moi avons développée est insolite et belle.
Il ne joue pas à « L’Homme Médecine qui détient de Savoir » se trouvant face à l’Inculte de service.
Ce qui donne des dialogues intéressants…

- Je suis content de voir ce résultat. D’autant que la prise en charge a été vraiment difficile. J’ai eu vraiment peur que nous perdions votre rein.
- Je m’y étais pratiquement résignée, j’avoue.
- Mais vous voyez, il est tout petit, mais il s’accroche! Le rein est un organe noble…
- Et vous un formidable médecin. Je vous remercie pour ce que vous avez fait.
- C’est gentil…
- Et c’est moi qui suis gentille???

Rires partagés. Je reprends:

- Vous m’avez permis de ne pas subir ces opérations. Grâce à vous, j’ai participé. Je pense que je n’oublierai jamais les deux premières interventions où vous m’avez permis de suivre ce que vous faisiez sur l’écran. J’ai eu l’impression d’être dans un un jeu vidéo! c’était surréaliste. J’en oubliais que c’était moi que vous étiez en train d’opérer.
- C’est tout à fait cela! Je suis content que vous l’ayez vécu comme cela. L’urologie est passionnante!

Nous parlons de choses et d’autres, et nous en venons à mon dernier livre, qui sort dans quelques jours et dont je parlerai bientôt.
Nous discutons de son avis sur la question, puis je lui dis:

- Si vous n’aviez pas été là, je n’aurais jamais pu l’écrire.
- C’était chaud… Vous m’en enverrez un exemplaire dédicacé?
- C’est prévu! Je vous dois bien cela…

Nous parlons un moment du thème du bouquin, sur lequel il m’a souvent taquinée au cours de ces derniers mois.
A la fin du rendez-vous, il me dit:

- Si vous suivez toutes les recommandations, cela devrait tenir. Mais je ne veux pas attendre un an pour vous revoir, c’est trop loin. On se retrouve dans six mois?
- Ou avant si ça recommence. D’accord!

Lorsque sa secrétaire me tend le nouveau rendez-vous, j’ai un moment de flottement.
Il aura lieu le jour de mon anniversaire.
Je quitte le bureau en compagnie du chirurgien et nous continuons à deviser dans les couloirs.

- Je vous aime beaucoup, mais j’avoue que je suis soulagée de ne pas devoir revenir tout de suite vous voir…
- Pareil pour moi. Je suis heureux que les choses se passent bien et que nous n’ayons pas à nous revoir avant quelques mois. Passez une bonne fin d’année, faites très, très attention, et n’oubliez pas le livre!
- Vous aussi, passez une bonne fin d’année! Et promis, je n’oublie pas! Avec un mot rien que pour vous!

Je ne lui ai pas dit que le fait de ne pas le revoir durant six mois, de savoir que je vais vivre sans filet, me soulage mais me fait peur tout à la fois.
Si cela « craque » une nouvelle fois, sera-t-il bien là?
En retrouvant la chaude étreinte et le regard tendre de Celui qui m’attend, je respire.
Il me porte bonheur, semble-t-il.
Même si l’on ne guérit pas de tout.

Mercredi, autre rendez-vous médical.
Puis Florence me tendra les bras…

Martine Bernier

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