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Archives quotidiennes : 19 novembre 2010

Il faisait froid, pluvieux.
Je n’avais aucune envie de sortir, mais Pomme en avait décidé autrement.
Alors que je traversais le pré, j’ai vu sur le chemin un vieil homme à peine voûté, que je n’avais jamais rencontré.
Je l’ai salué en le dépassant.
Mais tandis que je m’éloignais, j’ai entendu sa voix:

- Si nous n’étions pas là, ce pré n’existerait pas.

Je me suis retournée, ai regardé autour de nous: nous étions seuls.
Il ne pouvait parler qu’à moi.
- Pardon?

Poursuivant son idée, il a ajouté:
- Vous avez déjà pensé à ce que serait le monde sans nous?
- …?
- Une forêt. Ce serait une immense forêt.

Sa conversation était tellement inattendue, que je suis restée sans voix.
Du bout de son bâton, il m’a montré un petit arbuste qui poussait dans le pré:
- Vous voyez ça? C’est la nature qui veut reprendre le dessus. Si on les laisse faire, dans quelques années les arbres auront mangé la prairie. Quand je pense que certains plantent des arbres dans leur jardin. Il suffit de les laisser en paix, ils reviennent tout seuls.

Il semblait parler pour lui-même.
Je l’écoutais sans rien dire.
- Si les hommes n’étaient pas là, il n’y aurait que des bois. Mais finalement ça ne serait peut-être pas plus mal. Nous ne sommes pas là pour longtemps, mais qu’est-ce que l’on peut empoisonner ce qui nous entoure!
- D’accord avec vous. La vie des autres y compris, pour certains.

Il a souri:
- Oui.
Il a regardé dans le sac en plastique qu’il tenait à la main:
- Je suis allé aux champignons. Avec ce temps, je pensais en trouver plus, mais il est un peu tard, je crois. Vous voulez voir?
- Oui…

Il m’a montré son butin, sous une pluie qui redoublait en violence.
- Jolie récolte, vous aurez un bon repas. Excusez-moi, mais il pleut vraiment beaucoup, je vais rentrer.
- Oui, allez vous mettre à l’abri.

Je suis partie pendant qu’il sifflait son chien, et je l’ai vu rester dans le pré.
Il regardait les arbres.
Certaines personnes semblent avoir le don de ralentir la Roue du Temps.
Comme si elles avaient trop vécu pour que quoi que ce soit puisse encore les atteindre.
Comme si elles avaient compris que l’essentiel, dans la vie, n’était pas là où nous le pensons…

Martine Bernier

Et pendant que le temps passe au fil des derniers champignons, Ecriplume a dépassé le cap des 70 000 visiteurs…