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Phénomène assez banal, je n’ai pratiquement jamais eu besoin de réveil: mon horloge interne suffit à me réveiller à l’heure voulue, sans aide extérieure.
Depuis plusieurs mois pourtant, un réveil est entré dans ma vie.
Je ne l’apprécie pas du tout, lui.
Il sonne tous les lundis matin, vers 3 heures, pour réveiller Celui qui m’accompagne, qui doit reprendre la route.

Nous prolongeons nos week-end autant que nous le pouvons.
Mais il faut toujours que ce réveil se rappelle à notre bon souvenir.
Cette nuit, comme toujours, j’étais réveillée une heure avant qu’il ne retentisse.
J’écoutais les bruits de la nuit…
Lorsqu’il a sonné, j’ai une fois de plus constaté qu’un homme ayant reçu une formation militaire se réveille et se lève dans les trois secondes qui suivent la première sonnerie.
Il ne dort jamais complètement, semble toujours en état de semi-veille.
En cinq minutes, il est prêt et concentré.

Dehors, il pleut à verse.
Les bichons havanais sont réputés pour figurer parmi les chiens les plus joyeux qui soient.
Chaque lundi matin, Pomme est l’exception qui confirme la règle.
Nous jetant des regards mornes, elle traîne les pattes, pousse de petits gémissements, rendrait neurasthénique un nuage de mouettes rieuses.

Un café, et il se lève, immense.
Pomme et moi le regardons enfiler sa veste et prendre son sac.
La séparation est toujours triste, même si nous savons que nous nous voyons chaque jour grâce à Skype, et que le vendredi signe son retour.
Mais quand les week-end sont aussi beaux que ceux que nous passons ensemble, c’est ainsi.
Difficile.
Il s’enfonce dans la nuit, sous la pluie, à grandes enjambées.
Je reste près de la fenêtre, sachant que lorsqu’il passera en voiture, il s’arrêtera, baissera la vitre.
A côté de moi, Pomme est debout contre le carreau et fait des bonds pour essayer de le voir, elle aussi.
Je finis par la prendre dans mes bras, et deux paires d’yeux guettent les phares dans l’obscurité.
Les derniers signes, et il s’en va.
Pomme pousse un soupir à fendre l’âme.
Je l’ébouriffe, la cajole.

Moins de trois heures plus tard, à peine arrivé, il se connecte.
Il a les yeux cernés, mais il sourit.
Je le regarde dans cet appartement où il ne se sent plus chez lui, où il n’est plus vraiment chez lui.
Il a trouvé le petit mot que j’ai glissé dans sa poche avant qu’il ne parte.
La journée commence.
Dans le nid devenu étonnamment silencieux sans lui, je regarde la boîte dans laquelle il a posé les biscuits aux raisins qu’il a confectionnés pour moi, connaissant ma faiblesse pour ces saveurs de mon enfance.
La semaine s’annonce chargée, intéressante par certains côtés, ardue par d’autres.
Mais… amputée.

Ce matin, je pense à toutes les femmes de militaires, de marins, ou d’autres hommes exerçant des métiers les obligeant à vivre des semaines ou des mois loin de leurs familles.
Elles ont du cran.

Martine Bernier

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