octobre 2011
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Lorsqu’une fillette perd son père avant même d’avoir 10 ans, elle ne s’en remet jamais vraiment.
Toute sa vie, même lorsqu’elle a largement dépassé l’âge adulte, le jour anniversaire de ce décès prématuré est difficile.
Toute sa vie, lorsqu’elle aura passé le stade des pourquoi, elle se demandera… et si?
Et si les secours avaient été sur place plus rapidement?
Et si ses collègues avaient su quoi faire?
Et si l’ambulance était arrivée à temps à l’hôpital?
Et….s’il avait vécu?
Comment aurait été notre relation?
Sa présence aurait-elle changé ma vie, aurait-elle modifié mes choix?
Qu’aurait-il pensé de moi?

Un jour, l’enfant devenu grand atteint l’âge que son père avait lors de sa disparition.
Cette année-là est particulièrement difficile.
Elle réalise qu’il était vraiment bien jeune.
Elle se demande si elle va partir, elle aussi…
Et puis le temps passe.
Elle est toujours là.
C’en est presque anormal, indécent.
Et, à chaque anniversaire, elle se dit: c’est étrange, je suis plus vieille que mon père…

Chaque année, elle évite d’en parler.
C’est un peu comme une bulle aux parois épaisses, posée pour l’éternité sur cette case du calendrier.
Le monde a continué, se refermant sur un chagrin que personne n’a jamais consolé vraiment.
Mais la bulle elle, resurgit chaque année.
Et fait rejouer sans cesse, en boucle, le déroulement de ces heures là.
Quand la vie a basculé…
C’est une douleur à vivre seule, elle le sait.
Donc elle avale la boule de larmes qui se forme dans sa gorge et fait comme si…

Et puis, un jour anniversaire, quelqu’un qui la connait très bien arrive avec un bouquet de roses, les lui offre en disant simplement: « je sais que c’est un mauvais jour… »
Ce quelqu’un là, normalement, devrait surtout avoir envie de ne plus la voir, ne devrait même pas se souvenir de la date, et certainement pas avoir envie de lui dire qu’il y pense.
Pourtant, il est bien là.
Et la petite fille qui dort au fond de la femme qu’elle est devenue pleure en silence, en se sentant moins abandonnée.

Il ne faut pas laisser les enfants se remettre seuls d’un chagrin aussi immense.
Il ne faut pas croire qu’ils en guérissent.

Je déteste le 14 octobre.
Mais je remercie la vie qui, si elle m’a joué des tours pendables, a aussi mis sur mon chemin certains êtres lumineux.
Dont un capable de m’apporter les fleurs que je n’ai jamais pu déposer sur la tombe de mon père.

Martine Bernier

Jean dit :

Certains de vos textes me bouleversent. Comme celui-ci…

Yann dit :

Je pense a toi… Je t aime très fort!

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