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Archives mensuelles : mars 2012

La cruauté des hommes me tétanise.
Sous toutes ses formes violente physiquement ou psychologiquement, méprisante de la dignité ou de la vie de l’Autre.

Dans l’Histoire, l’une des pires démonstration du genre reste  la « mode » qui a poussé le monde occidental à montrer au public des êtres humains parqués dans des cages, au zoo, au même titre que les singes ou les girafes. 
Jusqu’au 3 juin 2012, il est encore possible d’aller visiter l’exposition que le Musée du Quai Branly consacre à ce sujet:  « L’invention du sauvage – Exhibitions »
Pour le cas où vous ne le sauriez pas,  le footballeur Lilian Thuram est l’un des responsable de l’exposition avec l’historien  Pascal Blanchard et Nanette Jacomihn Snoep, responsable d’une partie des collections du musée.

C’est en découvrant que, parce qu’ils étaient Kanaks,  les grands-parents de son ami Christian Karembeu avaient été exhibés au Jardin d’acclimatation, à Paris, en 1931, que Lilian Thuram a souhaité que soit consacrée une exposition à ce sujet.

C’est une jeune esclave hottentote d’Afrique du Sud, Saartjie Baartman, qui a été la première victime du phénomène « zoo humain ».
Elle était née avec une particularité physique hors du commun: son postérieur était hyperdéveloppé.
Il n’en fallait pas plus pour donner l’idée à son maître de l’emmener en Europe pour l’exhiber, presque nue, en Angleterre, puis en France, comme un monstre de foire.
Cette malheureuse jeune femme est morte malade et dans la misère à l’âge de 26 ans, en France, en 1815.
A  cette époque où de grandes inventions et de grandes découvertes voyaient le jour, comme les rayons X, l’aspirine, l’atome, l’électricité, la bicyclette, le train ou l’automobile, les savant se concentraient à classer les organismes vivants.
L’homme, considéré comme un « animal » comme un autre, faisait partie de ces recherches.
Il était logique pour les savants de cataloguer les habitants de la Terre en différentes races et de caresser l’idée que les Africains et les aborigènes étaient peut-être le chaînon manquant entre le singe et l’homme évolué, sous-entendu: le Blanc.
Une idée infâme utilisée pour justifier la domination des blancs sur les hommes d’autres couleurs, dans le but de les exploiter.

Très friand de ces « curiosités » humaines, le public européen, dont la majorité ne semblait pas réaliser ce qu’elle pouvait avoir d’humiliant et de dégradant, fréquentait avec délectation les cirques et les zoos où lui étaient présentés des « phénomènes ».
Des êtres « monstrueux » à la pilosité excessive ou au visage déformé, des personnes handicapées, ou des êtres venus d’ailleurs, comme une famille Galibis, de Guyane, exhibée aux yeux du public ravi, ou des Lapons, des Egyptiens, des Africains, des Aborigènes…
Certains étaient présentés comme étant des sauvages sanguinaires, des cannibales ou de braves petits primitifs pour ainsi dire préhistoriques.
Quel charmant dépaysement, cette note d’exotisme dans le quotidien européen, n’est-ce pas? 

Choquant…
Et pourtant, ce n’étaient pas des gens particulièrement pervers ou inhumains qui fréquentaient ces galeries de curiosités.
Non… c’étaient de simples citoyens convaincus de la supériorité de l’homme blanc, à une époque où les voyages étaient interminables et difficiles, et où la télévision n’existait pas.
Ils croyaient ce qu’on leur avait appris: encore à la fin du XIXe siècle, les manuels de science naturelle des écoliers enseignait la hiérarchie des races humaines avec, au sommet, les Européens. 

Du racisme pur et presque « innocent »,  des pratiques détestables…
Et parfois, une belle histoire racontée, comme celle de ce Kanak venu de Nouvelle-Calédonie pour une foire parisienne en 1931, qui n’a jamais voulu retourner chez lui ensuite.
Tombé amoureux d’une parisienne, il l’a épousée.

Dans les années 1930, les mentalités ont commencé à évoluer et les zoos humains ont disparu.
Enfin… presque.
Le fameux « Loft Story » a inauguré en son temps un autre genre de zoo.

Cet épisode honteux de notre évolution me heurte toujours lorsque j’y pense.
De telles comportements laissent des traces indélébiles chez les descendants de ceux qui ont été humiliés et exploités de cette façon.
Comme elle en laisse chez les Européens d’aujourd’hui…

Martine Bernier

 

Musée du Quai Branly « L’invention sauvage EXHIBITIONS », jusqu’au 3 juin.
Référence: Le livret enfant de l’exposition. 

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/exhibitions.html

Lorsque des étrangers parlent du français, ils disent facilement qu’ils apprécient « la langue de Molière ».
Quel bel hommage pour un homme d’esprit et de plume.
Du côté de la vieille Europe, une autre phrase évoque le comédien: « Je veux mourir comme Molière: sur scène! »

Ah.
Le problème, c’est que Jean-Basptise Poquelin n’est pas mort sur scène, le 17 février 1673, contrairement à la légende.
Il s’est éteint chez lui, après une dernière représentation qu’il a eu beaucoup de peine à mener à terme.
Il interprétait ce jour-là le rôle d’Argan, dans le « Malade Imaginaire ».
Argan, ce grand hypocondriaque convaincu d’être atteint d’une maladie grave.
Au début de la pièce, le personnage part dans un long monologue.
Atteint de ce que l’on pense être une pleurésie, Molière s’épuise à le déclamer.
Depuis longtemps, très fatigué, il se repose avec sa fille dans les jardins d’Auteil.
Mais la lente agonie que l’on a décrite le concernant, ne semble pas être la réalité de sa mort.

Une gazette de l’époque expliquait que « Molière est mort subitement, sortant de la comédie où l’on dit qu’il n’avait jamais mieux réussi. » 
Ramené chez lui après la pièce, il mourra vers 22 heures, en crachant du sang, dans de fortes quintes de toux.
Le prêtre appelé à la hâte n’a pu arriver à temps. 

Molière n’est donc pas mort en scène… mais c’est sans doute l’ultime effort effectué pour elle qui lui a pris la vie.

Martine Bernier 

 

 

 

 

 

Photos: Modigliani: Portrait de Dédie, et « La Muse Endormie » de Constantin Brancusi

 

 

 

Je n’attendais rien de particulier de la nouvelle exposition de la Fondation Gianadda, placée sous le thème « Portraits – collection du Centre Pompidou ». 
Et pourtant…
Hier, après mon travail de la matinée, Celui qui m’accompagne et moi avons pris la route de Martigny.
Une journée de soleil et d’arbres en fleurs, parfaite pour retrouver ce lieu que j’aime tant.  
Puis l’entrée dans la salle d’exposition et les premières impressions.

Je ne suis pas sensible à tout ce qui nous vient de l’art moderne.
En matière d’art, ce n’est pas ma période de prédilection.
Pourtant, j’ai été très vite emportée par ces visages qui ont accompagné le XXe siècle.
Avec, comme premier coup de coeur, un magnifique Modigliani, « Portrait de Dédie », dont le modèle serait la femme du peintre.
Au milieu de l’exposition, deux couloirs nous entraînent à chaque fois vers ce que j’appelle la deuxième découverte.
Le premier nous mène vers la suite de l’exposition, le second vers le musée de l’automobile avant lequel une petite salle permet aux visiteurs de visionner un petit film en rapport avec l’exposition.
Sur les murs des deux couloirs étaient accrochées des photos noir-blanc prises par Léonard Gianadda dans les années 50.
Grand reporter, il a sillonné la planète, a rencontré une infinité de gens, célèbres et anonymes.
A travers ces photos se retrouvent déjà sa sensibilité, son affection pour l’humain.
Touche très émouvante: plusieurs photos montrent Annette, son épouse, qui s’est éteinte au mois de décembre dernier. 
Elle était une personne essentielle.

Dans la salle jouxtant celle des oeuvres appartenant à la collection Gianadda, se trouvaient des merveilles.
La sculpture dorée d’un visage endormi aux traits d’une pureté absolue: « La Muse endormie », de Constantin Brancusi, le « Masque de Picasso » avec sa mèche  rebelle recouvrant l’oeil droit, signé par Pablo Gargallo, la très belle « Tête de femme » d’Henri Laurens…
Nous avons suivi le deuxième couloir, découvrant les photos, pour aller regarder le film consacré, cette fois, à la fondation Annette et Léonard Gianadda: « La Mémoire du Coeur ».
Réalisé à l’occasion des Noces d’Or d’Annette et Léonard Gianadda, le 14 octobre 2011, il est d’autant plus bouleversant que Mme Gianadda y est omniprésente, souriante et minuscule à côté de son immense époux.
Je suis sortie de la salle la gorge serrée.
Le film est  touchant, tourné avec pudeur.

Le retour dans la salle principale permet une fin de visite en apothéose.
Avec quel plaisir j’ai retrouve « Diego », la sculpture de Giacometti, et son formidable tableau « Caroline »…
Magritte était là, lui aussi, avec son fameux « Viol », mais, surtout, son « Portrait de Georgette au bilboquet ».
Citer tout ce que j’ai aimé tournerait en liste  fastidieuse, mais je ne peux pas manquer de souligner les Picasso, dont le très beau « Buste de femme », « L’Odalisque à la culotte rouge » de Matisse, « La Femme blonde  » de Marquet,le « Portrait de la baronne Gourgaud à la mantille noire » de Marie Laurencin, « Le portrait de Chaliapine  » de Boris Grigorieff ou le « Portrait de Fernand Fleuret » de Friesz, les Balthus et autres Suzanne Valadon.

J’ai terminé dans la librairie où, comme d’habitude, j’ai trouvé des ouvrages que je découvre rarement ailleurs.
A l’extérieur, les jardins de la Fondation reprenaient vie après l’hiver. 
Nous sommes repartis enrichis, comme à chaque fois.

Si vous pouvez vous déplacer jusqu’à Martigny, ne manquez pas cette exposition de printemps, elle est passionnante…

Martine Bernier

 

Jusqu’au 24 juin 2012

http://www.gianadda.ch