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La cruauté des hommes me tétanise.
Sous toutes ses formes violente physiquement ou psychologiquement, méprisante de la dignité ou de la vie de l’Autre.

Dans l’Histoire, l’une des pires démonstration du genre reste  la « mode » qui a poussé le monde occidental à montrer au public des êtres humains parqués dans des cages, au zoo, au même titre que les singes ou les girafes. 
Jusqu’au 3 juin 2012, il est encore possible d’aller visiter l’exposition que le Musée du Quai Branly consacre à ce sujet:  « L’invention du sauvage – Exhibitions »
Pour le cas où vous ne le sauriez pas,  le footballeur Lilian Thuram est l’un des responsable de l’exposition avec l’historien  Pascal Blanchard et Nanette Jacomihn Snoep, responsable d’une partie des collections du musée.

C’est en découvrant que, parce qu’ils étaient Kanaks,  les grands-parents de son ami Christian Karembeu avaient été exhibés au Jardin d’acclimatation, à Paris, en 1931, que Lilian Thuram a souhaité que soit consacrée une exposition à ce sujet.

C’est une jeune esclave hottentote d’Afrique du Sud, Saartjie Baartman, qui a été la première victime du phénomène « zoo humain ».
Elle était née avec une particularité physique hors du commun: son postérieur était hyperdéveloppé.
Il n’en fallait pas plus pour donner l’idée à son maître de l’emmener en Europe pour l’exhiber, presque nue, en Angleterre, puis en France, comme un monstre de foire.
Cette malheureuse jeune femme est morte malade et dans la misère à l’âge de 26 ans, en France, en 1815.
A  cette époque où de grandes inventions et de grandes découvertes voyaient le jour, comme les rayons X, l’aspirine, l’atome, l’électricité, la bicyclette, le train ou l’automobile, les savant se concentraient à classer les organismes vivants.
L’homme, considéré comme un « animal » comme un autre, faisait partie de ces recherches.
Il était logique pour les savants de cataloguer les habitants de la Terre en différentes races et de caresser l’idée que les Africains et les aborigènes étaient peut-être le chaînon manquant entre le singe et l’homme évolué, sous-entendu: le Blanc.
Une idée infâme utilisée pour justifier la domination des blancs sur les hommes d’autres couleurs, dans le but de les exploiter.

Très friand de ces « curiosités » humaines, le public européen, dont la majorité ne semblait pas réaliser ce qu’elle pouvait avoir d’humiliant et de dégradant, fréquentait avec délectation les cirques et les zoos où lui étaient présentés des « phénomènes ».
Des êtres « monstrueux » à la pilosité excessive ou au visage déformé, des personnes handicapées, ou des êtres venus d’ailleurs, comme une famille Galibis, de Guyane, exhibée aux yeux du public ravi, ou des Lapons, des Egyptiens, des Africains, des Aborigènes…
Certains étaient présentés comme étant des sauvages sanguinaires, des cannibales ou de braves petits primitifs pour ainsi dire préhistoriques.
Quel charmant dépaysement, cette note d’exotisme dans le quotidien européen, n’est-ce pas? 

Choquant…
Et pourtant, ce n’étaient pas des gens particulièrement pervers ou inhumains qui fréquentaient ces galeries de curiosités.
Non… c’étaient de simples citoyens convaincus de la supériorité de l’homme blanc, à une époque où les voyages étaient interminables et difficiles, et où la télévision n’existait pas.
Ils croyaient ce qu’on leur avait appris: encore à la fin du XIXe siècle, les manuels de science naturelle des écoliers enseignait la hiérarchie des races humaines avec, au sommet, les Européens. 

Du racisme pur et presque « innocent »,  des pratiques détestables…
Et parfois, une belle histoire racontée, comme celle de ce Kanak venu de Nouvelle-Calédonie pour une foire parisienne en 1931, qui n’a jamais voulu retourner chez lui ensuite.
Tombé amoureux d’une parisienne, il l’a épousée.

Dans les années 1930, les mentalités ont commencé à évoluer et les zoos humains ont disparu.
Enfin… presque.
Le fameux « Loft Story » a inauguré en son temps un autre genre de zoo.

Cet épisode honteux de notre évolution me heurte toujours lorsque j’y pense.
De telles comportements laissent des traces indélébiles chez les descendants de ceux qui ont été humiliés et exploités de cette façon.
Comme elle en laisse chez les Européens d’aujourd’hui…

Martine Bernier

 

Musée du Quai Branly « L’invention sauvage EXHIBITIONS », jusqu’au 3 juin.
Référence: Le livret enfant de l’exposition. 

http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/exhibitions.html

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