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Archives quotidiennes : 27 juin 2012

Parmi les phénomènes de société qui m’agacent prodigieusement, la mode tient une place bien en haut du podium.
Il suffit que, dans un magasin, un magazine ou une émission, quelqu’un se risque à dire, en parlant d’un vêtement, d’une forme ou d’une couleur : « c’est très tendance! » ou « tout le monde le portera cette année » pour que je file comme un lapin.
Cette allergie ne date pas d’hier: elle me tient depuis l’adolescence.
Alors que la plupart d’entre nous se bat pour se faire reconnaître en tant que personne libre, comment peut-on suivre les diktats de la mode sans réaliser qu’ils nous transforment en moutons de Panurge?
Parmi les émissions que  j’exècre à la télévision se trouvent celles consacrées au relooking.
Les rares fois où je les ai vues, j’ai été choquée de voir des personnes « normales », qui ont une personnalité, une vie, une intelligence propre, s’abandonner entre les mains d’hommes ou de femmes qui semblent sortis d’une BD satyrique.
Pire: elles se livrent au regard de passants qui les jugent d’un ton méprisant, n’ont droit à leur respect que lorsqu’elles ont accepté de ressembler à tout le monde.
Ensuite, les jugements sont plus cléments.
Ouf, ça rassure…
Du sadisme…
Dans ce monde étrange que l’on nous montre,  où tout le monde appelle tout le monde « ma chérie », il faut suivre les goûts des autres, renoncer à ce que l’on est pour entrer dans le moule, apprendre à se déguiser, découvrir les résultats en grimaçant un sourire… puis supporter durant des mois la nouvelle coupe  qui ne correspond pas forcément à ce que l’on aime.
Quelquefois, rarement, le résultat est probant. 
D’autres fois, c’est atterrant.  

C’est surtout frappant…
Quel drôle de monde où il faut se couler dans un moule et, pour se faire, se ruer sur les vêtements à la mode (aaah… la vision ridicule des meutes galopant vers les soldes à l’ouverture des magasins…), adopter la coiffure « en rapport avec l’âge », porter des chaussures qui vous démolissent le dos, le « ravissant petit accessoire » que vous retrouverez partout et chez tout le monde…
Un monde bizarre où l’on se refait le nez, le visage, le corps, pour ressembler au modèle de beauté dicté par la mode, les médias.
Et les membres du troupeau avancent fièrement sans réaliser que l’originalité  qu’ils pensent décrocher en devenant des « fashion victimes »  n’est rien d’autre qu’une illusion.
Tout le monde finit par se ressembler, par s’uniformiser.

J’ai passé l’âge où l’on s’interroge encore sur l’importance ou non d’obéir à ces règles factices, pour plaire, pour avoir droit à des regards complaisants.
Je porte toujours les cheveux longs malgré mon âge canonique, je ne porte que ce qui me plaît.
Et je continue à trouver que les femmes les plus belles sont celles qui ne suivent pas les règles établies.
N’est-ce pas,  Armande  Altaï? 

 

Martine Bernier