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Comme beaucoup d’enfants angoissés, lorsque j’étais gamine, j’étais superstitieuse.
J’étais convaincue que si je faisais attention à certaines choses, cela ressusciterait mon père.
Rien que cela!
Il fallait faire quelque chose pour arrêter cette  absence insupportable et retrouver la situation telle qu’elle était autrefois.
J’allais le faire!

Sur les sols en damier noir et blanc, je m’arrangeais donc pour n’emprunter que les carrés noirs, par exemple.
Jusque là, rien de dangereux.
Mais les résultats étaient nuls.
Il fallait faire mieux, offrir un enjeu plus intéressant.
Et j’ai trouvé.
Plus périlleuses donc ont été mes expériences de haute voltige.
La laide  maison de mon enfance avait trois étages.
La première volée d’escaliers qui menait du rez-de-chaussée à la chambre de mon frère aîné, était composée de quatorze marches.
Je me disais que, au plus j’arriverais à en sauter, au plus j’augmenterais mes chances de retrouver mon père.
Après tout, on m’avait dit qu’il était mort mais je ne l’avais pas vu. 
« On » pouvait m’avoir menti.
Donc, j’avais mes chances.

Une, deux, trois, quatre… à partir de six marches, cela se corsait.
Il faut dire que je n’étais pas bien grande.
Je terminais mon vol, chaque matin avant de partir à l’école, écrasée sur le carrelage froid (et dur!) du couloir.
Convaincue qu’en passant la porte, il serait là.
Mais il n’y était pas.
Jamais.
Je partais couverte de bleus, il m’est même arrivé de me casser un ou deux os.
Mais personne ne savait pourquoi j’étais si maladroite dans cet escalier apparemment très sûr.
Et je me disais que, le lendemain, je recommencerais et cela marcherait.

Mes acrobaties ne s’arrêtaient pas là.
La rampe d’escalier, du premier  jusqu’au troisième étage, était constituée de barreaux de bois.
J’enjambais la rampe, au-dessus du vide, et je descendais par l’extérieur.
Convaincue que cela augmentait mes chances dans ma quête.
La dernière volée (les fameuses 14 marches!) ne me permettait pas de poursuivre la descente de cette manière.
Je m’installais donc à califourchon sur la rampe et je glissais à toute vitesse… jusqu’à la boule de bois marquant la fin de l’escalier.
Un peu douloureuse, l’arrivée, avouons-le.

L’idée de la descente « à ciel ouvert » et de la haute voltige dans les 14 marches n’ont pas apporté le résultat escompté.
Pourtant, je n’ai pas ménagé mes efforts!
C’est fou ce qu’un enfant de 9 – 10 ans peut être tenace et inconscient quand il a quelque chose dans la tête et que personne ne lui explique les choses telles qu’elles sont vraiment.

En y repensant, l’expérience m’a convaincue d’une chose: si j’ai un ange gardien, il doit s’être fait quelques cheveux blancs et a dû souvent protester en Haut Lieu dans l’espoir de m’échanger contre un sujet plus classique.

Martine Bernier 

2 réponses à Les escaliers ou les superstitions enfantines

  • Dominique Rougier:

    A la même période j’ai fait les mêmes acrobaties sur un escalier semblable ,mais comme le fait un jeune garçon ,par jeu et insouciance . Ton histoire ,une fois de plus, nous met une boule dans la gorge…

  • Martine Bernier:

    J’aime bien le « par jeu et par insouciance ».. Parce que oui, c’est le genre de choses que les enfants peuvent faire pour s’amuser. Pour ma part, comme il fallait vraiment que ce soit un effort, j’avais choisi quelque chose de très dur. Parce qu’en prime, j’avais, et j’ai toujours, un vertige inimaginable! Bête nana, va! :)

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