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L’un des tout premiers tableaux qui a déclenché en moi  de la curiosité est « La Ronde de Nuit », de Rembrandt.
J’étais totalement imperméable aux cours de Néérlandais (oui, je sais, j’ai presque honte!), langue que je n’arrivais pas à mémoriser.
Un jour, notre professeur est arrivée avec la reproduction d’une toile, nous expliquant qu’elle avait été peinte par un peintre flamand, Rembrandt.
Et elle a commencé à nous en parler.
D’abord une ou deux phrases en français, histoire de nous appâter avec les mystères du sujet, puis en flamand.
Arf… si je voulais connaître la suite, il fallait que je fasse un sérieux effort!
De retour chez moi avec le texte écrit de la leçon, je me suis penchée sur la question, un dictionnaire bilingue à la main.

C’est ainsi que je suis entrée dans la « Ronde »… 
Ce tableau est considéré comme étant le plus mystérieux de toute l’histoire de l’art.
Notre prof avait visé haut et juste! 
J’ai commencé par apprendre que les gens en armes faisaient partie de la garde civile d’Amsterdam.
Ils voulaient un portrait collectif pour orner leur salle de réunion.
Tous bénévoles, ils avaient chacun donné 100 florins pour s’offrir le tableau.
Mais lorsqu’ils l’ont découvert, certains ont été  furieux de se voir représentés dans l’ombre.
Furieux au point de refuser de payer.

Lorsque nous regardons la toile, nos regards se portent sur les deux hommes, au centre.
Celui qui est habillé d’un costume noir barré de rouge (qui fait référence aux armoiries d’Amsterdam), est le gapitaine Frans Banning Cocq.
A côté de lui, en jaune, se trouve le lieutenant Willem Van Ruytenburch.
Les experts, en les découvrant se sont demandé pourquoi ces deux officiers se trouvaient en pleine lumière, pourquoi y avait-il  de telles différences de tailles et de couleurs de vêtements entre les deux hommes.
Certains penche pour un souci de réalisme, d’autres estiment qu’ils représentent le bien et le mal.
Les symboles sont très nombreux dans le tableau du Maître.
La main du capitaine semble sortir du tableau.
Je ne compte plus le temps que j’ai pu passer à observer cette main qui donne vie à la toile…
La main et son ombre….
Cette fameuse ombre qui en a choqué plus d’un, estimant qu’elle se pose sur le sexe de son compagnon, ce qui jetterait un trouble sur la nature de leurs relations.

Tandis qu’ils sont là, tous les deux, les  personnages du deuxième plan s’agitent, gesticulent, regardent dans tous les sens, sont habillés de manière dépareillée.
Un chaos savamment orchestré dont on ne retient que la sensation de mouvement à une époque où les portraits étaient figés.
Derrière le capitaine, un petit bonhomme intrigue, avec son casque recouvert de feuilles de chêne et sa position qui donne l’impression qu’il va tirer.
Là aussi deux thèses sont présentées: soit le tableau est un hommage à la vaillance de la population prête à défendre sa ville, soit il dénonce un crime commis par la compagnie, dont personne n’a rien su à part ces hommes.

Autre mystère du tableau: la jeune fille en robe jaune, à gauche.
Sa présence est complètement insolite.
Elle est la seule, avec les deux personnages centraux, à baigner dans une lumière digne des meilleurs Caravage.
Représente-t-elle la déesse protectrice de la ville, une cantinière, ou le portrait de Saskia, femme de Rembrandt décédée cette année là, en 1642, et de l’un de leurs enfants décédé?
C’est ce que pensent les experts.
Enfin, le peintre s’est représenté dans la toile.
Regardez au fond: il regarde par-dessus l’épaule gauche de l’un des commanditaires du tableau.
 

Aujourd’hui encore, quand je vois la « Ronde de Nuit » où les personnages n’existent pas l’un sans l’autre, où les costumes sont magnifiquement peints, je remercie celle qui me l’a fait découvrir pour la première fois.

 

Martine Bernier

2 réponses à La Ronde de Nuit et ses mystères

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