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Mon père était électronicien.
Electronicien, à une époque où le commun des mortels ignorait en quoi consistait ce métier mystérieux, alors que la première TV noir et blanc venait à peine de faire son apparition.
Pour m’expliquer ce qu’il faisait, il m’emmenait parfois avoir lui sur son lieu de travail et me faisait entrer dans une salle  qui m’impressionnait beaucoup.
Elle me paraissait très grande, et, surtout, peuplée d’énormes machines, grandes comme de gros réfrigérateurs, très bruyantes.
Des imprimantes crachaient des kilomètres de papier à la chaîne, couverts de signes incompréhensibles.
Mon père m’expliquait que les machines étaient des ordinateurs.
Et il me disait: « Tu verras, il faut encore beaucoup travailler, mais un jour, tout le monde en aura un. »
- Moi aussi?
- Toi? Telle que je te connais, il t’en faudra au moins deux!
Chacun en aura un?? 
Et moi deux??
A quoi bon décorer sa maison avec des machines inutiles et vrombissantes? 

J’ai reçu ma première machine à écrire de ma grand-mère, alors que j’avais 13 ou 14 ans.
Une  Olivetti, petite machine mécanique portable.
Le ruban bicolore, noir et rouge, tachait les doigts lorsqu’il fallait le changer.
Je l’utilisais d’un côté, puis de l’autre, jusqu’à ce que les caractères deviennent quasi transparents.
Il fallait de la force pour taper, mais j’adorais cela.
J’apprenais seule à écrire plus vite, tout en découvrant les joies du pâteux Tipp Ex! 

Ma deuxième machine à écrire, je l’ai achetée vers 22 ans, juste après la naissance de mon deuxième fils.
Je n’habitais plus le même pays, ma vie avait beaucoup changée, je chantais mes propres chansons en public, j’écrivais toujours pour le plaisir, et un journal local commençait à me demander des articles « pour essayer ». 
J’ai donc économisé pour m’offrir une machine électrique.
Une petite Rolls par rapport à l’enfin sur lequel je travaillais jusque-là!
Changement de pays oblige: je passais de AZERTY à QWERTZ.
Plus on m’en demandait, plus je réalisais que cette machine ne suffisait plus.
Les premières machines dotées d’un minuscule écran sur lequel figurait d’abord une unique phrase, la dernière écrite, commençaient à sortir.
J’en ai eu une.
Puis je suis passée sur un monstre, une énorme Hermès avec le premier écran montrant le texte et permettant de le corriger avant l’impression.

En 1985, je me lançais dans une nouvelle aventure: l’acquisition d’un Commodore 128, l’un des premiers micro-ordinateurs.
Grandes disquettes souples de 5 pouces 1/2, très peu de logiciels…. et moi qui m’amusais à étudier le langage Basic et à reproduire d’interminables programmes me permettant de sortir un morceau de musique de Bach.

Massacré, certes, mais Bach quand même!

Quelques années plus tard, Eric et moi achetions notre premier PC, équipé de la plate-forme Windows.
Et donc d’un traitement de texte.
Un peu poussif, il a été rapidement remplacé par un autre, plus puissant, puis, au fil des années, par un autre, et encore un autre.
Aujourd’hui, entre mes ordinateurs et ceux de Celui qui m’accompagnent, ils sont cinq , tous récents, dans la maison, PC ou Mac.
Et je suis repassée à AZERTY!
En achetant mon premier Mac, un G5 élégant très costaud, le vendeur m’a dit à l’époque: « Pour trouver plus puissant, il faut aller voir du côté de la NASA! »
Depuis, d’autres sont sortis, véritables bolides de course.
L’ordinateur a révolutionné ma manière de travailler, ma vie et celle de milliards de gens.
Il me passionne, et même si je n’arrive pas à la cheville des informaticiens, j’aime comprendre son fonctionnement et solutionner moi-même les petits soucis qu’il lui arrive de provoquer. 

 Tu verras, il faut encore beaucoup travailler, mais un jour, tout le monde en aura un. »
- Moi aussi?
- Toi? Telle que je te connais, il t’en faudra au moins deux!

Martine Bernier

2 réponses à Le chemin vers l'ordi

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