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Quand j’avais dix ou onze ans, tous les enfants de mon quartier fréquentaient le même cabinet de dentiste.
Ce dernier était un homme énergique, en fin de carrière, qui avait un énorme défaut: dès qu’une carie pointait son nez, il arrachait la dent.
Et peu lui importait qu’il s’agisse ou non de bouches enfantines dans lesquelles les dites quenottes auraient encore pu servir durant un bon moment.
Sa blouse blanche n’était pas très nette, son matériel préhistorique, sa grosse moustache menaçante.
Je ne l’ai jamais vu de bonne humeur.
Sauf peut-être lorsque, après une extraction, il brandissait la dent triomphalement, en disant: « Et voilà! Une de moins! » 
Il aimait assez équiper ses clients adultes d’appareils dentaires.
Une marotte, en quelque sorte… 

Comme il était le seul professionnel du coin, tout le monde se résignait.
Jusqu’au jour où un jeune dentiste a ouvert son propre cabinet.
Ca a été la ruée dans sa salle d’attente.
Et le désert chez son collègue qui a fermé boutique pour partir à la retraite.
Devant les bouches de ses petits clients, le nouveau dentiste, très doux, vivait des moments de vrai désespoir.
Je faisais partie du lot.
Depuis,  je fais également partie de la Grande Confrérie des Pas Tranquilles lorsqu’il s’agit de retourner chez un dentiste. 
Tout au long de ma vie, ces visites ont toujours représenté une épreuve, comme pour la majeure partie d’entre nous. 

Ce matin, en poussant la porte de la clinique dentaire où j’avais pris rendez-vous, j’avais comme une petite pointe à l’estomac.
Et puis, il y a eu LE moment de grâce.
Tandis que je parlais avec la réceptionniste, j’ai levé les yeux sur les tableaux qui se trouvaient sur le mur, derrière elle.
Trois grandes toiles…
Trois reproductions des Nymphéas et du Pont japonais de Monet.

J’ai eu l’impression d’un clin d’oeil!
Et c’est nettement plus détendue que j’ai fait la connaissance ma nouvelle dentiste, une femme charmante, blonde, dotée d’un rire frais et d’un léger accent.
Avec la bénédiction de Monet!

Martine Bernier 

 

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