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Lorsque j’étais enfant, ma chambre, située au troisième étage de la maison familiale, donnait sur les toits.
Mon grand plaisir était d’aller m’installer sur la gouttière extérieure et de regarder ces nuées de maisons que je surplombais.
Il était rarissime que j’y vois quelqu’un.
Pour voir vivre le monde, il suffisait de me tourner vers la menuiserie de mon oncle, juste à côté, où s’affairaient les ouvriers.
Cela ne m’intéressait pas.
Je préférais regarder les toits, à perte de vue.
Des toits aux tuiles rouges pour les maisonnettes coquettes de la rue qui faisait l’angle de l’horrible chaussée où j’habitais.
D’autres toits, plats et gris, des bâtiments industriels ou des commerces.
Ils étaient sans charme, mais avaient une grande qualité à mes yeux: ils servaient de plate-forme d’atterrissage pour les oiseaux en général et les mouettes en particulier.
Des mouettes attirées par le canal tout proche où elles suivaient les péniches.
En hiver, je leur lançais des miettes de pain.
Parfois, au milieu de ces troupes blanches je pouvais voir un ou deux goélands, beaucoup plus gros.
Je les aimais déjà à l’époque.
Les oiseaux s’étaient habitués à moi comme je m’étais habituée à eux.
Ils étaient  tout proches de moi, me regardaient parfois de leurs petits yeux ronds, en penchant la tête.
Ils représentaient  la liberté dont j’étais privée.

 J’avais plus de 9 ans, et je passais ma vie à l’école ou bouclée dans ma chambre.
Le monde extérieur pétrifiait ma mère qui préférait me savoir en sécurité.
Ignorant que je passais beaucoup de temps perchée sur ma gouttière. 
Au-delà des toits, tout au fond, le clocher d’une église néogothique égayait l’horizon.
Je n’arrivais pas à m’habituer au fait que je ne pouvais pas voir un brin d’herbe.
Les balades avec mon père me manquaient.
Mais la peur de ma mère me contaminait.

Lorsque je m’étais assurée qu’il n’y avait personne aux alentours, je prenais ma flûte.
Et je jouais des airs très doux, toujours les mêmes, qui s’envolaient dans le vent.
Dès que quelqu’un, intrigué par la musique, ouvrait une fenêtre pour tenter de la localiser, je retournais d’un bond dans ma chambre et je refermerais la mienne, le coeur battant.

J’ai gardé une tendresse particulière pour les beaux toits.
Dans chaque région du monde que j’ai pu traverser, je les ai toujours observés.
Certains sont des oeuvres d’art, bien plus beaux que ceux que je regardais à l’époque.
Ils me rappellent ces heures perdues à tuer le temps.
Ce même temps qui passe si cruellement vite aujourd’hui. 

Martine Bernier

3 réponses à Les toits…

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