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Ce lundi, après ma visite au chirurgien, j’avais comme qui dirait le moral plutôt attaqué.
Comme, vendredi,  je prévoyais un peu la chose, j’avais réservé deux places pour aller assister à une pièce le soir de cette visite.

Ce n’était ni n’importe quelle pièce, ni n’importe quels acteurs.
Il s’agissait de  « Collaboration »,  de Ronald Harwood, avec Michel Aumont dans le rôle de Richard Strauss, Christiane Cohendy dans celui de l’épouse du compositeur, et Didier Sandre dans celui de l’écrivain Stefan Zweig.
Des acteurs brillants, « Molièrisés », reconnus autant par le public que par leur profession.

La pièce se déroulait au Théâtre du Crochetan, à Monthey, un théâtre où règne une ambiance chaleureuse, entretenue par son directeur, Lorenzo Malaguerra.

La pièce raconte l’amitié née entre Strauss et Zweig alors que le premier a sollicité le second pour écrire le livret de son opéra: la Femme Silencieuse.
Tous deux sont de caractères très différents: Zweig est aussi introverti et timide que Strauss est extraverti et volcanique.
Mais ils s’admirent mutuellement et travaillent ensemble avec bonheur.
Dès 1932, ils se rencontrent en Allemagne où réside Strauss, et en Autriche où habite Zweig.
La montée du nazisme inquiète profondément ce dernier, de confession juive.
Richard Strauss, lui, ne veut pas croire à la catastrophe qui s’annonce, tandis que Stefan souffre de voir cette Europe qu’il aime tant courir à sa perte.
En 1933,  Strauss est contraint de collaborer en acceptant le poste de président de la chambre de musique du Reich.
Nommé par Goebbels, il est également forcé de composer l’hymne olympique des Jeux de Berlin en 1936.
S’il accepte de se soumettre, expliquera-t-il ensuite devant la commission de dénazification, à Munich, en 1948, c’est pour protéger sa belle-fille, juive, et ses petits-enfants, clairement menacés par les nazis.

Lorsque les autorités apprennent qu’il travaille avec un écrivain juif, Strauss est démis de ses fonctions.
Et fera preuve d’un courage tranquille mais irréductible, appuyé par sa femme.
Ainsi, il n’hésitera pas à refuser de voir le nom de son ami retiré de l’affiche de leur opéra, sans tenir compte des risques qu’il encourait.

L’art du Théâtre est porté à son paroxysme lorsque vous oubliez que vous avez devant vous des acteurs.
Hier soir, ce fut le cas.
Les spectateurs du Crochetan étaient témoins du drame qui se jouait autour de ces deux hommes dont l’un ne rêvait que de composer avec celui qu’il estimait, tandis que l’autre était rongé par le dégoût de la situation insupportable qui se jouait.
Didier Sandre se fond dans le personnage de Stefan Zweig avec une finesse, une sensibilité  et une intelligence rares.
Michel Aumont, lui, met tout son talent au service de Strauss, laissant transparaître tour à tour sa force, son agacement, sa colère et son désespoir.
La scène finale, au cours de laquelle il évoque le suicide de son ami, quelques années auparavant, m’a bouleversée.

La pièce est interprétée de manière magistrale, et magnifiquement écrite, abordant un sujet grave, allégé pourtant par des touches d’humour.
Hier soir, nous avons vécu un grand moment de théâtre, 

Martine Bernier

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