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Le rôle du ou de la journaliste, particulièrement s’il ne s’agit pas d’un journalisme « dur », est à la fois passionnant et souvent touchant.
J’aime beaucoup écouter les autres, découvrir leurs passions, leurs créations, leur vie.
Ce qu’ils me disent me laissent rarement insensible.
S’impliquer me paraît naturel et enrichit la relation.
Le tout est de ne pas franchir une certaine ligne, qui permet de conserver une démarche professionnelle.

Il arrive aussi qu’un sujet vous bouleverse à un point tel que l’émotion vous submerge.
Pour ma part, par trois fois en plus de 25 ans, l’émotion a pris le dessus au point d’être visible.

La première fois, c’était aux Diablerets, station de montagne bien connue des Alpes vaudoises.
J’allais  à la rencontre d’une dame, une maman, qui avait eu un petit garçon très gravement malade.
Elle avait créé une association portant le prénom de son fils et les médias avaient suivi son combat et celui de l’enfant.
Peu de temps avant que je ne la vois, elle avait perdu son petit.
Avant même de me rendre  là-haut, j’était très émue.
L’entretien a commencé.
Nous étions deux mères qui se parlaient… il ne m’était pas possible d’être blindée face à son désespoir.
Elle a senti mon sentiment.
Au bout de quelques instant, elle a fondu en larmes dans mes bras… 

La deuxième fois, les conditions étaient quasi identiques.
J’avais rencontré deux fois le petit Valentin, gravement malade, lui aussi.
Sa maman, sa famille, ses amis, étaient d’un courage remarquable, le soutenaient, l’entouraient avec tout l’amour et la tendresse du monde.
Mais un jour, la maladie a eu le dernier mot et Valentin est parti.
Je l’avais vu dans sa famille, je l’avais accompagné lors d’une activité de détente où je l’avais vu sourire.
A notre dernier contact, il jouait avec son petit frère pendant que je parlais avec sa maman, sa grand-maman et son oncle.
Tous unissaient leurs efforts pour réaliser chacun des rêves de Valentin.
Le courage des parents d’enfants malades me bouleverse.
J’ai depuis pour cette famille une admiration sans borne, et je pense à eux et à Valentin à chaque fois que je passe devant le parc d’attraction que tient certains des membres de la fratrie.

La troisième fois, c’était à Lausanne.
Je consacrais pour la première fois un article à une association appelée As’trame.
Elle accompagne notamment les enfants lors de deuils et de rupture.
Je craignais énormément cette rencontre avec la responsable, car le sujet me renvoyait à mon propre vécu.
Je savais que ce serait une véritable épreuve pour moi, mais il était important de le faire: il fallait faire connaitre ce service magnifique au public.
Cela n’a pas manqué: dès que la personne avec laquelle j’avais rendez-vous a  commencé à parler de la souffrance des enfants, j’ai eu l’impression de suffoquer.
Je faisais d’énormes efforts pour ne pas perdre le contrôle.
Evidemment, cela s’est vu.
Devant l’interrogation de mon interlocutrice, j’ai juste dit que j’étais très bien placée pour savoir ce que ressentaient ces enfants et les dégâts que pouvait laisser un deuil non fait ou, pire, interdit.
Et l’importance de les aider à surmonter ce choc.
Nous avons eu un court aparté au cours duquel elle m’a demandé quel âge j’avais lorsque cela m’était arrivé et qui j’avais perdu.
J’ai répondu, sans évidemment  donner de détails et j’ai repris le cours de mon interview.
A la fin de la rencontre, elle m’a dit que les personnes qui avaient souffert dans leur enfance d’un deuil sans être entourés pouvaient se faire aider à l’âge adulte.
Elle avait beaucoup de tact.
Je l’ai remerciée, surtout pour son travail si important auprès des enfants et des familles qui bénéficient de son écoute et de celle de ses collègues.
Nous nous sommes comprises.

A chaque fois, je suis sortie de ces rencontres complètement bouleversée.
J’en ai eu d’autres, bien sûr, qui m’ont extrêmement touchée,  mais celles-ci, je ne les oublierai jamais.

Martine Bernier 

 

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