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J’ai découvert leur histoire dans un livre sans prétention écrit à compte d’auteur par une dame épatante de Chaboz, en Valais: Yolande Ançay.

Elles étaient quatre soeurs.
Quatre soeurs, toutes muettes.
Véronique, Faustine, Marie et Amélie.

Je n’ai pas leurs dates de naissance, mais elles ont dû naître entre 1900 et 1950. 
Ceux qui les ont connues, parmi lesquels le curé de Fully,  disaient d’elle qu’elles auraient pu  avoir une meilleure vie si elles avaient eu droit à une scolarité normale.
Ce qui n’a pas été le cas.
Pourtant, encore aujourd’hui, lorsque les gens font allusion aux soeurs muettes de Chiboz, ils en parlent comme de personnes exceptionnelles.
Elles communiquaient en utilisant un langage de signes différents de celui qui existe aujourd’hui: le cheïnguë.
Et elles étaient comprises… 

L’aînée, Faustine, était une couturière très douée, qui confectionnait des costumes pour les hommes et les femmes de la région, y compris des robes de mariées.
Elle s’inspirait des modèles qu’elle voyait dans les catalogues pour créer ses chemises à col droit et empesé et les robes qu’elle cousait sur sa petite machine à coudre, des heures durant.

Dans la fratrie, Marie semblait n’avoir peur de rien.
Elle s’occupait des vaches et des chèvres du village, et était considérée comme la vétérinaire du coin.
Elle connaissait les plantes qu’elle faisait sécher dans le grenier, près de la maison, préparait des tisanes qu’elle utilisait pour soigner.
Marie aimait chasser en utilisant des trappes et des lacets, tout aussi douée pour attraper le petit gibier que pour se cacher de Félix, le garde-chasse.

Véronique était la plus sociable, dotée d’une grande empathie qui la mettait à l’écoute des autres.
Elégante, elle portait des boucles d’oreilles en assurant que l’or était bon pour les yeux.
C’est elle qui descendant dans la plaine pour ramener les provisions.
Elle s’occupait des gros travaux dans les champs, fauchait, moissonnait les talus et les parcelles très en pente… pieds nus, pour ne pas glisser.
C’est elle aussi qui fabriquait le beurre et les tommes de chèvre, présentées dans des feuilles de choux.

Amélie s’est un jour cassé la jambe et avait « laissé faire la nature » pour la guérir.
Ce qui lui avait valu de boiter toute  sa vie.
Véritable maîtresse de maison, elle tenait le ménage rigoureusement, s’occupait des lessives, du repassage, des nettoyages, de la préparation des repas.

Sur le tard, Amélie s’est mariée avec Joseph.
Joseph Bridy…
Mais il était dit que les soeurs muettes n’auraient pas droit au bonheur conjugal…
Un jour, Joseph a glissé sur une pierre dans un torrent et a été entraîné au fond d’un précipice, laissant Amélie seule avec ses enfants. 

Les quatre soeurs muettes de Chiboz ont terminé leur vie dans une maisonnette qui abrite aujourd’hui le foyer Soeur Louise Bron.
Et, écrit Yolande, elles ont marqué la vie des gens de Chiboz, les Tsëbouërin, car elles étaient de bonnes personnes, travaillantes, chaleureuses, intelligentes, qui, malgré leur handicap, ont laissé des trésors de savoir-faire, d’adaptation et d’exemples.

J’ai trouvé cette histoire belle et émouvante…

Martine Bernier 

 

Livre; « A Chiboz, je mange je bois et je dors » (A Tsëbouë, i mëdze, i bèye, i drëumouë », Yolande Ançay-Gentile.

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