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Archives mensuelles : novembre 2012

Comme beaucoup de chiens de petites races, mon Mogwaï a tendance à avoir l’appétit capricieux.
Pour la nourrir, je varie les aliments, sachant qu’en général, la nouveauté lui plaît pendant quelques jours.
Sa préférence va à une croquette particulière dont elle raffole… à condition de ne pas en manger tous les jours.
La lassitude prend alors le dessus et elle déserte son assiette.
Lorsqu’un aliment lui plaît, son manège est toujours le même: elle prend une croquette et disparaît la déguster loin des regards.

Ce matin, assise en Bouddha au milieu de la cuisine, elle me regardait laver sa gamelle et la remplir d’une nourriture appétissante.
J’ai déposé fièrement le tout devant elle et je l’ai encouragée.

- Tu m’en diras des nouvelles!!!

Elle s’est approchée poliment, a reniflé l’assiette et a fait mine de quitter la pièce.

- Ah non, alors!

Etonnée, elle s’est retournée pour me regarder.

- C’est de la nourriture pour « appétits difficiles » que tu as là! Tu as lu l’étiquette? Poulet, haricot, carotte, pomme et grenade! Franchement!!! Tu ne vas pas encore me faire un caprice!

Elle me regardait en remuant la queue, visiblement satisfaite que je lui fasse la conversation.
Lorsque mon Capitaine et moi sommes passés à table pour prendre notre petit-déjeuner, elle a emporté les deux croquettes magiques que je lui avais posé sur le sommet de la gamelle pour lui donner envie de manger.
Puis elle est revenue, a reniflé le reste et m’a regardé d’un air déçu. 

- Pomme, enfin.. Tu as pensé à tous ces pauvres chiens qui n’ont rien à manger? Et à tous les chiens chinois qui meurent de faim? Et toi, ingrate, qui fait la fine bouche! Chien de luxe, va!

Oui, je sais, c’est idiot, mais  la voir remuer la queue en me regardant joyeusement tandis que je lui tiens des discours absurdes me fait rire.

Martine Bernier

La superbe Collection de l’Art Brut à Lausanne possède une particularité: derrière chaque oeuvre exposée et chaque exposition temporaire se cache une histoire humaine.
Celle de Morton Bartlett, l’orphelin qui cherchait une famille, fait partie des plus émouvantes…
Morton Bartlett est né à Chicago, en 1909.
Devenu orphelin alors qu’il n’avait que 8 ans, il a été adopté par un couple aisé du Massachussets.
Durant plusieurs années, sa vie va suivre un cours classique: des études à la Philipps Exeter Academy de Boston, une année à la Harvard University qu’il choisira de quitter pour devenir photographe indépendant…
Malheureusement, les produits utilisés pour le développement des images lui provoquent des problèmes de santé qui le contraignent à quitter sa profession.
Il exercera alors plusieurs métiers, s’engagera dans l’armée américaine durant la Seconde Guerre Mondiale et fondera ensuite une agence de graphisme et d’impression. Le secret Morton est célibataire, mais bien intégré socialement.
Mais le soir, dès qu’il rentre chez lui, il s’adonne à un loisir aussi créatif que discret: il modèle des sculptures.
Des poupées, qu’il habille, prend en photo.
Son voisin et ami, Kahlil Gibran, neveu de l’auteur du Prophète, est admiratif devant son travail.
Au point qu’il prévient un journaliste et qu’un article sort dans la presse en 1965.
Cet événement choque Morton qui démembre ses sculptures, les emballe dans des journaux, et les range dans des coffrets fabriqués sur mesure.
Quinze poupées, leurs accessoires, des photos et des dessins se retrouvent dans le seul placard fermant à clé de la maison.
Le public ne les verra plus avant la mort de leur créateur, en 1992.
Morton Bartlett ne parlait qu’avec ses amis proches de son statut d’enfant adopté et de ses sculptures secrètes.
Tous ceux qui le connaissaient intimement et qui ont été interviewés par la suite, racontent qu’à travers son oeuvre cachée, il s’était créé une famille de substitution dans laquelle il investissait son besoin de vie de famille, le manque de ses parents perdus.
Des fantasmes bouleversants qu’il protégeait pour qu’ils ne rentrent jamais dans la réalité.
C’est de cette manière que cet artiste discret et blessé apaisait vraisemblablement ses doutes, ses manques et ses chagrins. Au total, Morton a réalisé une quinzaine de poupées en plâtre.
Elles se deboîtaient, lui permettant de constituer une multitude de personnages différents, qu’il assortissait de nombreux accessoires différents (vêtements, sacs, chapeaux…)
Un événement En ce moment, jusqu’au14 avril 2013, la Collection d’Art Brut à Lausanne présente, en collaboration avec la Hamburger Bahnhof – Museum de Berlin, la première exposition monographique en Europe consacrée à Morton Bartlett.
Elle propose 81 oeuvres dont deux poupées complètes, des photographies, une dizaine de vêtements et de dessins, ainsi que des moulages partiels (pieds, têtes, mains…). Un petit film documentaire est également projeté dans le cadre de l’exposition.
Il relate l’histoire de la découverte de l’oeuvre de Bartlett par divers témoins: Jean et Kahlil Gibran, ses voisins, ainsiq eu Marion Harris, galeriste new-yorkaise qui a offert 42 oeuvres à la Collection d’Art Brut, mais aussi.
Une occasion unique de pénétrer dans le monde d’un artiste qui, en créant sa famille imaginaire, n’imaginait pas qu’elle serait un jour exposée aux regards du monde…

Martine Bernier
Collection de l’Art Brut Lausanne Avenue des Bergières 11 1004 Lausanne Tél: 021 315 25 70 Exposition temporaire jusqu’au 14 avril. Horaires d’ouverture: du mardi au dimanche de 11 à 18 heures. Entrée: 10 francs. Entrée libre pour les chômeurs et les jeunes jusqu’à 16 ans.

Combien de fois, en regardant les catastrophes qui touchent différentes régions du monde, ne nous sommes-nous pas dit: « Heureusement, ici, nous sommes à l’abri… »?
C’est parfois oublier que, par le passé, des séismes ont pu secouer la région qui nous parait si tranquille… 
Comme ça a été le cas en Suisse, dans la région du Chablais vaudois, au 16e siècle.
Les ville et villages d’Aigle, Corbeyrier et Yvorne s’en souviennent encore… 

C’était en mars 1584, la région d’Aigle et d’Yvorne (Vaud).
Un violent séisme ébranle la terre, déclenchant un gigantesque éboulement. 
Celui-ci est précédé par quelques secousses peu perceptibles. 
Le 1er mars à 11h30, pendant dix à douze minutes, la terre tremble longuement.
Le lendemain, lundi 2 mars, une nouvelle secousse se produit. 
Le mardi, un grand vent et de la neige sévit sur tout le pays, toujours accompagnés, dans la région, de plusieurs secousses.  
Et c’est le mercredi 3 mars entre dix et onze heures que se produit l’irréparable.

Les anciens villages de Corbeyrier et d’Yvorne sont ensevelis sous trois mètres d’épaisseur de terre et de gravats, anéantissant hommes et bêtes.
Corbeyrier comprenait alors huit maisons, une douzaine de granges et quelques moulins. Au total, 69 maisons, 106 granges, 4 caves et 2 battoirs furent recouverts.
Le séisme tua plus d’une centaine de personnes, dont beaucoup de femmes et d’enfants, les hommes travaillant aux champs, dans la plaine.

A Aigle, les dégâts sont considérables.
Le château n’est pas épargné.
Ses murs ont tenu le choc, mais les toits ont perdu la majeure partie de leurs tuiles.
De nouvelles tuiles sont acheminées en bateau de Morges à Villeneuve, avant de continuer leur route par char jusqu’au chantier.
Les toits ne retrouveront leur aspect initial qu’une année après la catastrophe.

Quant à Yvorne, la désolation des lieux est telle que, vers 1610, la douce Agathe, épouse du gouverneur Antonius von Erlach, mettra tout en œuvre pour que soit reconstruits le village et son vignoble.

Aujourd’hui, personne ne peut imaginer que ces lieux si paisibles ont pu subir un tel drame.
Les siècles passent, les générations se succèdent, mais les pierres se souviennent.

Martine Bernier