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Archives quotidiennes : 10 novembre 2012

Deux semaines après les nouvelles moroses découvertes chez mon chirurgien, je me retrouvais hier dans la salle d’attente de mon néphrologue.
« Mon » chirurgien, « mon » néphrologue…  l’article possessif veut simplement dire que ce sont eux qui s’occupent de moi depuis deux ans.
Je n’ai jamais vu aucun médecin aussi souvent!

Je savais que le rendez-vous d’hier serait important et un peu tristounet.
Le fait qu’une « tuile » me soit tombée sur la tête alors que tout paraissait se passer correctement était inattendu.
Mais je savais aussi que quelque chose allait se passer de positif dans ce scénario.
Cela n’a pas manqué.

Dans les salles d’attente de médecins spécialistes, se jouent des  scènes souvent silencieuses apparemment sans importance, mais très fortes.
Il y a ceux qui sont terrassés par l’angoisse.
Ils ont le regard et les traits  figés.
Pour certains c’est la première fois et l’inconnu les effraie.
Pour d’autres c’est une routine à laquelle ils ne s’habituent pas.
Pour d’autres encore, plus rares, ce n’est ni une corvée, ni une horreur.

Depuis ces dernières années et ma rencontre avec ces deux médecins, ma vision de l’hôpital et du monde hospitalier a beaucoup évoluée.
La visite d’hier y a encore contribué.
Dès que le médecin est venu me chercher, j’ai compris qu’il était vraiment triste de ce qui m’arrivait, et qu’il considérait comme un échec personnel le fait de ne pas avoir pu éviter cette situation.
Je l’ai d’emblée remercié pour  tout ce qu’il fait pour moi, précisant au passage que je sais que la situation est très compliquée.
Avec mon Capitaine, avec lequel il s’entend très bien, nous sommes restés longtemps dans son bureau.
Et, comme à chaque fois, ça a été une consultation parsemée de plaisanteries, de rires, d’empathie et de gentillesse.
Je n’ai pas envie de subir et il le sait.
J’avais des questions très précises à lui poser.
Je connais parfaitement la situation, au point qu’il en a été lui-même surpris.
Ensemble, nous avons mis sur pieds une nouvelle stratégie.
Il m’a avoué que, cette fois, j’allais lui servir de cobaye en testant un nouveau médicament qu’aucun de ses patients n’a, pour l’instant, essayé avant moi.
Si les effets secondaires ne sont pas trop lourds, il devrait être efficace.

A chaque problème supplémentaire qui me renvoie en salle d’opération comme ce sera le cas le mois prochain, j’apprends.
Grâce à ces deux hommes, je ne suis pas une anonyme, un nom sur un dossier, une patiente passive.
Ils ont compris ma façon de fonctionner, et m’abordent en acceptant de m’impliquer totalement.
Particulièrement avec mon  néphrologue, mais aussi avec mon chirurgien, nous travaillons « en équipe ».
Je leur explique ce que je peux et ne peux pas supporter, ils m’écoutent, s’adaptent, respectent mes demandes.
Nous essayons certaines choses, améliorons au fil des résultats.
Et je réalise avec reconnaissance qu’ils  ont vraiment mal au coeur lorsque les choses ne tournent pas bien.
Je sais aussi que ce qu’ils font avec moi, ils le font pour chacun de leurs patients, s’adaptant à chacun d’eux.
La manière quasi affectueuse avec laquelle mon néphrologue traite les autres est un exemple d’humanité.
Je suis sortie de chez lui avec, en main, la perspective de nouveaux traitements, de nouveaux examens à passer, de rendez-vous à prendre chez un autre médecin supplémentaire.
Mais je suis sortie sereine.
Bien sûr, je préférerais que Gérard, mon rein gauche, se calme.
Evidemment, je me passerais de ces anomalies qui apparaissent au scanner.
Mais j’ai aussi une chance folle, et je le sais.

Martine Bernier