Je crois en avoir déjà parlé: un jour, ma grand-mère paternelle, que j’aimais énormément, est arrivée chez nous, un an ou deux après la mort de mon père, avec un énorme carton.
Elle s’était fait aider pour le transporter, tellement il était lourd. 
Chacune de ses visites était un bonheur.
Celle-ci, je l’ignorais encore avant de voir le contenu du carton, a été celle qui  m’a réservé l’un des plus beaux cadeaux de ma vie.
A la grande déception de mes frères qui ont été consolés avec des friandises, elle avait emporté ce mystérieux paquet à mon intention.
Lorsque je l’ai ouvert, j’ai failli tomber à la renverse de bonheur: il était rempli de livres!
La fille de sa voisine quittait la maison pour se marier et se séparait de ses livres d’adolescente.
Ma grand-mère, même si je la voyais trop peu, me connaissait bien.
Elle savait que rien ne pourrait me faire plus plaisir que ces piles de livres usagés recelant des trésors.
La plupart faisait partie de collections aujourd’hui disparue: les Marabout Junior et Marabout Mademoiselle.
Des biographies, des livres d’aventures, et… un nombre incalculables de « Sylvie ». 
A cette époque, je ne connaissais pas son auteur, René Philippe.
J’ai donc commencé à découvrir avec délices les aventures de Sylvie Gambier, hôtesse de l’air épouse de Philippe, pilote de ligne.

Pour son époque, Sylvie avait une vie de femme moderne.
Cette série romanesque, écrite avec soin, la suivait dans ses péripéties, ses rencontres, ses prises de position.
L’une de ses forces venait de l’humour que l’auteur glissait dans la relation qu’elle entretenait avec son mari.
Sylvie avait un caractère fort et pétillant, ses histoires passionnait un  public de femmes.
Moi, j’avais onze ou douze ans. 
Mais ma grand-mère savait que j’avais déjà lu toute la bibliothèque de mon père en secret.
Je parlais souvent avec elle des personnages de Flaubert, Alexandre Dumas ou Stendhal.
Elle expliquait à ma mère qu’il fallait me laisser me « nourrir » de livres.

J’ai dévoré le contenu du carton, et j’ai continué à me procurer, en occasion, la suite de la collection des « Sylvie » et les biographies des Marabout Junior.
Lorsque j’ai quitté la Belgique, à peine avais-je tourné les talons que mes livres avaient été vendus sans prendre mon avis.
Ca a été un crève-coeur.
Aujourd’hui, j’essaie de retrouver ces vieux ouvrages que j’aimais.
Pas forcément parce que c’était des chefs-d’oeuvres de littérature, non.
Simplement parce que les livres sont liés à certaines époques de nos vies.
Dans mon cas, ils en sont l’un des ciments.
Et je me dis que, peut-être, plus tard, même si les prises de position des personnages, dans ces histoires, sont un peu démodées, ils pourront captiver une adolescente d’aujourd’hui ou de demain.
Je sais: c’est bête!
On ne se refait pas!

Martine Bernier 

 

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