février 2013
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J’ai passé toute mon adolescence et bien des années, par la suite, à écouter les chansons de Jacques Brel, sans m’en lasser.
Je puisais dans ses textes de la force, et une énorme matière à réflexion.
J’aimais sa sensibilité, sa voix, sa force et ses fragilités, ses désespoirs dignes, son ironie, sa malice, sa tendresse…

Quelques mois avant que je ne quitte définitivement la Belgique, la nouvelle est tombée: Brel était gravement malade.
A l’époque, j’avais accepté de travailler dans une crèche.
Régulièrement, l’une de mes amies, qui suivait des études d’infirmières, venait me prêter main-forte.
Un matin, à son arrivée, profitant d’une accalmie dans l’accueil des enfants, elle s’approche de moi et me dit:

- Il faut que je te parle. Tu as un instant?
J’avais un instant. 
Elle m’a dit:
- Tu as appris que Jacques Brel est malade?
- Oui, bien sûr…
- Et bien… il est hospitalisé dans l’hôpital où je travaille. Tiens. Mais ne dit surtout pas que je t’ai donné ceci. A personne.

Elle m’a tendu un morceau de papier sur lequel se trouvaient une adresse et un numéro de chambre.
Je détestais ce que la presse faisait vivre à cet homme.
Il était un homme libre… et il était traqué.
Dans un premier temps, je n’y ai pas réfléchi.
Dans la semaine, le coeur battant, j’ai pris tout l’argent de mon mois, j’ai acheté un énorme bouquet de fleurs et, profitant de mon jour de congé, j’ai pris la direction de l’hôpital.
Ne me demandez pas par quel miracle j’ai pu passer aussi facilement et comment je me suis retrouvée devant cette chambre… 
Il doit y avoir un Dieu pour les gamines inconscientes.
Devant cette porte, je tremblais comme feuille.
Et là, mon esprit a eu la bonne idée de se remettre à fonctionner.
J’avais horreur de ceux qui le traquaient, mais que faisais-je?
J’étais une fille de 16 – 17 ans, qui adorait ses chansons, qui grandissait avec elle… et qui n’était rien.
A l’intérieur de cette chambre se trouvait un homme en souffrance qui devait n’avoir qu’une envie: avoir la paix et ne pas se montrer malade.
J’ai posé mon bouquet devant la porte, j’ai pris un carnet dans mon sac et j’ai griffonné un message.
Je lui ai dit que je faisais partie de ces milliers d’anonymes qui tenaient à lui, que je le remerciais pour ce qu’il me donnait depuis si longtemps, que, comme tous ceux qui l’aimaient, je pensais à lui.

Et je suis partie.
Quelques jours plus tard, mon amie m’a dit: « Il a eu ton bouquet. Moi, je ne fais pas partie de ceux qui le soignent, mais ils en ont parlé. Ca lui a fait plaisir. Il a aimé le fait que tu le respectes. Ca l’a touché. »
J’ai été heureuse, et plutôt contente de moi…
Je n’ai jamais rencontré Brel, mais il a su.

Martine Bernier

 

 

Une réponse à Brel: ma rencontre manquée

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