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Dessin/ Dominique Rougier

Dessin/ Dominique Rougier

Au printemps 1968, aux alentours de mon neuvième anniversaire, mon père, alors en vacances de Pâques, est un jour arrivé avec une bûche magnifique et … un  nain de jardin en plastique.
Il n’avait pas de bonnet, était chauve, barbu, arborait un air timide et un gros nez.
Il avait été réalisé à l’effigie de l’un  des sept nains de Walt Disney.

Je savais que  papa ne faisait jamais rien sans avoir un but précis.
J’étais donc très intriguée par la présence de ce nain…. d’autant que nous n’avions pas de jardin pour l’y mettre et que ce genre d’objet ne faisait pas partie des goûts paternels.
Je l’ai suivi jusque dans la petite cour , derrière la maison.
Là se trouvait une remise dans laquelle il est entré.
Il a déposé la bûche sur une petite table et a posé le nain un peu plus loin.
- Qu’est-ce que tu vas faire?
Il a pris un air mystérieux et a répondu:
- Je vais essayer de faire de la magie…
Puis il m’a priée de sortir de la remise.
Pendant plusieurs jours, il s’y est enfermé seul.
Derrière la porte, j’entendais des bruits bizarres.
J’avais beau le questionner, il ne me répondait que par un seul mot: « patience! »

Un jour, il m’a appelée depuis son « atelier » et j’ai eu le droit d’y entrer.
La bûche qu’il avait ramenée ne se ressemblait plus ou presque.
Mon père avait commencé à la sculpter et, du bois, sortait un crâne lisse et un nez, tous deux parfaitement identiques à  ceux du nain en plastique.
J’étais fascinée…
J’ignorais qu’il était aussi capable de donner vie à la matière…
Il a dit modestement:
- Bon, je suis loin d’avoir fini, mais je crois que nous sommes en bonne voie, qu’en penses-tu?
Mon admiration n’avait pas de bornes: mon père était un artiste!
Il a pris fièrement son oeuvre dans les bras pour aller la montrer au reste de la famille… qui, tout en saluant son travail, a fait remarquer que, bon, ce n’était pas fini: on attendait de voir la suite!

Mon père n’a jamais pu finir sa sculpture: il nous a quittés peu de temps après.
Au fil des mois, la remise a retrouvé sa vocation première.
Elle était tellement encombrée qu’il n’était plus possible d’y pénétrer.
Un jour, je m’y suis glissée et, dans un enchevêtrement de vélos et de toute sorte d’objets entremêlés, j’ai retrouvé… la bûche.
Je savais que si je la montais dans ma chambre, elle disparaîtrait.
Je l’ai donc cachée dans un coin de la pièce.
Régulièrement, je venais caresser le bois lisse et sculpté en fermant les yeux.
J’y redécouvrais les gestes de mon père.

Martine Bernier 

 

6 réponses à Le nain de jardin

  • moniquez:

    charmant souvenir …. et trésor bien caché dans le fond de ton coeur <3
    me fait penser inévitablement à ….Pinocchio et son papa sculpteur Geppetto et son père littéraire Collodi !! et là, l'histoire peut commencer comme ça :
    "« Il était une fois… — Un Roi ! s'écrieront aussitôt les petits lecteurs……..non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois un morceau de bois …..»

    ……..Geppetto, un pauvre menuisier italien, fabrique dans un morceau de bois……" ….. un nain plus vivant que jamais pour sa fille ;-)

  • Martine Bernier:

    Tiens… je n’avais pas pensé à Geppetto! C’est vrai que c’est un peu cela… à ceci près que ce morceau de nain de jardin a été la seule pièce qu’il ait sculptée, je crois. :)

  • farnçoise vauthey:

    quel plaisir de vous lire chaque jour , c est un régal merci

  • Martine Bernier:

    Merci beaucoup… :)

  • Martine Bernier:

    Il était génial :)

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