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Kim  était le seul enfant de la noce, ce week-end.
Difficile, pour un petit garçon de bientôt 7 ans de se retrouver au-milieu de tous ces adultes…
Et pourtant, il est resté pareil à lui-même, n’a fait aucun caprice, ne s’est pas fait remarquer.

Dimanche, il était donc normal que je lui prête plus d’attention.
Le matin, avant que nous ne partions pour Chiboz, il s’est perché sur l’accoudoir de mon fauteuil, à côté de moi:
- « C’est ma place », a-t-il dit en souriant.
- Oui… Et quand ton petit frère aura grandi, où ira-t-il?
Il a montré l’autre accoudoir où Pomme se met quelque fois lorsque nous lisons des livres ensemble:
- Ici!
- Et si la famille s’agrandit ensuite?
Il a regardé le haut du dos du fauteuil:
- Là! On ira tous autour de toi!

A peine étions-nous entrés dans la salle du restaurant de Chiboz qu’il m’a prouvé qu’il n’avait pas l’intention d’être relégué aux oubliettes.
Dès que je me suis assise, il s’est installé sur la chaise à côté de la mienne.
Il n’y avait aucune discussion possible!
Et personne n’avait d’ailleurs envie de le contrarier.

Quand Kim a envie de vous parler, il se concentre réellement sur vous.
Son regard accroche le vôtre, il est investi dans la conversation.
Je l’ai déjà dit et écrit mille fois: cet enfant, merveilleusement éduqué par sa maman, me bouleverse.

Il m’avait dit une ou deux fois qu’il s’ennuyait un peu, au milieu de tous ces « grands ».
Il fallait donc trouver une façon de le distraire sans avoir recours à un quelconque jeu électronique.
Et j’ai trouvé…
Lorsque le premier plat est arrivé, sachant qu’il a parfois un appétit d’oiseau, je lui ai dit:

- Tu vas goûter et tu vas me dire ce que tu en penses en donnant une note de un à dix, d’accord?
- D’accord!

Il a pris une bouchée et j’ai vu à son regard qu’il aimait beaucoup ce qu’il mangeait.
- Neuf!
- Wouaw! Excellente note! Explique-moi pourquoi?
- C’est très bon! J’aime beaucoup la sauce!
- Et le repas d’hier soir (NDLR: un repas délicieux et raffiné)?
- 4 sur dix…
- Ca, c’est dur…
Heureusement, Jee, sa maman, a précisé que, la veille, Kim avait à peine mangé.

Nous avons continué  notre jeu et notre conversation durant tout le repas.
A un moment donné, je lui ai dit:

- Tu sais, Kim, j’adorerais être ta vraie grand-mère… comme je le serai pour ton petit frère. Pour moi, il n’y aura aucune différence entre vous.
Il a écarquillé les yeux:
- Mais tu peux! Tu sais, ma grand-mère est morte…
- Oui, je sais… c’est triste. Mais tu as une autre grand-mère.
- Ah bon?
- Oui, la maman de ton papa.
- Ah non, ça c’est Mamy. Non, non, tu peux!
- Alors je le serai… Tu sais, lorsque bébé sera né et lorsque Sébastien et Magaly auront aussi des enfants, tu resteras toujours mon premier petit-fils, celui avec lequel j’ai de longues conversations…

Notre échange s’est poursuivi, dans une belle ambiance musicale.
- Dis-moi, combien donnerais-tu pour la soirée que nous passons en ce moment?
Je l’ai entendu me répondre: 5, ce qui m’a étonnée.
Il a ajouté:
- Et toi?
- Moi? 10!
- Pourquoi?
- Parce que c’est un moment rare, où nous sommes tous ensemble et où il y a beaucoup d’amour. Parce que j’aime être avec toi, parler avec toi… C’est pour cela que je suis un peu étonnée que tu n’aies mis que cinq. Pourquoi 5, au fait?

Et là, les yeux bien planté dans les miens, il a répondu:

- Mais non! J’ai dit cinquante!!!!!

Cher Kim…

Martine Bernier

 

 

 

Une réponse à « Tu donnerais combien? »

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