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Archives mensuelles : juillet 2013

Boris Vian

Boris Vian

Elle se trouve au 94 boulevard de Clichy, à Paris.
Une impasse indiquée par une jolie enseigne en émail indiquant la « Cité Véron ».
Cela ne vous dit rien?
Si, si, cherchez bien…
En 1952,  la cité, qui abrite des pavillons bordés de jardins, accueille deux habitants de marque: Jacques Prévert et  Boris Vian.

Le 23 juin 1959, Boris Vian meurt brutalement d’une crise cardiaque.
Aujourd’hui, l’appartement de 30 m2 qu’il a entièrement aménagé de ses mains, est toujours en là, et rien n’y a bougé…
Il avait organisé et géré l’espace avec brio et fantaisie, alliant sa formation d’ingénieur à sa malice naturelle.MAISON_BORIS_VIAN07
Les objets, les livres, les dicos, les disques… tout est là, saupoudré de parcelles d’âme du poète.
Ici, il a écrit, composé.
En entrant, le visiteur peut lire: « La Direction de l’établissement informe les génies méconnus que le manque de place ne permet pas de les recevoir. » Boris Vian

Le sanctuaire est intact, bien protégé, avec sa terrasse donnant sur le Moulin Rouge.
Fascinant Boris Vian, plus tout à fait là, mais pas tout à fait parti…
Comme tant d’autres, j’ai lu ses livres, écouté ses chansons.
Pourquoi est-ce de lui que j’ai choisi de parler aujourd’hui?
Parce que, d’aussi loin que je m’en souvienne, l’une de ses chansons me poursuit: Le Déserteur.
La première fois que je l’ai entendue, j’ai eu un choc.
Depuis, je l’ai écoutée, apprise, chantée… et je la connais toujours par coeur.
Ce matin, allez savoir pourquoi, elle me trottait dans la tête au réveil.
Un clin d’oeil, donc, à son auteur, esprit libre…

Martine Bernier

Le déserteur, Boris Vian

Comme c’est le cas depuis plusieurs jours un peu partout en Europe, il faisait très chaud.
Le vent qui avait soufflé dans la soirée n’avait pas rafraîchit l’atmosphère, et c’est dans une atmosphère lourde que la nuit avait débutée.
Mon Capitaine était absent, Pomme et moi avions lu toute la soirée, dans le souffle bienveillant d’un ventilateur.
Je m’étais endormie depuis peu lorsque, peu après minuit, j’ai été réveillée par un coup de tonnerre énorme.
Un tapage suspect en provenance de la terrasse m’a alertée.
Je me suis levée pour me rendre dans mon bureau.
Pomme est restée prudemment dans son panier.
Il était inutile d’allumer: les éclairs à répétition zébraient le ciel, éclairant l’appartement comme en plein jour, mais par intermittence.
Dehors, le vacarme augmentait.
En m’approchant de la porte-fenêtre, j’ai vu des grêlons tomber en masse sur le sol.
Par une chance incroyable, aucune de nos plantations ne semblait en souffrir.
Et pourtant les billes de glace jonchaient le carrelage.
La maison tremblait, l’orage redoublait de violence, et je restais là, à contempler ce spectacle fascinant…
Je ne l’ai pas entendue arriver… mais j’ai tout à coup réalisé que Pomme était assise à côté de moi et regardait, elle aussi.
Petit bouddha noir et paisible qui frémissait à peine à chaque coup de tonnerre…

Elle a levé les yeux vers moi.
Je l’ai caressée en lui disant: « Toi, tu es le Mogwaï le plus courageux que je connaisse… »

Ma déclaration a dû lui plaire: elle a repris son poste, intriguée de voir les grêlons rebondir devant elle, derrière la vitre.
Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux agriculteurs et autres vignerons qui ont vu leurs récoltes ravagée par la grêle au cours de ces derniers mois.
Celle qui a touché la région hier n’a pas duré longtemps.
Lorsque l’orage s’est éloigné, nous avons quitté nos postes d’observation.
Le spectacle était terminé…

Martine Bernier

Lys Martagon, photo de Yolande Ançay

Lys Martagon, photo de Yolande Ançay

De temps en temps, la Dame de Chiboz m’envoie des photos qu’elle a prises au cours des longues balades qu’elle effectue dans ses montagnes.
Hier, j’ai vu arriver dans ma boîte électronique un message de sa part, auquel elle avait joint quelques photos.

Photo Yolande Ançay

Photo Yolande Ançay

Les voici donc, ces lys martagon dont nous parlions cet hiver, et que je ne connaissais que pour les avoir vu cultivés dans certains jardins…
Ils sont l’une des merveilles qui se rencontrent en montagne en été, merveilles qu’elle me fait partager avec son mari, Michel.
Leur région, ils la connaissent si bien qu’ils pourraient en parler des heures sans jamais être lassants…
Mon Capitaine leur ressemble, lui qui a sillonné les chemins forestiers et les sentiers de montagnes un peu partout en France et ailleurs.

Les membres de ce trio-là, dont chacun connaît les histoires et l’Histoire, la faune et la flore des pays de

Photo Yolande Ançay

Photo Yolande Ançay

leurs racines, je les écouterais sans jamais demander grâce…

Cette chance que j’ai de les compter parmi mes proches, je la partage aujourd’hui avec ceux qui ne les connaissent pas ou pas vraiment.

A travers les photos de la Dame de Chiboz, c’est un souffle de fraîcheur et une goutte de beauté de sa montagne qui atterrissent dans notre dimanche.

Tous trois, très cultivés, me font irrésistiblement penser à une chanson que j’ai beaucoup aimée, il y a longtemps: « Mes années d’école », de Jean-Pierre Ferland. 

Paroles de la chanson Mes Années D’école :

Si j’ai appris à écrire c’est que j’ai souvent lu dans les feuilles de chêne et les plumes de paon
Si je sais parler aux belles c’est que je sais bien comment font les tourterelles et les chauds lapins
Dans le trou de ma guitare y’a comme un perdreau, dans le fond de mes sabots y’a comme un renard

REFRAIN:
Mais de mes années d’école je n’ai rien gardé, ce n’était que des paroles pour gâcher l’été
J’ai appris à ma manière que la liberté c’est de cracher dans la rivière ou dans le sentier

Se peut que j’ai fait mes classes sous un églantier, que j’oublie ou que je ne sache pas très bien compter
Mais je sais tendre l’oreille et je sais rêver comme rêvent les corneilles et les peupliers
Si je sais plier bagages quand il en est temps c’est qu’avec les oies sauvages j’ai frayé longtemps

Si je chante bleues les roses c’est que j’ai appris d’un rossignol pas morose qu’était mon ami
Si je sais lécher en outre. je sais mordre aussi, je l’ai appris d’une loutre et d’un saumon gris
Dans le trou de ma guitare y’a comme un perdreau, dans le fond de mes sabots y’a comme un renard

Quand j’aurai tenu parole et bien gagné ma vie, quand j’aurai mis pauvres écoles à pauvres profits
J’apprendrai d’un solitaire à vivre caché et d’un loup quinquagénaire à me plaire
Si j’ai appris à écrire c’est que j’ai souvent lu dans les feuilles de chêne et les plumes de paon

 Martine Bernier