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Hier soir, avant d’aller me plonger dans un bouquin, j’ai voulu revoir les grands moments et les discours des célébrations du 11 novembre, en France.
Retour en arrière sur les émissions de la journée, grâce aux nouvelles fonctions de Swisscom TV, plutôt pratiques.
Le discours prononcé à Oyonnax par le président Hollande m’a touchée.

Et les défilés m’ont propulsée des années en arrière, alors que j’avais une dizaine d’années.
Je regardais défiler les anciens combattants qui marchaient au pas en tenant des drapeaux, précédés par des fanfares.
Je n’aimais pas les voir… car je ne comprenais absolument pas qui ils étaient et ce qu’ils avaient fait.
Je  ne comprenais pas pourquoi ils reformaient le même cortège chaque année en étant chaque fois un peu plus vieux, un peu plus voûtés, en ayant un pas de plus en plus lent.
Cela me mettait mal à l’aise.

A la maison, depuis la mort de mon père, personne n’expliquait les choses aux enfants.
Lorsque j’avais voulu interroger ma grand-mère maternelle, elle était rentrée dans une colère folle.
Pas contre moi, non.
Contre les « Boches », qu’elle continuait à détester.
C’était viscéral, encore trop douloureux  pour elle: elle ne pouvait pas parler de ces événements autrement qu’en injuriant les envahisseurs.

Ce n’est qu’au moment pour moi de partir pour la Suisse, à 17 ans, que ma grand-mère paternelle m’a expliqué que son propre mari avait été gazé pendant la guerre.
J’ai déjà parlé de cet épisode: il avait eu les poumons très abîmés et avait été soigné… à Leysin où j’allais vivre désormais.
Je suis partie, ai adoré la Suisse, suis revenue et suis repartie l’année suivante, définitivement cette fois.
J’avais bien trop à faire à me battre pour me construire un quotidien stable pour repenser à cette histoire qui, pourtant, dormait quelque part au fond de ma mémoire.

Quelques années plus tard, alors que je travaillais comme pigiste pour un journal local, j’ai dû couvrir les commémorations du 11 novembre et me suis retrouvée  au cimetière de Leysin où se trouve un ossuaire et un cimetière militaire belgo-franco-polonais.
Comme mon grand-père, des soldats Belges, Français et Polonais ont été soignés dans cette station qui disposait de plusieurs sanatoriums.
Et tous n’ont pas eu la chance de retourner chez eux ensuite.
Les Allemands y ont envoyé leurs prisonniers de guerre en 14-18, mais aussi en 39-45.
J’ai rencontré l’ambassadeur belge de l’époque, qui m’a parlé de cette période, un représentant polonais, quelques Suisses très attachés à entretenir correctement les tombes.
Une poignée de personnes étaient présents.
Et pour la première fois de ma vie, en assistant à l’émotion de ceux qui honoraient la mémoire de ces jeunes hommes enterrés là, j’ai mieux compris ce qui avait été un mystère pour moi durant mon enfance.

Les soldats qui se trouvent dans le cimetière de Leysin ont au moins eu un lit pour mourir, une présence pour les accompagner.
Mais la plupart n’ont pas de tombe à leur nom.

Il a fallu longtemps pour que je prenne conscience que des milliers d’hommes sont morts loin de chez eux, sur des terrains de guerre, et qu’ils n’ont été retrouvés, enterrés par leurs familles.
Est-ce parce que j’ai depuis épousé un militaire? Cette idée m’est devenue insupportable.

J’ai repensé à la colère de ma grand-mère maternelle, qui n’était que l’expression d’un désespoir et d’une rancoeur inguérissables.
Et, hier, j’ai trouvé important de suivre en différé les cérémonies du 11 novembre, pour ne pas oublier ces générations sacrifiées.

Mon grand-père paternel ne dort pas à Leysin.
Il a été soigné et a pu retrouver sa femme qui l’aimait tant.
Je suis allée sur sa tombe pour la première fois l’année dernière, en compagnie de mon Parrain, le frère de mon père,  
Mon grand-père a fait partie de ces jeunes hommes qui ont été happé pas une guerre qui les dépassaient.
Il s’appelait Gaston Péters.

Martine Bernier

 

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