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C’est amusant: je regarde et parle de mon bureau comme s’il s’agissait presque d’un être vivant.
Depuis ces quelques jours où les fêtes de fin d’année et un rythme différent ont remplacé les horaires habituels, mon antre me donnait, l’impression, à chaque fois que j’y pénétrais, d’accumuler une paperasserie inhabituelle dont je me demandais d’où elle pouvait provenir.
Chaque jour,  j’y passais quelques heures pour travailler et écrire un peu.
Et je voyais les piles grandir, grandir autour de moi comme des champignons qui auraient pris vie pendant la nuit…
A croire que l’Antre accumule et collectionne tout ce qui passe, derrière mon dos.
Hier, je suis entrée dans la pièce en guerrière.
Même si je sais que la « nouvelle année » n’est pas un réel commencement mais une continuité, il faut suivre les dogmes de notre époque.
C’est-à-dire que les papiers 2013 doivent être classés ou débarrassés pour laisser place aux documents 2014.
Ce genre de classement ne m’amuse que modérément.
Mais quand il faut, il faut comme disait ma grand-mère.
Armée d’un grand sac poubelle, de boîtes et de classeurs, je me suis attaquée aux piles qui semblaient vouloir rivaliser en taille avec l’Empire State Building.
En à peine plus d’une heure, elles étaient réduites à l’état de petites  taupinières sur la partie droite du bureau. 
Impossible de réduire davantage la partie gauche: elle est composée d’ouvrages et et de documents qui attendent d’être étudiés.

Sans pitié, j’ai jeté ce qui n’avait aucune raison de rester à côté de moi, rangé les livres déjà consultés.
Ce bureau est un véritable aspirateur à archives!
J’apprécierais qu’il reste dans son état actuel pendant au moins une semaine.
J’en suis là de mes réflexions, alignant quelques papiers qui s’obstinent encore à adopter une joyeuse pagaille lorsque je tombe sur un « papillon » que je n’ai pas pu me résoudre à jeter.
Il annonce l’exposition Modigliani qui a eu lieu à la Fondation Gianadda l’été passé.
Je n’ai pas pu m’en séparer.
Il va falloir que je prenne de sérieuses mesures si je veux discipliner ma tanière.
Le papillon est glissé dans un livre au rayon souvenirs.
Un coup d’oeil circulaire me satisfait plus ou moins.

Je file m’attaquer à une autre pièce de la maison.
Mais avant de quitter mon bureau, j’empoigne deux livres et une céramique aux couleurs de la Méditerranée.
Je ne suis pas du genre « bonnes résolutions ».
Simplement, j’ai bien l’intention de remporter mon combat quotidien face à mon bureau adoré.
Sans vouloir l’effrayer, je vous murmure donc le maître-mot de cette année en ce qui le concerne: allégeons, allégeons…

Martine Bernier

 

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