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Savez-vous quel jour nous sommes aujourd’hui?
Le mercredi des Cendres.
Lorsque j’était enfant puis adolescente, dans mon école catholique, ce jour était particulier… et pas toujours bien vécu.
Alors que la veille, le Mardi Gras avait permis au peuple de faire bombance, son lendemain était (et est toujours!) lié à la pénitence.
Donc, cela ne manquait pas: chaque année, nous avions droit à un triple rituel pas forcément attendu avec impatience par les enfants que nous étions.
Tout était orchestré par le vieux prêtre de la paroisse à laquelle était liée l’école dont il était l’aumônier à cette époque.
Il était sévère et rigide.
Je le trouvais très antipathique et l’évitais autant que je pouvais.
Il était secondé par un autre prêtre qui, lui, en était au début de son sacerdoce.
Il devait avoir 35 ans, était joyeux et beaucoup plus abordable.
La journée commençait très tôt pour eux, ce jour-là, puisqu’il s’agissait de confesser toutes les élèves de l’école.
L’opération se déroulait  sur deux ou trois jours.
Nous étions introduites dans l’église par classe.
Deux confessionnaux nous attendaient dans lesquels avaient pris place les curés.
Et nous ignorions lequel était dans le confessionnal de droite ou celui de gauche.
Aucune d’entre nous n’aimait se confesser au vieux prêtre.
Il nous contraignait à prononcer des dizaines de prières pour « nous laver de tout péché ».
C’était interminable
Deuxième rite: après les punitions d’usage, il fallait assister à la messe du mercredi des cendres.
Et c’est là, au cours de la cérémonie, qu’intervenait le troisième rite que je n’aimais pas du tout.
L’une après l’autre, nous devions passer devant le prêtre qui nous dessinait une croix de cendres sur le front.
Nous avions ordre de ne pas y toucher sous peine d’aller griller en enfer, dixit l’aumônier.
Il fallait qu’elle disparaisse toute seule.
J’avais horreur de devoir me balader avec cette chose collée à mon front.
Et je n’étais pas la seule: au retour de la messe, nous affichions toutes une mine d’enterrement.
D’autant qu’en plus, il nous était interdit de manger ce jour-là.
Seules les plus jeunes n’étaient pas soumises à cette règle établie par le vieux prêtre.

Une année, avec l’une de mes amies, nous avions mis au point une méthode anti cendres.
Nous ne pouvions pas y toucher?
D’accord.
Mais personne ne nous avait dit que nous ne pouvions pas les souffler.
A la récréation, nous avions donc entrepris de nous souffler mutuellement sur le front pour faire s’envoler cette décoration malvenue.
Très absorbées par notre entreprise, nous n’avons pas remarqué notre « pion », Soeur Ignace, une vieille soeur  aussi sévère que notre aumônier auquel elle vouait un respect infini.
En nous voyant agir et en constatant que nos croix n’étaient presque plus visibles, elle nous a dénoncées.
Auprès de la directrice, oui… mais pas seulement.
Elle a téléphoné au curé qui habitait à deux pas, et qui a fait irruption comme un taureau furieux sous le préau.
Il portait une petite boîte en bois, pleine de cendres.
Sous les yeux des autres élèves mi-hilares, mi-consternées, il nous a passé un sermon (le second de la journée) et nous a retracé des croix plus épaisses que jamais.

Pour ma part, j’étais gênée, bien sûr, mais également très agacée.
Quand le curé a eu terminé, je lui ai demandé:
- Mais… à quoi cela sert-il de nous obliger à nous promener avec ces croix sur le front?
Il m’a lancé un regard furibond et a répondu:
- Ma fille, si tu commences à vouloir comprendre tout ce qu’on te dit de faire, tu vas être très malheureuse. Contente-toi d’obéir!

C’était exactement ce qu’il ne fallait pas dire.

Martine Bernier 

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