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Martine Bernier

Entre les lunettes et moi, l’histoire n’a pas toujours été un long fleuve tranquille…
Vers 40 – 45 ans, ma vue jusqu’alors excellente a commencé à me jouer des tours, et j’ai découvert les joies de la myopie.
J’ai mis un temps fou à m’habituer à mes premières paires de lunettes.
Le fait d’avoir cet objet sur le nez me semblait tout à fait incongru et inconfortable.
Les années ont passé, le problème de mes yeux ne s’est pas arrangé, et j’ai appris à gérer ma cohabitation avec mes doubles yeux.
Je ne les porte pas tout le temps, mais je n’hésite plus à faire appel à eux dès que j’en ai besoin.

Depuis quelques semaines, je savais que j’allais devoir me décider à rendre visite à un opticien.
Je voulais faire réparer la branche d’une vieille paire que j’utilise lorsque je suis devant mon écran d’ordinateur, me faire faire une nouvelle paire adaptée à ma vue actuelle afin d’avoir deux paires fiables au quotidien, et en profiter pour investir dans des lunettes solaires de vue.
Le hic?
Il fallait trouver le temps et l’envie de remplir ma mission.
Et, pour commencer, trouver le bon opticien.
J’ai hésité, comparé, réfléchi, et je suis finalement retournée chez celui auquel je me suis adressée la dernière fois.
Pas de spots de publicité prometteurs à la télévision, mais un service impeccable et des prix intéressants.
Cette fois, je savais à peu près ce que je voulais.
Pas question de passer deux heures à essayer des dizaines de paires…
A la charmante conseillère qui s’est occupée de mon cas, j’ai expliqué que je cherchais une forme « papillon » colorée pour la première paire, et plus imposante mais toujours arrondie pour la deuxième.
Une heure plus tard, je montrais mon choix à mon Capitaine et nous découvrions que l’opticienne était française et avait fait ses études dans un petit village, dans la région de Celui qui m’accompagne.
L’ambiance était très détendue, et j’étais ravie de mon choix qui se finalisera dans quelques jours par l’arrivée des lunettes.
Au moment de terminer l’achat, mon interlocutrice m’explique que, si je perds mes lunettes et que je décide d’en reprendre une paire chez eux,  je bénéficierai d’un important rabais.
Je la rassure: je ne pense pas que cela devrait arriver.
En tout cas, ça n’a jamais été le cas jusqu’ici.

Le lendemain, avant de commencer mon travail, je me présente à l’ouverture d’un magasin pour une course rapide.
Et je réalise que, même après avoir fouillé mon sac, je ne retrouve pas mes lunettes que je portais pourtant quelques instants plus tôt.
Ni sur mon nez, ni sur le sommet de mon crâne… disparues!
Mon Capitaine retourne à la voiture par acquis de conscience, me laissant dans un univers flou propre aux myopes… et revient avec mes lunettes, trempées par la pluie.
- Mais… où étaient-elles?
- Sur le sol, à côté de la voiture. Heureusement qu’aucune voiture ne s’est garée là: tu ne les aurais plus retrouvées intactes!

Je ne m’explique absolument pas comment j’ai pu les perdre sans m’en rendre compte.
Comme quoi, il ne faut jamais être trop sûr de soi…

Martine Bernier

 

- Mamitine?
- Voui?

Aurélien, 2 ans, me regarde, amusé:
- Voui?
- Voui!
- C’est oui, voui?
- Voui!
- Il faut dire oui! D’accord?
- Voui.
Il éclate de rire et poursuit:

- Mamitine, je veux…
- … je voudrais…
- Je voudrais voir Baloo!

Je lui montre Baloo puis il court vers la table basse, attrape un petit dessert fourré et revient vers moi en galopant:
- Tiens le biscuit, Mitine: parle!
Je prends le dessert dans ma main et commence à ouvrir son emballage pendant que le contenu parle, comme d’habitude désormais:
- Non, non, laisse-moi! Je ne veux pas aller chez Aurélien! Il va me manger!

… et la séance dégustation continue, ponctuée par les protestations du biscuit et les rires du petit ogre.
- Voilà! Je l’ai mangé! Il parle plus!

Mais une petite voix résonne:
- Hé hoooo? Y a quelqu’un? Il fait noir, ici! Aïe! Je me suis cogné!
Aurélien regarde du côté de son nombril avec intérêt:
- Y a pas de lumière?
- Non! Il fait tout noir!
- Attends! J’allume!

Une pression sur son nombril et il s’inquiète:
- Et maintenant?
- Aaaah, ouiiii! C’est mieux! C’est plutôt joli, ici!

Un clic et il éteint.
- Bon. Dors maintenant! T’as vu, Mamitine?
- Oui!
- Dis vouiiii! C’est rigolo!

Martine Bernier

Marthe, ma grand-mère maternelle n’était pas très féminine.
Contrairement à Clémence, ma grand-mère paternelle qui avait le même âge, mais qui est toujours restée coquette et sensible aux jolies choses.
Je pense que Marthe a eu une vie beaucoup plus rude qui l’a poussée  à mettre ses priorités ailleurs que dans ce qu’elle considérait être le superflu.
Ce qui ne me posait aucun problème: j’aimais ce personnage un peu rugueux au coeur d’or.
Cependant, elle avouait un grand faible pour une fleur aujourd’hui un peu passée de mode: le pois de senteur.
Elle adorait son parfum.
Lorsque quelqu’un pensait à lui en offrir, elle gardait le bouquet auprès d’elle et le humait les yeux fermés, très concentrée sur ses sensations.
La plupart du temps, c’est mon père qui lui en apportait.
Et à chaque fois qu’il lui offrait des fleurs, il m’emmenait chez sa propre maman à laquelle il donnait un second bouquet.
C’était ainsi.
Il se serait senti très mal de ne pas être parfaitement équitable.
Clémence, elle, aimait toutes les fleurs.
Elle avait des exclamations de joie lorsque le bouquet se retrouvait entre ses mains.
Cette joie qui me donnait l’impression de me trouver en face d’une jeune fille lorsque je lui rendais visite.

Aujourd’hui, je pense souvent à elles deux.
Je leur dois certains de mes traits de caractères.
Entre la puissance de travail de l’une et la fantaisie de l’autre, j’ai hérité de quelques-unes de leurs particularités… et de l’amour des fleurs.

Martine Bernier