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Martine Péters (anciennement Bernier)

La journée touchait à sa fin.
Je procédais au « retour à la maison » des poules tandis que Pomme folâtrait dans le jardin.
Le soleil terminait sa course et n’allait pas tarder à se coucher…
Six de mes sept protégées étaient déjà installées, mais l’une d’elles manquait à l’appel.
Plume était toujours dans le jardin, à deux mètres de l’enclos, et batifolait, l’air de ne pas y toucher.
– Bon, Plume, dis! Tu viens? Tout le monde est déjà rentré!
Elle s’est arrêtée, me regardant bien en face, et commençant à me tenir un long discours dont j’aurais adoré comprendre le sens…
Sa démonstration d’oratrice s’éternisait lorsque Pomme, qui se rapprochait de moi en reniflant tout ce qui lui tombait à portée de truffe, a eu une réaction à laquelle je ne m’attendais absolument pas.
En une fraction de seconde, elle s’est trouvée à hauteur de Plume qui n’en a pas peur et qui continuait son discours.
 Mais au lieu de la renifler comme elle en a  l’habitude, elle s’est dressée sur ses pattes arrière, et, en se laissant retomber, a frappé le sol de ses deux pattes avant, juste devant ma poulette effarée qui a détalé à toute vitesse en direction du poulailler.
En deux bonds elle était perchée au milieu de ses copines à qui elle a expliqué avec véhémence la frayeur qu’elle venait de vivre.
Il ne me restait plus qu’à fermer la porte après leur avoir souhaité bonne nuit.
Mon  Mogwaï continuait sa balade comme si de rien n’était.
Elle ne l’avait pas touchée, mais avait eu ce geste qui ressemblait curieusement à celui de quelqu’un tapant du poing sur la table pour signifier que, cette fois, c’en est trop.
Jamais elle n’avait agi de la sorte par le passé.
Ahurie, je l’ai regardée:
– Enfin, Pomme… qu’est-ce que tu m’as fait, là?!
Elle a arrêté sa promenade, m’a regardée, une patte en l’air, a jeté un oeil en direction du poulailler et est rentrée tranquillement sous la véranda.
Elle avait accompli sa mission de « chien de berger ».
Ou chien de poules, à choix.

Martine Péters

Mardi.
Il fait froid, mais le soleil est revenu sur le jardin.
Dès qu’il apparait, la vie reprend…
A 10 heures, Pomme et moi y retournons pour la troisième fois de la journée.
Dès que nous apparaissons, les sept petites poules sont là curieuses, amicales, bavardes…
Je les gâte, comme d’habitude… mais je suis là pour une raison bien précise.
Depuis des mois, Plume est devenue la plus fragile de mes poulettes. 
Elle n’a pour ainsi dire jamais pondu, est plus lente que les autres, fait preuve de moins d’appétit…
Je prends d’autant plus soin d’elle qu’elle est aussi attachante que les autres et que, depuis quelque temps, elle semble consciente du fait que je suis plus attentive que jamais à son état.
Alors, elle me parle, me suit…
Si elle est la plus délicate de ma petite basse-cour, elle a un pendant dans la roseraie.
Chaque jour, je surveille attentivement l’évolution des rosiers.
Parmi eux, certains sont tout en feuilles, plus avancés que d’autres.
Mais l’un des plus poussifs, celui qui semble avoir le plus de peine à se lancer, est aussi celui que je voulais absolument voir s’épanouir dans le jardin: un Centifolia, également appelé « rosier cent-feuilles », rosier de Mai » ou « rosier de Provence ».

Ce merveilleux rosier qui donne vie à la fameuse « rose de peintres », cette grosse fleur globuleuse, très parfumée…
Cette fleur est celle qui, cultivée à Grasse, intervient dans la composition des parfums, je lui ai déjà consacré un article par le passé.  

Trouver ce rosier et pouvoir l’inclure à la roseraie a été un moment de pur bonheur…
Il a été planté cet hiver avec une douzaine d’autres, et, depuis, je guette les signes de son réveil.
Mais si d’autres sont déjà très avancés, lui ne présente que deux ou trois signes infimes de retour à la vie.
Je ne peux rien faire de plus qu’attendre…
Ce mardi matin, Pomme, Plume et mes autres poulettes m’ont suivie pendant l’inspection des rosiers, regardant attentivement ce qui semblait m’intéresser.
Ce petit monde très particulier me fait vivre dans une autre dimension!
 

Martine Péters


 

La publicité a arrêté de m’amuser depuis très longtemps, à quelques rares exceptions près.
Je fais donc tout pour éviter ces messages envahisseurs, lancinants, irritants.
Cette semaine, pourtant, alors que j’effectuais des recherches sur Gallica (le site de la Bibliothèque nationale de France), je me suis plongée dans une revue parisienne datant de 1923: « Art, goût, beauté : feuillets de l’élégance féminine ».

Et j’ai fait un voyage au coeur de ces articles d’autrefois, et des publicités d’alors. 
Elles étaient très différentes de celles d’aujourd’hui, à cette époque où il n’y avait pas encore de photos dans les magazines.
D »un graphisme élégant, elles vantaient les mérites des produits avec une sobriété détonnant avec les publicités actuelles.
C’était les années d’entre deux guerres, il régnait une insouciance doublée d’une grande soif d’activités multiples, et une croissance économique grisante.

Nous étions dans les Années Folles, la mode féminine optait pour les coupes droites, les tissus fluides et délicats, les coiffures à la garçonne très travaillées.
Cette période est l’une de celles qui me touche d’autant plus qu’elle n’a pas duré très longtemps. 

Les femmes portaient des bas de soie, de ravissants chapeaux cloche, des chaussures salomés légèrement pointues, et des accessoires aussi raffinés que des éventails, des sacs – pochettes couverts de broderies et d’ornements, des colliers de perles, ou des sautoirs d’une longueur interminable.

De leur côté, les hommes n’étaient pas en reste dans leurs costumes trois pièces élégants et confortables aux couleurs claires. 
Ils portaient des vestes mi-longues, des gilets, des chemises à manches longues et aux pantalons au bas larges, ou des pantalons de golf.
Le tout bien sûr accompagnés de ces détails qui parachevaient leur tenue: des richelieu ou des derby parfois bicolore, les épingles de cravate, des pochettes… 
Autant d’accessoires que la publicité vantait entre les pages de magazines bien différents de ceux d’aujourd’hui.

1900  Jardin du Luxembourg

Si vous êtes vous aussi intéressés par les Années Folles, allez jeter un coup d’oeil au site l’atelierdecouture.com qui y a consacré un excellent et long article.
C’est là j’ai emprunté ces deux images très représentatives du changement intervenu dans la vie des femmes au début du 20e siècle.
La première montre un pique-nique au Jardin de Luxembourg en 1900.

1928


La deuxième est la photo de jeunes femmes attablées à la terrasse d’un café en 1928.
Vingt huit ans à peine et une guerre séparent ces deux clichés…
Durant cette guerre atroce, les femmes, privées de leurs hommes, ont dû prendre la relève.
Gagnant au passage une émancipation qui ne les quittera plus…

Martine Péters