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Aurélien

C’est la dernière fois que j’assiste au lever du jour sur les montagnes qui entourent le village.
Dans mon bureau vide, en attendant les déménageurs, je repense à la soirée d’hier, l’ultime passée dans ce qui fut notre nid….

Vers 17 heures, la sonnette de la porte d’entrée résonne…
Etonnée, je me dis, en allant ouvrir, que mon fils aîné est très en avance… jusqu’à ce j’ouvre et me trouve devant Jean, l’un de mes amis.
Il me fait la surprise de venir nous dire au-revoir, et m’apporte en cadeau l’un des livres qu’il vient de terminer.
Un vrai bonheur et un moment heureux… merci, cher Jean!

Une demi-heure plus tard, mon fils arrive avec son bout de chou, Aurélien, pour une soirée pleine de joie et de rires.
Mon Capitaine a eu la bonne idée d’offrir au petit un petit jouet d’extérieur lueur-led-spin-helicoptere-ufo-soucoupe-volante-flindémodable: la soucoupe volante.
Comme à son habitude, le petit nous regarde faire avec attention une fois, deux fois, se penche très sérieusement sur l’objet pour comprendre son maniement, puis s’y essaie jusqu’à ce qu’il y arrive.
Au bout de quelques minutes, des volants traversent gracieusement le salon, envoyés par Aurélien qui a adopté sans le savoir des positions d’archer.
Robin des Bois est parmi nous!
Un Robin des Bois qui découvre un nouveau mets: les chouquettes apportées par son papyno.
- C’est quoi, ça?
- De chouquettes. Tu en auras pour le dessert. Et tu sais qui mange les chouquettes?
- Non?
- Les chouchous!
Il rit, comme il éclate de rire un peu plus tard en découvrant deux vidéos que je lui montre: l’une montrant un lapin mangeant une banane qui lui est présentée, et l’autre un perroquet faisant les cent pas en claquant les talons à la manière d’un soldat de l’armée russe en parade.
Toute la soirée, il est délicieux, drôle, irrésistible.

Et c’est au moment du départ que je réalise qu’il a bien compris que nous partons ce jeudi matin.
Lorsqu’il est fatigué, il n’a pas forcément envie de nous embrasser en partant.
Normal.
Là, il nous couvre de bisous, tous les deux, a compris que sa prochaine visite aura lieu dans notre maison et qu’elle se trouve beaucoup plus loin.
Je lui explique, dans la soirée que, la première fois qu’il viendra, nous y fêterons son anniversaire.
Nous savons déjà qu’il lui faudra du temps pour explorer ce nouveau et vaste domaine… et je lui explique qu’il y retrouvera Eya, 5 ans, la petite-fille de mon Capitaine, qui devrait être assez souvent au Nid.
Et que, dans quelque temps, nous y installerons des animaux.
En descendant les escaliers, il m’envoie une foule de baisers et me lance: A bientôt, chouchou! Bon voyage, Mamitine! 

Il a compris!

Martine Bernier

16 août.

Aurélien et son papa passent la soirée avec nous, dans ce qui fut notre Nid et qui n’est plus qu’un appartement de personnes « sur le départ ».
Mais nous avons fait en sorte de conserver un bout du salon et les jouets permettant de ne pas s’ennuyer.
Mieux encore: Papyno a remonté une grande caisse de rangement depuis le garage, contenant une foule de petits jouets rigolos.
La soirée est amusante et tranquille, lorsque Aurélien et moi nous dirigeons vers la salle de bain pour l’opération « petit pot ».

- Mamitine! Tu as oublié la chaise pour que je me lave les dents!
- Oui, chef! Je vais la chercher.

Perché sur sa petite chaise, notre petit bonhomme attend que je lui passe sa brosse à dents.
Mais je décide de pimenter un peu l’instant.
Je pose mes lunettes dans un coin, et fais semblant d’y voir aussi clairement qu’une taupe.
Au lieu de lui donner sa brosse et son dentifrice, je prends à tâtons une brosse à cheveux et un savon.
- Mais… tu t’es trompée!
- Ce n’est pas ta brosse à dents?
- Mais non!
- Oh mince!
- Attends…

Il prend délicatement mes lunettes, me demande de me baisser, et les installe sur mon nez.
- Ah oui! Je vois beaucoup mieux!!! Merci, Loulou!
Je lui donne ses ustensiles en lui demandant s’il veut que je mette le dentifrice sur la brosse ou s’il préfère le faire lui-même:
- C’est moi qui fais!
Et je recommence mes clowneries.
A chaque fois qu’il approche le dentifrice de la brosse, je pousse un petit cri apeuré:
- Hiiii! Tu vas le mettre à côté!!!
Au bout d’une minute, il est écroulé de rire et n’arrive plus à maîtriser quoi que ce soit.
Il arrive finalement à ses fins et me demande:
- Tu fais mamitine capitaine?
Un petit jeu que nous avons mis au point il y a quelques semaines…
Je ne pensais pas qu’il s’en souvenait.
- D’accord! Soldat Aurélien, prêt?
- Oui!
- Bon! Brooooosssseeeee à la bouche!
Il obéit et je commence, sur un rythme saccadé et bien militaire:
- En haut, en bas, devant: derrière, dedans, dehors! En haut, en bas, devant…

Ma recrue suit le rythme jusqu’à ce qu’elle en ait assez.
Je lui tends le gobelet d’eau.
- Soldat Aurélien, attention: on recrache l’eau, on ne l’avale pas! Aaaaattention…. Rincez la bouche! Hop!
Il rit tellement qu’il glougloute dans son gobelet et doit s’y reprendre à plusieurs fois.
La corvée du brossage des dents tourne au vaudeville…
Je range son gobelet lorsque j’entends sa petite voix me dire:
- Mamitine, pourquoi tu pars?
- Hum… parce que nous serons beaucoup mieux dans la grande maison… Et toi aussi quand tu viendras nous voir!
- C’est où?
- En France, le pays juste à côté de la Suisse. Toi tu es dans une région qui s’appelle le Valais, et moi, je serai en Franche-Comté.
- « France Comté ».
- Oui, enfin non… Franche- Comté, en France…
Il a l’air très perplexe…
Je continue:
- Ah, tiens, j’oubliais! Comme il y aura beaucoup de place dans le jardin pour jouer au foot, je vais acheter de ballons! Alors, voyons… tu voudrais un ballon de quelle couleur?
- Blanc!
- Blanc? Tu es sûr? Je croyais que tu en voudrais un rouge ou un bleu, ou un jaune… Pourquoi blanc?
- Parce que c’est comme les grands!
- Comme les joueurs de foot que tu vois à la TV?
- Oui!
- Bon. Tu auras un ballon blanc. Tu as fini ta toilette?
- Oui!
- Alors nous retournons chez papa et papyno! Soldat Aurélien, prêt?
- Oui!
- En marche! Une deux, une deux…

Martine Bernier

 

A chaque fois que la mise en cartons en vue de notre déménagement connaît une étape marquante, nous demandons à mon fils de préparer Aurélien, bientôt 3 ans, au changement qui l’attend.
Cette fois, il fallait lui annoncer qu’une immense bibliothèque qui isolait la partie salon de la partie salle-à-manger avait disparu.
Même s’il réagit peu à ce que nous lui expliquons sur ce sujet, le petit écoute nos explications sur notre prochain départ, sur ce qui l’attendra dans la future maison, etc.
Mais il lui arrive de ne pas aimer découvrir que la plupart des détails auxquels il est attaché sont dans les cartons.

- Mamitine, je veux voir les petites voitures.
Il parlait des  quatre miniatures qui se trouvaient dans mon bureau.
- Elles ne sont plus là, Loulou… elles sont déjà emballées dans les cartons. Mais tu les reverras dans l’autre maison!

Un peu plus tard, dans la soirée, alors que son papa choisit des plantes sur le balcon, il décide de m’éventer avec deux petits éventails qu’il a sortis de l’un des derniers coffrets qui trône encore au salon:
- Attend, Mamitine, je vais prendre les autres! Ils sont grrrrands: ça fait beaucoup de vent!
Et il se dirige vers mon secrétaire, entièrement vide désormais.

- Heu… Les éventails aussi sont dans les cartons… il n’y a plus rien dans le meuble.
- Je veux voir!

Je m’approche et lui ouvre le secrétaire.
Le découvrir vide semble être un choc pour Aurélien qui me demande:
- Les petits tiroirs avec les petites choses…
- … sont dans un carton…
- Mais… et le « trésor »?
Il parle d’une petite bourse en tissu remplie de pièces de monnaie touristiques représentant des lieux visités:
- Dans les cartons aussi, avec les éventails! Tu veux que nous allions voir Papa et Papyno sur le balcon?
- Oui!

Dans mon bureau, qu’il faut traverser pour se rendre sur la terrasse, il s’attarde, vérifie tout.
Il manque plusieurs bibliothèques, celles qui restent sont vides, beaucoup d’objets ont disparu.
Mais en se hissant sur la pointe des pieds pour voir ce qui reste sur mon bureau, lieu stratégique qui n’a pas encore été dépossédé de ses outils principaux, il sourit en voyant mes deux petites lampes d’inspiration Tiffany.
En hiver, il aime beaucoup les voir éclairer mon poste de travail.
- Allume, Mamitine…
J’obéis, et ces deux points de lumière très doux et colorés que j’affectionne viennent enrichir l’atmosphère de la pièce.
Aurélien sourit et me lance un regard complice.
Il a retrouvé un bout de ce qu’il aime chez nous…

Martine Bernier