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Fondation Gianadda

260px-Claude_Monet,_Impression,_soleil_levant

Jeudi.
A dix heures du matin, nous sommes plusieurs personnes à nous approcher de l’entrée de la Fondation Gianadda dès son ouverture.
Nous l’avons déjà vue deux fois, mais il est hors de question de reporter cette nouvelle visite.

La star est arrivée…
Le tableau culte « Impression soleil levant » de Monet est accroché depuis la veille.
Et le fait qu’il soit là est un véritable miracle, comme le confiait Léonard Gianadda dans une interview à la Télévision Suisse Romande.
Comment manquer un tel rendez-vous?

Cette oeuvre, je l’ai déjà vue à Paris.
Mais la savoir ici, à Martigny est un événement inespéré, un exploit.

Nous revoilà donc devant la porte, en compagnie des arrivés matinaux.
D’emblée, il est facile de reconnaître ceux qui ont déjà vu l’exposition et qui sont revenus pour découvrir ce tableau qui a laissé son nom au mouvement impressionniste: comme nous, ils vont tout droit à l’emplacement où il est accroché, refaisant ensuite le tour de l’exposition.

Mais au départ, nous sommes les premiers, mon Capitaine et moi, à nous diriger vers lui, héritant du privilège de l’admirer seuls durant de longues minutes.
Et, comme toujours, la magie de Monet opère…
Vu de près, la toile est constituée de petits traits rapides et précis, de virgules de couleur posées exactement au bon endroit, dans la bonne nuance capable de créer l’illusion.
D’un peu plus loin, l’ensemble se fond, se mélange, offrant aux regards un ensemble vaporeux, suggéré  mais fidèle aux motifs.
L’orangé tonique d’un soleil levant fait exploser ce petit matin un peu maussade capturé par l’artiste.

En 2014, j’avais lu un article du Point expliquant que la date de création du tableau était remise en question depuis 1974.
Jusqu’alors, il était tenu pour acquis qu’il avait été peint le 13 novembre 1872, vers 7h35, à l’hôtel de l’Amirauté donnant sur le port du Havre.
Mais en 1974 paraît Le Catalogue raisonné de l’oeuvre de Monet, de Daniel Wildenstein, où la toile est datée de 1873.
Pourquoi?
Parce qu’aucun document historique ne prouvait la présence de Claude Monet en Normandie en 1872 alors qu’il en existait pour 1873.
Il aurait donc postdaté son oeuvre, selon les spécialistes.

Et parce que l’histoire liée à ce tableau est décidément unique, j’ai envie de transcrire ici deux extraits du livre  Claude Monet -Une vie de Michel Decker (1992, Editions Perrin), parlant du contexte dans lequel s’est amorcée sa légende:

A l’époque, avec la plupart de ses collèges et camarades des Batignolles, Monet avait décidé de boycotter le Salon de 1873, salon qui avait refusé Renoir et Jongkind.
Ils décident donc d’organiser une exposition parallèle, et de publier le catalogue des oeuvres présentées, dont la réalisation a été confiée à Edmond, frère de Renoir.
Et voici ce qu’écrit Michel Decker:

- Voyez-vous, dit Edmond Renoir à Monet, vos titres sont vraiment trop monotones: Sortie du village, Entrée du village, Bateaux sortant du port du Havre… Et celle-ci, comment va-t-on l’appeler? « Bateaux entrant dans le port du Havre »?
- Non, répondit calmement Monet. Pour celle-là, mettez « Impression ».

Et cette toile, qui figura au répertoire sous le numéro 98, porte finalement le titre: « Impression, soleil levant ». 

(…)

Sur quelques pages, l’auteur explique que les oeuvres exposées ne plaisent pas au public.
Beaucoup ne les comprennent pas, s’en moquent.
La presse démolit l’exposition.
Et c’est un article paru dans le Charivari daté du 25 avril 1874, sous la plume de Louis Leroy, qui va achever de construire la légende du tableau.
Le journal ne jouissait pas d’une très large audience, et pourtant…
L’article s’intitulait: Exposition des impressionnistes.
Il se trouve facilement sur Internet

“Oh ! Ce fut une rude journée que celle où je me risquai à la première exposition du boulevard des Capucines en compagnie de M Joseph Vincent, paysagiste, élève de Bertin, médaillé et décoré sous plusieurs gouvernements !
L’imprudent était venu là sans penser à mal ; il croyait voir de la peinture comme en voit partout, bonne et mauvaise, plutôt mauvaise que bonne, mais non pas attentatoire aux bonnes moeurs artistiques.

Je le conduisis devant le champ labouré de M. Pissarro.
A la vue de ce paysage formidable, le bonhomme crut que les verres de ses lunettes s’étaient troublés. Il les essuya avec soin, puis les reposa sur son nez.– – Par Michalon s’écria-t-il, qu’est-ce que c’est que ça ?
– Vous voyez. Une gelée blanche sur des sillons profondément creusés.
– Ça des sillons, ça de la gelée  Mais ce sont des grattures de palette posées uniformément sur une toile salie. Ça n’a ni queue ni tête, ni haut ni bas, ni devant ni derrière.
– Peut-être…mais l’impression y est… ce n’est ni fait ni à faire. Mais voici une vue de Melun de M. Rouart où il y a quelque chose dans les eaux, par exemple, l’ombre du premier plan est bien cocasse.
– C’est la vibration du ton qui vous étonne ?
– Dites le torchonné du ton, et je vous comprendrai mieux….
Je jetai un coup d’oeil sur l’élève de Bertin: son visage tournait au rouge sombre. Une catastrophe me parut imminente, et il était réservé à M. Monet de lui donner le dernier coup…
– “IMPRESSION, Soleil levant”
– Impression, j’en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans… Et quelle liberté, quelle aisance dans la facture ! Le papier peint à l’état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là…”

Louis Leroy voulait railler les artistes.
Il a donné un nom à leur mouvement, sans le vouloir…

Quant à la toile qu’il a dénigrée et qui rayonne  pour quelques jours à Martigny, elle vaut aujourd’hui 30 millions d’euros…

Martine Bernier

A voir à la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, jusqu’au 11 juin.

 

Viola_odorata_Morcenx

L’une des toutes premières fleurs qui apparait dans les jardins de la Fondation Gianadda au printemps, c’est elle: la violette sauvage.
Elle nappe discrètement des pans entiers de la pelouse, créant une ondée violacée jusque dans certains recoins bien protégés…
Contrairement à sa cousine odorante, celle-ci ne dégage aucun parfum.
Mais elle apporte une note délicieusement fraîche et délicate à ce parc somptueux.
Mon Capitaine m’en a cueilli deux, que j’ai aussitôt glissées entre les pages du carnet que j’ai toujours avec moi dans mon sac.
J’y inscris des notes à ne pas oublier, des impressions, des idées… et j’y glisse de temps en temps une fleur ou un brin d’herbe odorante ramassés au gré de nos pérégrinations.

Tiens, à propos, connaissez-vous la légende liée à celle qui est considérée comme la plus humble des fleurs?
Elle raconte qu’Adam et Eve ont tellement pleuré sur leur situation désespérée qu’un ange les prit en pitié.
Il les guida vers un nouveau lieu de vie et transforma leurs larmes en violettes pour fleurir le champ où ils allaient construire leur nouvelle demeure…

 

Martine Bernier

Publié dans Fondation Gianadda, Nature | Laisser un commentaire

Expoaquarelles

Il y a deux ans, je m’étais rendue à Martigny pour les besoins d’un petit reportage.
J’y avais rencontré les participants à un cours d’aquarelle organisé par Pro Senectute Valais, et placés sous la bienveillante houlette de leur professeur, Pierre-Alain Corthay, peintre, guide de montagne et éducateur.

Une belle brochette d'artistes

Une belle brochette d’artistes

Point d’orgue de leur cheminement, ils  avaient proposé une exposition de leur travail au Centre de Loisirs et de Culture, et j’étais allée à leur rencontre, découvrant au passage des personnalités attachantes et quelques jolis talents.

Deux ans plus tard, donc, Pierre-Alain Corthay, Nathalie Humbert, animatrice socioculturelle de Pro Senectute Valais, et sa collègue Evelyne Emery ont récidivé avec une deuxième exposition, un peu particulière.
Cette fois, c’est dans un lieu bien différent qu’a eu lieu le vernissage, puisque  les aquarelles sont exposées à la fois dans les vitrines des commerçants du Bourg de Martigny et dans un endroit très particulier appelé la Grange à Emile.

J’avais annoncé l’exposition sous forme d’encadré, et il n’était pas prévu que je rédige un autre article.
Mais mes interlocuteurs m’ont invitée à leur rendre visite, et j’ai promis que je trouverais un moment pour le faire.
Hier donc, je m’y suis rendue avec mon Capitaine, et j’ai découvert un lieu plein de charme et de cachet, et des aquarelles de belle tenue, mariant différents styles et sensibilités.
Les exposants s’appellent Dominique Hennemann (seul homme du groupe), Thérèse Fragnière, Liliane Michaud, Claudine Rotelli, Josiane Wehrli, Liliane Grandi, Agnès Luisier.
Tous sont des amateurs doués, débutants ou avertis.
Découvrir les talents artistiques qui sommeillent au fond de chacun d’entre nous est toujours touchant, et quelquefois surprenant.
Les surprises et de séduisantes petites perles ne manquent pas parmi les tableaux accrochés à la Grange à Emile.
Cette grange, d’ailleurs, parlons-en…

Grâce aux explications de nos hôtes et à la plaque placée sur la façade, j’ai appris qu’elle avait été construite par Emile Darbellay (1887-1972) pour les besoins de son exploitation agricole.

Pierre-Alain Corthay devant la Grande à Emile

Pierre-Alain Corthay devant la Grande à Emile

En 2008, son fils, Maxime, l’a cédée à la commune de Martigny.
Huit ans plus tard, l’administration communale de Martigny a accepté de baptiser le lieu « La grange à Emile », et ce sur une proposition du petit-fils d’Emile Darbellay… qui n’est autre que Léonard Gianadda.
La Fondation Annette et Léonard Gianadda a d’ailleurs soutenu la restauration de ce bâtiment témoin du passé, qui, aujourd’hui, commence à recevoir des manifestations culturelles.
Voilà donc deux bonnes raisons justifiant la visite: la découverte d’un bouquet de talents, et celle de cet espace culturel hors normes, dans le cadre plein de charme du Bourg de Martigny…

Martine Bernier

Exposition à la Grange à Emile: jusqu’au 9 avril ouvert les mercredi, vendredi, samedi et dimanche, de 15 à 19 heures.

La grange se trouve à la rue de Fontaines, à Martigny.
Information Pro Senectute Valais: 027 322 07 41