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Intimité

Il y a quelques semaines, au mois d’août, alors que je recherchais depuis des années en vain l’une de mes plus chères amies de l’époque où j’étais adolescente, j’ai eu la surprise de voir ma recherche aboutir.
J’en avais d’ailleurs parlé sur Ecriplume.
En ultime recours, j’avais posté un message sur un site voué à ce genre de recherches.
Grâce à l’une de ses amies, elle l’a lu et y a répondu.

Depuis, les semaines ont passé.
Nous correspondons beaucoup, et le téléphone chauffe entre la Belgique et la Suisse.
Les années auraient pu nous éloigner…
Au lieu de cela, nous avons repris nos conversations comme si nous nous étions quittées la veille.
La vie est passée mais n’a pas  altéré cette relation qui compte parmi les plus belles de ma vie.
Presque immédiatement, celle que beaucoup de gens connaissent, dans sa commune, sous le surnom de « Moustique », qui fut son totem lorsqu’elle était scoute, m’a fait part de son désir de venir me voir en Suisse.
Elle a toujours été une personne incroyablement dynamique et impliquée.
Et la date du séjour a été fixée…
Dans très peu de temps, nous nous retrouverons pour quelques jours.
Bien entendu, ces retrouvailles sont le sujet de toutes nos conversations.
Nous nous posons beaucoup de questions.
Après 40 ans, allons-nous nous reconnaitre?

J’en parlais il y a quelque temps à la Dame de Chiboz qui me disait que retrouver un ou une ami(e) est toujours en bonheur.
Elle a raison…
Avoir eu la chance de vivre ce  genre d’amitiés très intenses, et avoir la possibilité de la poursuivre après autant de temps est un double cadeau…

Martine Bernier

Matin.

- Dis?
- Oui?
- J’ai lu quelque part que Mistouko  pouvait également convenir aux hommes. Tu veux bien en mettre une goutte pour que je constate?
- D’accord.

Je tends le flacon à Celui qui m’accompagne.
Psccccht.
Re pssssccccht.
Et, plus inquiétant, troisième pssscccccht.
Or, Mistouko est un parfum fort, tenace…. mais il ne m’a pas laissé le temps de le prévenir.
A peine l’a-t-il appliqué qu’il tousse et s’écrie:
- Mais c’est horrible! C’est beaucoup trop fort! Et je sens la cocotte!
Fin du premier épisode.

***

Après-midi.
Mon Capitaine venait de commettre un gros impair qui m’avait irritée.
Après une petite heure de réflexion, il revient, penaud, me glisser à l’oreille « je suis bête… »
- Tu viens me dire pardon, là?
- Ben… oui, bien sûr.
Je lui tombe dans les bras en riant, et réussi à articuler:
- Tu sais, parfois, c’est TRES dur d’être ta femme.
- Et bien, dans ce cas, sois mon homme!
Re fou rire.
- Tu as de la chance de porter du Mitsouko. La prochaine fois que tu comptes faire une horreur, mets-en deux gouttes, je te pardonnerai plus vite.

***

La veille, Pomme m’a vue préparer ma valise en prévision de notre départ pour quelques jours de congé.
Dès qu’elle a réalisé que son ennemie refaisait son apparition, elle a sombré dans une déprime profonde et me l’a fait sentir.
Elle sait déjà qu’elle ne sera pas du voyage, ce qui, soit dit en passant, me brise le coeur… comme à chaque fois.
Pendant toute la durée de mes préparatifs, elle est restée assise à côté de moi, me regardant fixement de ses grands yeux dont je voyais le blanc, ce qui la rendait encore plus irrésistible.
Aujourd’hui, je lui explique que je vais m’occuper d’elle pour qu’elle soit toute belle pour ses nounous.
- Va vite au salon, j’arrive, je vais prendre les ciseaux et la brosse.
L’opération est délicate: il s’agit de la coucher sur le dos, bien calée dans mon bras gauche et  maintenue par des coussins, pour que je puisse atteindre les zones les plus inaccessibles de sa petite personne.
Elle me suit pas à pas.
Je m’installe sur le canapé et l’appelle.
Elle me rejoint et… file sur ma gauche, à la fenêtre, son poste d’observation.
J’en profite pour préparer mes « outils ».
Et quand je me retourne vers elle, je me rends compte qu’elle ne regarde pas à travers la vitre.
Non, contrairement à son habitude, elle est dos à la fenêtre, assise en équilibre  sur l’appui de fenêtre, s’est glissée dans le rideau qui la recouvre comme un voile de mariée.
Et elle me contemple à travers ledit rideau, comme convaincue qu’elle peut me regarder sans être vue.
C’est drôllissime.
- Pomme, je te vois… viens…
Elle arrive, tout doucement, se laisse faire.
C’est un moment de grande intimité, de complicité totale, de confiance.
Je lui parle, lui explique que nous allons revenir, que nous partons très peu de temps, qu’elle sera bien chez Yann et Jee, qu’elle va retrouver Kim, Nawee et Timoté..
Dès que mon visage s’approche à moins de 20 cm du sien, elle se redresse et me gratifie d’un « bisou chien ».
Mon tendre Mogwaï…

Vous l’avez compris, Ecriplume va respirer le bon air du dépaysement.
Mais il ne s’arrêtera pas, si dieu wi-fi veut bien être de notre côté.
Dès dimanche, il sera en mode clavier buissonnier et carnet de voyage!

Martine Bernier

Pomme dans la voiture, monceaux de cadeaux dans le coffre, fleurs, gâteaux… nous étions sur la route qui nous menait chez mon fils cadet pour fêter les anniversaires couplés de notre Fleur d’Asie et de Kim.
Je me doutais bien que ce serait une belle journée, mais n’imaginais pas qu’elle serait aussi douce.
Nous avons été reçus comme des rois, et l’éclat de cette journée d’été adoucie par la pluie de la veille et par la présence d’un ventilateur, était radieux.
Jee, notre Fleur d’Asie m’avait confié un jour qu’elle n’avait pas eu de jouets lorsqu’elle était enfant.
Et, visiblement, la page n’a pas été tournée.
Comme il semblerait suspect d’offrir à ses trois fils des jouets de fille pour que leur maman puisse combler ce manque, j’ai décidé de fêter rétrospectivement ces anniversaires d’enfant, d’adolescente et de toute jeune femme  qu’elle n’a pas eus.
Les paquets que je lui apportais hier étaient tous remplis de jouets.
Parmi elle une grosse peluche très particulière dont elle avait un jour dit qu’elle en rêvait.
Il faut ce qu’il faut!
Pour Kim, autre option.
Outre des « poupées » de super héros, j’ai préparé une grosse et élégante boîte de bureau remplie de surprises en tout genre, axées sur les activités manuelles, la déco, le bricolage…
Le tout accompagné d’un jeu d’échec offert par mon Capitaine.

Arrivés sur place, j’ai eu un doute.
Avais-je visé juste où allais-je récolter le « flop » de ma vie?
Quand j’ai vu la réaction de notre Fleur d’Asie à la vue de ces poupées et peluches, et que j’ai pu observer Kim, ravi de ses cadeaux, j’ai été rassurée…

Au cours de cette journée très tendre, Nawee, notre petit-fils aventurier de même pas deux ans, a été totalement craquant.
Espiègle, drôle, charmant… il établit avec nous un contact qui s’enrichit à chaque visite, révélant ses premiers intérêts, pour la musique, notamment….
Craquant petit bonhomme…

Alors que je venais de faire une partie d’échec avec Kim, j’ai ensuite en envie de passer un petit moment en tête-à-tête avec Timoté, le petit dernier de la famille.
Ses parents s’affairaient dans la cuisine, mon Capitaine était au salon, Nawee jouait dans son bac à sable et Kim explorait le contenu de sa boîte à merveilles.
J’ai approché ma chaise de la balancelle pour bébé dans lequel il était installé, et j’ai commencé à lui parler.
Timoté aura trois mois la semaine prochaine, et a dépassé le stade de l’anxiété qui ne le quittait pas après sa naissance si difficile et les jours de séparation d’avec ses parents qui avaient suivis.
Aujourd’hui, son regard est celui d’un bébé heureux…
Il a très vite reporté son attention sur moi et m’a adressé un sourire à faire fondre ce qui nous reste de banquise.
Un sourire qui se glissait jusque dans l’expression de ses grands yeux noirs.
Il souriait, gazouillait, semblait glousser de joie.
Hier, Timoté a mis sa grand-mère dans sa poche, irrémédiablement, comme ses deux frères, son cousin et Eya l’ont fait avant lui.

En fin de journée, lorsque j’ai confié à Jee que j’avais eu un peu peur d’être ridicule avec mes cadeaux régressifs, elle  a réagi avec conviction… et a souligné le fait que, pour Noël, elle aimerait que je reste sur cette lancée.
Kim, de son côté, m’a avoué que son cadeau préféré était la grosse boîte surprise… à refaire!
Et tandis que nous terminions la journée par des dessins et l’apprentissage des tampons encreurs que j’avais ajoutés dans la boîte, notre Fleur d’Asie m’a glissé:
- Tu sais, c’est une bonne idée la boîte!! Moi aussi j’aime beaucoup!

Message reçu!
Nous sommes rentrés au Nid heureux de cette journée et de ces petits bonheurs semés…

Martine Bernier