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Livres jeunesse

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Les héros fictif de mon enfance n’avaient pas de visages.
Je veux dire par là qu’aucun acteur ne leur prêtait leurs traits.
Pour certains, ce fut le cas par la suite, mais pas au moment où je les découvrais entre les pages de mes livres.
La première fois que j’ai reçu un livre d’Henri Vernes, ma mère a dit: « Ce n’est pas un livre pour elle: c’est un livre de garçon! ».
Chic!
Je l’ai aussitôt emporté dans ma tanière et je l’ai lu en deux ou trois heures.
Je venais d’entrer dans le monde de Bob Morane…

Vive feu la collection « Marabout Junior » qui m’a permis de passer des jours entiers  à lire toutes les aventures de  Bob Morane, de Doc Savage, mais aussi des épisodes des vies de personnages prestigieux comme J.F. Kennedy, Mermoz, Pasteur, Charlie Chaplin, St Exupéry et tant d’autres.
J’adorais cette collection, autant que j’aimais les livres de « Marabout Mademoiselle ».

Dès que je voyais un livre avec le petit Marabout à lunettes, je mettais tout en oeuvre pour l’obtenir.
Cette collection a passionné des milliers d’enfants et de jeunes adolescents… et j’en faisais partie.
Figure de proue de la littérature pour les jeunes de l’époque, Bob Morane a évidemment été happé par le cinéma.
Lorsque j’ai découvert le héros et son acolyte Bill Balantine en chair et en os, j’ai été déçue.
Pas par le jeu des acteurs, non.
Simplement parce que je leur préférais les dessins qui ornaient les pages de couverture des romans.
Je pouvais les imaginer à ma guise, en suivant les descriptions de l’auteur.
Aujourd’hui, je cherche à me procurer ces ouvrages.
J’en possédais la collection quasi complète, mais des êtres indélicats s’en sont débarrassés, profitant que j’avais le dos tourné pour les vendre ou les jeter.
Tsss…
J’ai donc bien envie de demander à mon Capitaine d’hanter les brocantes avec moi… pour reconstruire l’un des petits piliers de mes souvenirs d’enfance…

Martine Bernier

Lorsque mon Capitaine me parle de son enfance, passée chez ses grands-parents, dans la campagne, au gré du vent, je pense immanquablement à Huckelberry Finn.
Pas Tom Sawyer, non: Huck, son jeune acolyte, ce vagabond sympathique qui fuyait la civilisation avec un esclave, tous deux réfugiés sur un radeau qui leur a permis de descendre le Mississippi.

Je retrouve en l’enfance de mon Capitaine et dans le caractère de l’enfant qu’il était des similitudes étonnantes avec ce personnage auquel je vous une tendresse particulière depuis longtemps.
Huck est malin comme un singe, sympathique, très inventif et indépendant, plein de fantaisie, sans une once d’égoïsme ou de prétention.
Il a horreur des contraintes et de l’injustice, vole au secours de ceux qui le touchent, est prompt à s’indigner, aime sa liberté, la nature…
Il ne veut en aucun cas être éduqué, « domestiqué ».

Quand j’écoute parler Celui qui m’accompagne, c’est ce petit bonhomme sorti des pages d’un livre qui prend vie devant moi.
Celui qui préférait prendre les chemins buissonniers plutôt que celui de l’école, qui usait des ruses les plus sophistiquées pour échapper à la surveillance des adultes, qui filait comme un lièvre lorsqu’il sentait planer un danger.
Celui qui pêchait, connaissait le bruit du vent dans les arbres, savait parfaitement se débrouiller dans la nature, en connaissait chaque sentier, chaque oiseau.

La vie l’a un jour rattrapé et il a dû regagner une « civilisation » qu’il fuyait, entrer dans un moule dont il ne voulait pas.
Il a grandi, mûri, a vécu une vie d’homme bien remplie.
Mais chaque jour, je réalise que l’enfant qui courait sur les chemins ou qui rêvassait sur un tas de foin est toujours là, intact, au fond de lui.

Si vous aviez envie de savoir ce qu’est devenu Huck lorsqu’il est devenu adulte, sachez qu’il n’a pas vraiment changé.
Il ne hante plus les rives du Mississippi, mais vit au pied des montagnes qu’il aime.
Et dans son regard brille toujours la même étincelle de celui qui ne manque pas de ressources pour étonner ceux qui l’entourent!

Martine Bernier

 

 

 

Je crois en avoir déjà parlé: un jour, ma grand-mère paternelle, que j’aimais énormément, est arrivée chez nous, un an ou deux après la mort de mon père, avec un énorme carton.
Elle s’était fait aider pour le transporter, tellement il était lourd. 
Chacune de ses visites était un bonheur.
Celle-ci, je l’ignorais encore avant de voir le contenu du carton, a été celle qui  m’a réservé l’un des plus beaux cadeaux de ma vie.
A la grande déception de mes frères qui ont été consolés avec des friandises, elle avait emporté ce mystérieux paquet à mon intention.
Lorsque je l’ai ouvert, j’ai failli tomber à la renverse de bonheur: il était rempli de livres!
La fille de sa voisine quittait la maison pour se marier et se séparait de ses livres d’adolescente.
Ma grand-mère, même si je la voyais trop peu, me connaissait bien.
Elle savait que rien ne pourrait me faire plus plaisir que ces piles de livres usagés recelant des trésors.
La plupart faisait partie de collections aujourd’hui disparue: les Marabout Junior et Marabout Mademoiselle.
Des biographies, des livres d’aventures, et… un nombre incalculables de « Sylvie ». 
A cette époque, je ne connaissais pas son auteur, René Philippe.
J’ai donc commencé à découvrir avec délices les aventures de Sylvie Gambier, hôtesse de l’air épouse de Philippe, pilote de ligne.

Pour son époque, Sylvie avait une vie de femme moderne.
Cette série romanesque, écrite avec soin, la suivait dans ses péripéties, ses rencontres, ses prises de position.
L’une de ses forces venait de l’humour que l’auteur glissait dans la relation qu’elle entretenait avec son mari.
Sylvie avait un caractère fort et pétillant, ses histoires passionnait un  public de femmes.
Moi, j’avais onze ou douze ans. 
Mais ma grand-mère savait que j’avais déjà lu toute la bibliothèque de mon père en secret.
Je parlais souvent avec elle des personnages de Flaubert, Alexandre Dumas ou Stendhal.
Elle expliquait à ma mère qu’il fallait me laisser me « nourrir » de livres.

J’ai dévoré le contenu du carton, et j’ai continué à me procurer, en occasion, la suite de la collection des « Sylvie » et les biographies des Marabout Junior.
Lorsque j’ai quitté la Belgique, à peine avais-je tourné les talons que mes livres avaient été vendus sans prendre mon avis.
Ca a été un crève-coeur.
Aujourd’hui, j’essaie de retrouver ces vieux ouvrages que j’aimais.
Pas forcément parce que c’était des chefs-d’oeuvres de littérature, non.
Simplement parce que les livres sont liés à certaines époques de nos vies.
Dans mon cas, ils en sont l’un des ciments.
Et je me dis que, peut-être, plus tard, même si les prises de position des personnages, dans ces histoires, sont un peu démodées, ils pourront captiver une adolescente d’aujourd’hui ou de demain.
Je sais: c’est bête!
On ne se refait pas!

Martine Bernier