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Mon Capitaine

Mon Capitaine arrive dans mon bureau en me demandant où se trouve le désinfectant.
- Tu t’es blessé?
- Un peu, oui… en retirant les clous qui étaient fixés dans le mur, en haut…

Après qu’il ait désinfecté, je m’applique à lui poser un pansement.
Comme à son habitude, pendant l’opération, il me taquine, à tel point que j’esquisse un geste réprimé traduisant une envie d’exprimer mon vif désaccord.
- Fais attention, toi! Je vais te sauter dessus et te faire passer ton envie de m’ennuyer!

Air très digne de mon Capitaine qui me rétorque:
- Je suis blessé. On ne frappe pas un homme à terre.

Et voilà… protégé par la Convention de Genève…

*****

Au moment de se coucher, je suis tendue.
La veille, j’ai été piquée par une bestiole inconnue qui m’a laissée une belle marque et que je soupçonne avec horreur d’être une araignée.
Pour me rassurer, mon Capitaine me dit:
- Il faudrait faire des sachets de thym et de menthe que nous glisserions dans le lit. 
- M’oui… Et ensuite, tu me mangerais au court-bouillon, c’est ça?
- Non, non: cela fait fuir les insectes.
- Je croyais que c’était le bois de châtaignier qui les dégoûtait…
Pas de problème: je t’en mettrai une branche dans le lit.

Je l’ai remercié et ai décliné l’offre.
L’effet placebo a ses limites.

Martine Bernier

Nous l’avons tous constaté une fois ou l’autre: certaines maisons ont une âme.
C’est inexplicable: elles dégagent une atmosphère sereine, disposent parfois d’un cachet particulier qui provoque chez ses visiteurs un sentiment de bien-être.
C’est ce qui se passe dans notre demeure.
Et pourtant…
En découvrant la maison de mon Capitaine pour la première fois, je craignais beaucoup cette rencontre.
Et si je m’y sentais mal?
Pour me rassurer, Celui qui m’accompagne m’avait expliqué quels travaux il envisageait d’y lancer, m’associant à ses projets en me disant que j’aurais carte blanche sur de nombreux points.
Lorsque le grand jour est arrivé de reprendre possession des lieux, nous avons tous deux vécu une série d’émotions fortes.
La maison n’était pas vide mais remplie d’une foule de choses que sa précédente locataire avait laissées, dans toutes les pièces.
Les murs étaient défraîchis, le jardin n’avait pas été entretenu, le ménage de sortie n’avait pas été réalisé…
Bref, mon Capitaine qui, après l’avoir rénovée, l’avait quittée fraîche et propre, la retrouvait dans un état qui l’a peiné.
Une Belle au bois Dormant qui semblait attendre son retour en dépérissant petit à petit.
De mon côté, j’ai essayé de faire abstraction de l’état de chaque pièce pour ne m’attarder que sur le potentiel de la maison.
Et il était énorme.
Depuis, beaucoup de travail a été effectué.
Vidée, repeinte, nettoyée, emménagée, elle revit.
A chaque pièce terminée, elle devient un peu plus pimpante.
Mais il faudra patienter encore plusieurs semaines pour qu’elle soit tout à fait terminée, le temps que les artisans achèvent de construire et de poser les équipements prévus.

Depuis une semaine que nous y vivons, j’apprends à la découvrir, à identifier ses rares bruits.
Cette maison ressemble à mon Capitaine: solide, apaisante,  généreuse.
Etrangement, j’y renoue avec le soleil nocturne, moi qui souffre d’insomnies depuis  dix ans.
J’ai appris par Celui qui m’accompagne que sa construction initiale daterait du 15e ou 16e siècle.
Le 16e siècle… l’époque de Louis XIV…
Depuis, les générations s’y sont succédé, chacun y a ajouté sa touche personnelle, l’a agrandie, embellie selon ses moyens.
Aujourd’hui, c’est notre tour.
Mon Capitaine m’encourage à l’appeler « notre » maison.
Très consciente du fait qu’elle était là avant nous et qu’elle le sera encore après que nous l’ayons quittée un jour, j’ai plutôt tendance à me dire que c’est à elle de dire de nous: « mes habitants actuels ».
Ce que je sais en revanche, c’est que c’est un privilège d’y habiter, et que nous avons très envie de lui rendre ce qu’elle nous donne.

Martine Bernier

Avant que nous ne déménagions, mon Capitaine et moi avons dressé quelques plans sur la comète.
Il a recueilli mes voeux et mes rêves, ceux que je caresse depuis toujours avec, jusqu’alors, la certitude qu’ils ne se réaliseraient pas.
Parmi eux: créer un jardin de roses anglaises et élever quelques poules d’ornement.
Et pas n’importe lesquelles: je sais exactement celles j’aimerais accueillir.
Des envies qui me sont venues au fil des reportages que j’ai pu faire, des expériences que j’ai pu vivre.
Il m’a simplement dit qu’il s’agissait de rêves faciles à réaliser… puis nous nous sommes concentrés sur le déménagement.

L’emménagement avance pas à pas, mais est loin d’être terminé.
Hier, alors que nous étions dans une grande surface, j’ai voulu voir l’animalerie.
Beaucoup de choses me heurtent dans ce genre d’endroit: les rongeurs entassés, sans énergie, évoluant dans des conditions qui ne leur correspondent pas, un cacatoès solitaire cloîtré seul dans une cage…
J’ai rapidement quitté la partie animaux vivants et nous nous sommes dirigés vers la jardinerie.
Et là… nous sommes arrivés sur l’espace poulailler.
Et plus particulièrement sur les poules et pintades elles aussi en attente d’être vendues.
Dans l’un des petits enclos se trouvaient quelques poules naines parmi lesquelles deux des races que je souhaite.
J’ai littéralement fondu (au sens figuré, hélas) en les voyant, en découvrant qu’elles n’étaient pas farouches.
En sortant, j’étais ravie de savoir qu’il ne faudrait pas aller bien loin pour les acheter.
Nous avons quitté le magasin avec deux rosiers et… un rouleau de grillage que mon Capitaine a acquis.

Dans l’après-midi, je l’ai très peu vu.
Au lieu de travailler dans la maison comme nous le faisons encore, il a passé beaucoup de temps dans l’une des petites dépendances, située dans le jardin.
Le soir, la dépendance en question était nettoyée, ses accès complètement sécurisés, et le rouleau acheté le matin était transformé en grillage bien hermétique.
Le bout du jardin était devenu un vaste espace clos doté d’un poulailler « en dur » confortable à souhait.
Mon Capitaine m’a dit:
- Il ne reste plus qu’à terminer le grillage en le fixant avec quelques fils de fer comme j’ai commencé à le faire et, demain, les poules seront là!

Je n’aurais jamais imaginé que cela irait aussi rapidement!
Dans la réalisation des rêves, mon Capitaine est une sorte de magicien…

Martine Bernier