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Poésie

Jacques_Prévert_en_1961_dans_le_film_Mon_frère_Jacques_par_Pierre_Prévert

Le 11 avril 1977, Jacques Prévert s’éteignait à Omonville-la-Petite, dans la Manche.
Il y a 40 ans déjà…

Sa poésie qui parlait si finement en vers libres de la « vraie vie », a fait chavirer le grand public dès la sortie de son fameux recueil Paroles, en 1946.

Ce matin, j’ai envie de lui rendre hommage à travers un texte poétique qui n’est pas celui que l’on croise le plus souvent…

M.B.

Osiris ou la fuit en Egypte

C’est la guerre c’est l’été
Déjà l’été encore la guerre
Et la ville isolée désolée
Sourit sourit encore
Sourit sourit quand même
De son doux regard d’été
Sourit doucement à ceux qui s’aiment
C’est la guerre c’est l’été
Un homme avec une femme
Marchent dans un musée désert
Ce musée c’est le Louvre
Cette ville c’est Paris
Et la fraicheur du monde
Est là tout endormie
Un gardien se réveille en entendant les pas
Appuie sur un bouton et retombe dans son rêve
Cependant qu’apparaît dans sa niche de pierre
La merveille de l’Égypte debout dans sa lumière
La statue d’Osiris vivante dans le bois mort
Vivante à faire mourir une nouvelle fois de plus
Toutes les idoles mortes des églises de Paris
Et les amants s’embrassent
Osiris les marie
Et puis rentre dans l’ombre
De sa vivante nuit.

Textes poétiques
Jacques Prévert

 

 

jacques-prevert-rien-craindre-L-IiKW8aCe matin, j’ai envie de créer une bulle…
Une bulle dans laquelle se trouveraient seulement quelques citations de Jacques Prévert, ce merveilleux poète, cet esprit tendre et malicieux dont il me semble impossible de se lasser…
Comment ne pas l’aimer?

 

- Le Temps nous égare
Le Temps nous étreint
Le Temps nous est gare
Le Temps nous est train

- « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant. »

De deux choses lune
l’autre c’est le soleil

Ça, c’est l’histoire de France, on vous l’a apprise à l’école
Y en a qu’une qu’on ne vous a pas apprise
C’est la vôtre et la nôtre, celle de tous les jours
Y a celle des ouvriers Y a celle des paysans Y a celle des étrangers.

Si quelqu’un vous dit : « Je me tue à vous le répéter », laissez-le mourir.

- Je sais, un peu partout, tout le monde s’entretue, c’est pas gai, mais d’autres s’entrevivent, j’irai les retrouver

 

Martine Bernier

Depuis le petit-déjeuner de ce matin, une chanson que j’aime beaucoup me trotte dans la tête:  « Le Testament », de Georges Brassens.
Relire ses textes, réécouter ses chansons est toujours un voyage dont je ne me lasse pas.
C’est qu’il savait manier la rime et les accords, le bon Georges…

Martine Bernier

 

Le Testament

Je serai triste comme un saule
Quand le Dieu qui partout me suit
Me dira, la main sur l’épaule
« Va-t’en voir là-haut si j’y suis »
Alors, du ciel et de la terre
Il me faudra faire mon deuil
Est-il encor debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil

S’il faut aller au cimetière
J’prendrai le chemin le plus long
J’ferai la tombe buissonnière
J’quitterai la vie à reculons
Tant pis si les croqu’-morts me grondent
Tant pis s’ils me croient fou à lier
Je veux partir pour l’autre monde
Par le chemin des écoliers

Avant d’aller conter fleurette
Aux belles âmes des damnées
Je rêv’ d’encore une amourette
Je rêv’ d’encor m’enjuponner
Encore un’ fois dire: « Je t’aime »
Encore un’ fois perdre le nord
En effeuillant le chrysanthème
Qui est la marguerite des morts

Dieu veuill’ que ma veuve s’alarme
En enterrant son compagnon
Et qu’pour lui fair’ verser des larmes
Il n’y ait pas besoin d’oignon
Qu’elle prenne en secondes noces
Un époux de mon acabit
Il pourra profiter d’mes bottes
Et d’mes pantoufl’s et d’mes habits

Qu’il boiv’ mon vin, qu’il aim’ ma femme
Qu’il fum’ ma pipe et mon tabac
Mais que jamais – mort de mon âme
Jamais il ne fouette mes chats
Quoique je n’aie pas un atome
Une ombre de méchanceté
S’il fouett’ mes chats, y a un fantôme
Qui viendra le persécuter

Ici-gît une feuille morte
Ici finit mon testament
On a marque dessus ma porte
« Fermé pour caus’ d’enterrement »
J’ai quitté la vie sans rancune
J’aurai plus jamais mal aux dents
Me v’là dans la fosse commune
La fosse commune du temps

Georges Brassens