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Pomme

La journée touchait à sa fin.
Je procédais au « retour à la maison » des poules tandis que Pomme folâtrait dans le jardin.
Le soleil terminait sa course et n’allait pas tarder à se coucher…
Six de mes sept protégées étaient déjà installées, mais l’une d’elles manquait à l’appel.
Plume était toujours dans le jardin, à deux mètres de l’enclos, et batifolait, l’air de ne pas y toucher.
– Bon, Plume, dis! Tu viens? Tout le monde est déjà rentré!
Elle s’est arrêtée, me regardant bien en face, et commençant à me tenir un long discours dont j’aurais adoré comprendre le sens…
Sa démonstration d’oratrice s’éternisait lorsque Pomme, qui se rapprochait de moi en reniflant tout ce qui lui tombait à portée de truffe, a eu une réaction à laquelle je ne m’attendais absolument pas.
En une fraction de seconde, elle s’est trouvée à hauteur de Plume qui n’en a pas peur et qui continuait son discours.
 Mais au lieu de la renifler comme elle en a  l’habitude, elle s’est dressée sur ses pattes arrière, et, en se laissant retomber, a frappé le sol de ses deux pattes avant, juste devant ma poulette effarée qui a détalé à toute vitesse en direction du poulailler.
En deux bonds elle était perchée au milieu de ses copines à qui elle a expliqué avec véhémence la frayeur qu’elle venait de vivre.
Il ne me restait plus qu’à fermer la porte après leur avoir souhaité bonne nuit.
Mon  Mogwaï continuait sa balade comme si de rien n’était.
Elle ne l’avait pas touchée, mais avait eu ce geste qui ressemblait curieusement à celui de quelqu’un tapant du poing sur la table pour signifier que, cette fois, c’en est trop.
Jamais elle n’avait agi de la sorte par le passé.
Ahurie, je l’ai regardée:
– Enfin, Pomme… qu’est-ce que tu m’as fait, là?!
Elle a arrêté sa promenade, m’a regardée, une patte en l’air, a jeté un oeil en direction du poulailler et est rentrée tranquillement sous la véranda.
Elle avait accompli sa mission de « chien de berger ».
Ou chien de poules, à choix.

Martine Péters

Jeudi matin.
Il fait beau et chaud, à tel point que, tandis que je suis dans mon bureau et que j’écris, j’ai laissé ouverte la porte-fenêtre qui donne sur le jardin.
Même si ce printemps prématuré m’inquiète dans le contexte du réchauffement climatique, je n’ai pas envie de bouder cette douceur bienfaisante.
Comme elle le fait souvent, Neige, ma petite poule hollandaise blanche, vient chercher Pomme sur le pas de la porte.
Mon Mogwaï l’empêche de rentrer sans la brusquer, mais la suit régulièrement pour se balader en sa compagnie.
Ces deux-là s’entendent particulièrement bien…
Quelques secondes après les avoir vues partir en direction du jardin, mon attention est attirée par un timide petit « cooooot » interrogateur. 
Je jette un coup d’oeil  et je découvre Bulle, la plus jeune de mes Pékins sur le paillasson de l’entrée.
Elle aime bien me suivre un peu partout dès que j’apparais dans son champ visuel.
Cette fois, elle est carrément venue me chercher dans mon antre…
C’est la première fois que l’une de mes protégées franchit la limite du pas de porte, profitant de l’absence momentanée de la gardienne des lieux.
Comme il est hors de question pour moi de brusquer mes poules, j’ai entamé avec Bulle un long dialogue auquel elle participait à grands renforts de « cooot » de plus en plus enthousiastes.

Le problème, c’est qu’elle n’avait pas du tout l’intention de rebrousser chemin, trop intéressée à visiter ce nouveau poulailler géant pour bipèdes déplumés.
Il fallait donc que j’arrive à la faire ressortir sans la traumatiser, alors que son envie à elle était de poursuivre tranquillement son exploration.
Ce qu’elle a d’ailleurs commencé à faire en se dirigeant vers le hall d’entrée…
Pourquoi suis-je aussi délicate?
Parce que les poules sont à la base méfiantes et farouches comme tous les oiseaux qui ont à se protéger d’éventuels prédateurs, et que la relation de confiance qui s’est établie entre elles et moi est trop précieuse pour que je risque de la mettre en péril.
Lorsque Bulle est arrivée au pied de l’escalier qui mène à l’étage, je l’ai contournée et je l’ai doucement redirigée vers le bureau puis, du moins en avais-je l’espoir, vers la sortie.
Le problème, c’est qu’en ce moment, où qu’elle aille, ma benjamine explore les moindres recoins avec pour objectif d’y installer des nids.
Une petite ouverture dans le coin le plus inaccessible de la pièce l’a séduite: elle s’est enfilée derrière un coffre en bois, sous le radiateur.
Je commençais à déprimer lorsque… Zorrotte est arrivée.
Pomme, qui venait de terminer sa balade en compagnie de Neige, est rentrée et a très vite compris qu’une intruse se trouvait dans mon bureau.
Elle n’a pas mis longtemps pour la raccompagner dehors manu  militari.
Comme Bulle semblait tentée de revenir, mon Mogwaï lui a clairement fait comprendre que le pas de la porte était la frontière à ne pas franchir.
Le tout sans agressivité. 
Lorsque la visiteuse est repartie retrouver ses copines, Pomme s’est installée confortablement dans son panier en me lançant un regard calme mais décidé.
Ici, c’est SON territoire… et ça ne se discute pas.
Non mais!

Martine Péters



 

Il y a comme un petit air de fête au poulailler depuis le retour du soleil…
Mes protégées sont beaucoup plus vives, passent leurs journées à flâner et à profiter du soleil.
Grâce à leur présence et à celle de Pomme, le jardin devient un tableau vivant que je ne me lasse pas de regarder vivre.
Et qui me réserve parfois des surprises!

Dimanche matin.
Je viens de terminer les premiers soins de la journée.
Comme chaque jour: une caresse et quelques mots pour chacune,  un petit examen visuel pour être sûre que tout va bien, de l’eau fraîche et des graines de plusieurs sortes placées à l’extérieur et, une fois que tout le monde est dehors, un petit nettoyage du poulailler pendant que Pomme, ma fidèle petite chienne, explore le jardin.
Lorsque toutes ces tâches sont accomplies, je reprends le chemin de la maison pour prendre le petit-déjeuner avec mon Capitaine.
En arrivant à la véranda, je me suis retournée une dernière fois pour regarder mes poules.
Elles étaient toutes massées autour des deux assiettes de graines.
Machinalement, je les ai comptées: une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit…
HUIT????
Jusqu’à  nouvel ordre je n’en ai pas huit mais sept!
Comme je dois aller réajuster mes lunettes, je n’arrivais pas à distinguer qui était l’intruse.
Une pie?
Je suis revenue sur mes pas et j’ai compris.
Pomme s’était fondue dans la masse et mangeait avec elles!
Et je n’avais pas mon portable avec moi pour immortaliser la scène…
La situation s’aggrave: mon Mogwaï continue à se prendre pour une poule, au point d’adopter leur régime alimentaire!

Martine Péters