Maison

 (Photo: Eric Bernier)

Un petit chalet perché au-dessus de Montreux, perdu au milieu des arbres, un ruisseau, des chants d’oiseaux: c’est ici, à l’abri des regards et des bruits de la ville, que travaille Gianfranco Brunetti.

De cet artiste inclassable, le public romand connaît surtout « La Ferme à Bolomey », petite bande dessinée en trois cases qui ravit depuis plusieurs années les lecteurs de Terre & Nature.
L’univers de cet homme inattendu dépasse cependant largement celui de Bolomey.
Graphiste et illustrateur de formation, il a passé sa vie, dès ses plus jeunes années, un crayon ou un pinceau à la main, la tête dans les étoiles.
« Petit garçon, j’étais toujours en train de dessiner, sourit-il. C’est une maladie d’enfance! Je n’aime pas la réalité telle qu’elle est. Je préfère apporter du rêve… »
Un rêve qui n’a rien de niais.
Le regard amusé et légèrement ironique de  l’artiste se retrouve dans les dialogues de ses personnages et n’est pas sans rappeler celui de Gotlib, inénarrable auteur de BD.

Mille passions
Le rêve, Gianfranco le cultive à travers ses dessins, ses sculptures où il marie le bois et le marbre, sa peinture dans laquelle il développe un univers fascinant où se mêlent son goût pour la nature et le fantastique. Son humour et sa sensibilité sont partout, à fleur de plume.
Pour lui, la vie est un immense jardin où une multitude de choses le passionne.
« J’aime beaucoup aller au champignons, chercher des minéraux, des fossiles, regarder les arbres…
Il y a une foule de choses intéressantes, dans la vie. J’adore l’Histoire, l’histoire de la Terre, de notre évolution…
J’aurais bien aimé choisir un métier finissant par « ogue », comme paléontologue, par exemple!
Mais, quoi que je fasse, j’ai besoin de me sentir indépendant par rapport à mes passions. »

Sous l’œil bienveillant de son chien Capsule, l’homme crée sans jamais s’essouffler. Dans son chalet atelier, il suffit de regarder autour de soi pour comprendre la richesse de cet artiste touche-à-tout.
Partout, des toiles, des sculptures, des statuettes, des totems…
L’art se niche jusque dans les toilettes avec un petit tableau réalisé au stylo bille.
Une merveille  de finesse et de drôlerie.

Inspiration programmée

Lui qui rit tout seul en écrivant les gags qu’il développe dans la Ferme de Bolomey, estime très sérieusement qu’il est « totalement écrasé, complètement immature ». Cette bande dessinée hebdomadaire, il la réalise de manière assez particulière.

« Le soir, je vais me coucher en me programmant pour avoir une idée dans la nuit. Et je n’y pense plus. Le lendemain, l’idée est là! J’ai toujours fonctionné de cette manière. »
Lui qui se dit un peu sauvage, préfère les conversations en petit comité aux rencontres avec la foule. Mais les séances de dédicaces qu’il va vivre à Lausanne ce week-end, à BD-Fil, l’intriguent.
A la fois inquiet et curieux, cet artiste longiligne qui n’aime pas trop parler de lui est intrigué par cette rencontre avec le public. Qui découvrira en Gianfranco Brunetti un Zébulon attachant, drôle et tendre. La Ferme de Bolomey recèle des trésors…

Martine Bernier

Cet article est paru dans l’hebdomadaire Terre et Nature