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Albert Séverin Roche

Albert_Séverin_Roche

Son histoire m’a touchée lorsque je l’ai entendue…
Il s’appelait Albert Séverin Roche, est né le 5 mars 1895, dans la Drôme.
Il était le troisième garçon d’une modeste famille nombreuse de cultivateurs.
En 1914, alors que la mobilisation est annoncée, Albert a 19 ans.
Il se présente aux autorités militaires… mais le conseil de révision le refuse, le trouvant trop fluet pour servir.
La nouvelle est évidemment accueillie avec bonheur par ses parents: leur fils ne sera pas exposé à la guerre… et la ferme a besoin de bras.
Mais Albert ne l’entend pas de cette oreille. 
Lui veut se battre, servir sa patrie.
Conscient qu’il ne fera pas fléchir son père, il prépare son baluchon et prend la fuite.
Direction le camp d’instruction d’Alban.
Il est affecté au 30e Bataillon des Chasseurs… mais rien ne se passe comme le jeune homme l’espérait.
Il n’est apprécié ni de ses camarades ni de ses supérieurs, est mal noté…
En désespoir de cause, il se sauve.
Il ne courra pas longtemps: récupéré par l’Armée, il se retrouve en prison, accusé de désertion.
Et là… Albert se défend.
Il ne veut pas rester dans ce qu’il considère comme un bataillon n’accueillant que « les mauvais soldats ».
Lui veut en découdre avec l’ennemi.
Et cette fois, son voeu est exaucé.
Il est intégré en 1915 au 27e Bataillon de Chasseurs Alpins, dans l’Aisne.
Les Allemands les surnomment « Les Diables Bleus ».
C’est là que celui que l’on considérait trop chétif pour combattre va se comporter en héros.
Volontaire pour aller détruire une mitrailleuse dont le feu décimait les troupes, il rampe jusqu’aux tranchées ennemies, et trouve le moyen de neutraliser la position en faisant tomber une poignée de grenade dans le tuyau de cheminée du poêle utilisé par les Allemands pour se chauffer.
Durant toute la guerre, Albert se retrouvera en première ligne et multipliera les faits d’armes.
Dernier survivant de sa position dans une tranchée en Alsace, il arrive à faire croire à l’ennemi qu’il fait face à un bataillon complet et le met en déroute.
Il se porte volontaire pour des missions de reconnaissance, est fait prisonnier avec son lieutenant blessé.
Mais là encore, il fait preuve d’un courage incroyable, subtilise un pistolet, ramène 42 prisonniers… et son lieutenant qu’il transporte sur son dos.
Ses exploits sont exemplaires… et pourtant il échappera de peu au peloton d’exécution, pris pour un déserteur alors qu’il ramène en lieu sûr son capitaine grièvement blessé qui gisait entre les lignes de tir.
L’histoire raconte qu’il a été blessé neuf fois, a fait 1180 prisonniers à lui tout seul.
Mais à 23 ans, lorsque la guerre se termine, il est toujours deuxième classe.
Ce n’est que le 27 novembre 1918 que le général Foch le présente à la population au balcon de l’Hôtel de Ville de Strasbourg en disant de lui: « Alsaciens, je vous présente votre libérateur, Albert Roche. C’est le premier soldat de France! »
Les acclamations de la foule sont venues réparer l’injustice dont s’était ému le général en découvrant qu’Albert n’avait pas reçu le moindre galon pour ses exploits.
La situation a été rectifiée: il a reçu la Légion d’Honneur, deux ou trois autres médailles, et, en 1920, a fait partie des onze braves qui ont choisi le Soldat Inconnu, puis des huit militaires qui ont porté le cercueil à l’Arc de Triomphe au cours de la cérémonie officielle.

Albert est ensuite retourné chez lui, dans la Drôme. 
Il s’y est marié, est devenu cantonnier, puis a été affecté comme pompier à la poudrière de Sorgues.
Le 15 avril 1939, alors qu’il n’avait que 44 ans, il a été renversé par une voiture alors qu’il descendait d’un car… et il est mort ainsi, stupidement.
Albert Roche a reçu  de beaux honneurs posthumes.
Il semblerait que son destin si court ait consisté à se comporter en héros… puis à repartir.

Martine Bernier