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hospitalisation

Bon, je l’avoue: apprendre hier chez mon chirurgien que « ça a recommencé » et qu’il va à nouveau devoir m’opérer ne m’a pas fait plaisir.
Devant lui, je ne montre jamais que je peux être affectée.
Question d’éducation.
Juste avant de faire l’examen qui a permis de voir que j’avais à nouveau des soucis, nous avions parlé un peu, sur ce ton léger et presque amical que j’ai la chance d’avoir avec mes deux médecins principaux.
Il m’avait dit: 

- Vous voyez, cela valait la peine de se battre pour sauver ce tout petit rein!

Et je lui avais répondu:
- Sans doute… Mais vous verrez que s’il y a à nouveau un problème, je vous dirai encore que j’en ai assez et que je voudrais que vous le retiriez!
- Oui, oui, je sais! Et moi, je vous répondrai qu’il faut tenir, ne fut-ce que pour préserver l’autre.

Allez savoir pourquoi, je savais depuis quelques semaines, que Gérard, mon célèbre rein gauche, refaisait des siennes.
Je n’ai donc pas vraiment été étonnée quant, avec son tact et sa délicatesse habituelle, le chirurgien a annoncé: 

- Mince.. nous avons deux petits problèmes.
Il m’a laissé le temps de comprendre et de bien enregistrer avant d’amener le fait que les deux « petits » soucis étaient en fait déjà devenus de « moyens » soucis.
Bref, il n’a pas eu besoin de me faire un dessin: je savais ce qui m’attendait.
Et cela m’a été confirmé lorsqu’il m’a dit qu’il fallait que nous nous revoyons rapidement, juste après le scanner prévu la semaine prochaine.
Et qu’il fallait que je revois mon néphrologue bien plus tôt que prévu.
Lorsqu’il a reparlé, dans la conversation, du fait que je devrais sûrement aller à la clinique lausannoise où il m’a déjà soignée à deux reprises, je n’ai plus eu de doutes.
Voilà, voilà… je vais renouer avec les tables d’opération, les péridurales et autres appareillages.
Fini la liberté.

Ca, c’est pour le côté peu agréable.
Cette nuit, j’ai réfléchi.
J’ai fait un point sur cette situation.
Pas drôle, certes. 
Mais moins urgentissime qu’il y a deux ans puisque, cette fois, il va être possible d’intervenir plus rapidement.
J’ai repensé à mon Capitaine, qui m’attendait dans la salle d’attente, à sa réaction, la tendresse dont il m’entoure.
Il est  une source de force, pour moi.
J’ai repensé également aux messages et appel de mes proches qui voulaient connaître les résultats, à leur prévenance et leur gentillesse si précieuses.

Et, étrangement, depuis le début de mes « soucis » , je pense à ceux qui ne bénéficient pas d’un suivi médical aussi performant, dans de nombreuses parties du monde, comme à ceux qui, dans les siècles passés, ont été soignés approximativement par une médecine qui n’en était qu’à ses balbutiements.
Je connais bien les salles d’urgence où j’ai souvent été accueillies, les hôpitaux, les services de médecine et de chirurgie.
J’ai encore dans les yeux et les oreilles les images de patients enivrés ou en pleine crise de douleur, arrivés en urgence, criant de mal et jurant en malmenant le personnel médical.
Ces moments-là me font honte à chaque fois.
Même si je n’ai aucune envie de vivre ce qui m’attend, je sais que j’ai une chance folle, non seulement de bénéficier des soins qui m’attendent, mais également de la gentillesse de ces médecins, infirmières, radiologues, anesthésistes, laborantines, etc, avec lesquels j’ai toujours et des relations joyeuses et enrichissantes, dans tous les hôpitaux où j’ai dû me rendre. 

Si j’habitais dans la brousse africaine ou au fin fond de la Laponie, si je n’avais pas l’accès à ces infrastructures médicales, à ces examens et à ces soins, je ne serais plus là pour en parler.
Là, tout bien considéré, j’ai de  la chance .
Après avoir passé le scanner décisif, j’aurai même le droit de maintenir la petite semaine de vacances prévue d’ici moins de trois semaines avant de rentrer dans le vif du sujet.
Donc, oui… relativisons…

Martine Bernier